En fin de conte…

 

« Ils se marièrent  et eurent beaucoup d’enfants. » Oui, mais après ? Certes, le prince et la princesse avaient eu des enfants, et étaient même devenus roi et reine. Or le roi avait, naturellement, beaucoup à faire dans le royaume. La reine s’occupait des enfants, du moins des plus jeunes. L’aîné avait en effet quinze ans, puis il y avait deux filles, une de onze ans, la dernière de neuf ans. Comme tous les (anciens) princes charmants, le roi était bel homme, ou plutôt l’avait été. La reine avait été une très belle princesse, mais à présent elle avait la taille gâchée par de nombreuses grossesses, à une époque où la mortalité infantile était plus importante qu’à présent. Le roi était philosophe : l’aîné était un fils, il lui succéderait donc sur le trône. Pour lui, ainsi allait la vie. Ce qu’il ne pouvait admettre, en revanche, c’était les premières rides, et la tristesse de sa femme.

-          Ne soyez pas triste ainsi, ma mie, ne sommes-nous pas heureux ? Nous avons de beaux enfants, le royaume est en paix et le palais bien entretenu.

-          Comment ! C’est cela qui vous importe ?

-          Mais, parbleu, oui !

La reine détourna le regard.

-          Il est loin, le temps où vous me preniez par la taille en me disant de douces paroles…

-          Que voulez-vous dire ?

-          Mon prince, et moi, donc ?

Le roi resta embarrassé. Il tapota machinalement sa bedaine, qui se faisait proéminente avec l’âge. Puis il se reprit.

-          Je fais le maximum pour vous, mon amour, dit-il, mais la reine vit bien qu’il n’avait plus la force de conviction d’antan.

-          Brisons là, mon prince. Permettez-moi de me retirer.

Le roi eut un sourire forcé, et la laissa aller. La reine alla dans sa chambre, et se mit à pleurer en silence.

-          Votre Majesté a besoin de moi ? vint proposer une de ses suivantes.

-          Juste de votre épaule, ma bonne.

La suivante s’approcha, et la reine fondit en larmes sur son épaule. On la laissa pleurer, et enfin la reine se reprit.

-          Vous êtes triste, Majesté. Que se passe-t-il ?

-          Le roi ne me regarde plus.

-          Excusez-moi Majesté, mais quel âge avez-vous ?

-          Trente-cinq ans.

-          Vous êtes encore jeune. Vous avez toujours vos cheveux noirs comme de l’ébène, la peau blanche et les lèvres merveilleusement rouges. Si votre belle-mère vivait encore, son miroir vous dirait que vous êtes toujours la plus belle du royaume.

La reine, à ces mots, sursauta.

-          Le miroir de ma belle-mère ?

-          Eh bien, oui, le miroir de votre belle-mère !

-          Saperlipopette ! C’est le moyen de savoir ! s’exclama la reine.

Elle avait remisé au placard ses douleurs de jeune fille, et n’avait plus jamais reparu au château de son père, si lourd de souvenirs. Il devait être à l’abandon. Son prince charmant l’avait annexé à son royaume avec les terres de sa femme, mais toujours, elle s’était refusé d’y retourner. Pourtant sa belle-mère, la sorcière, était morte depuis longtemps. Avant de partir, par acquit de conscience, la reine fit venir encore une autre de ses suivantes.

-          Vous êtes mes oreilles, dit-elle. Savez-vous pourquoi le roi ne me regarde plus ?

Celle qui était déjà là ne savait pas. L’autre invoqua l’usure naturelle des couples. La reine fit la moue, de plus en plus triste. Quelque instinct secret lui disait qu’elle était remplacée dans le cœur de son prince. Elle le voyait prendre du ventre, perdre quelques cheveux sur le front mais, elle, elle le voyait avec les yeux du cœur. Donc son attitude, à lui, lui faisait du mal. Elle pensa que l’usure des couples avait bon dos. Dès lors, sa décision fut irrévocable : elle allait partir sur les lieux de son enfance. Elle se sentait de nouveau chassée. Elle avait perdu la naïveté de sa jeunesse. Elle se prépara donc à sortir. Elle quittait ses appartements son manteau de voyage sur les épaules, quand elle se heurta au roi qui la venait voir. Elle en fut étonnée.

-          Où allez-vous ainsi, ma mie ?

La reine, avec le temps, avait acquis du répondant.

-          Je vais voir ailleurs si vous y êtes, mon cher ! Maintenant, laissez-moi !

-          Mais les enfants ?

-          Les enfants ? Décidément, vous pensez à tous sauf à moi ! Je vais prendre l’air, entendez-vous ?! se fâcha la reine.

-          Mais qu’ai-je fait…

-          Rien ! Et c’est bien ce que je vous reproche ! Maintenant, que cela vous plaise ou non, je m’en vais !

Et la reine, joignant le geste à la parole, disparut aussitôt du palais. Le roi resta interloqué, murmurant « mais comment a-t-elle su… » Sous le choc, il alla s’asseoir pour reprendre ses esprits. La plus jeune de ses filles s’approcha alors, alertée par les cris de sa mère.

-          Père, que se passe-t-il ?

-          Oh, votre mère est partie se promener…

Et il se leva, d’un pas mal assuré, tâtant sa bedaine qui éclatait dans son costume royal.

 

Pendant ce temps-là, la reine se fit mener au château de ses parents. Les tours étaient en ruine, il pleuvait dans la grande salle de réception, alors elle descendit au sous-sol. Là, elle trouva sans trop de peine les appartements de sa belle-mère la sorcière. Elle ne les connaissait pas, et chercha le miroir magique. Enfin, elle le dénicha derrière une tenture, couvert de poussière. Elle leva un pan de sa jupe, et le nettoya.

-          Oh là ! Qui est là ?

-          Miroir, mon beau miroir, que trame mon ancien prince charmant ?

-          Votre royaume est en paix, Majesté, répondit le miroir.

-          Le royaume, sans doute, mais pas mon cœur.

-          Je vois… Vous êtes toujours la plus belle, Majesté. Mais votre prince est attiré par la douce Miranda, une de ses servantes.

-          Quoi ? Une servante ?

La reine avait blêmi.

-          Ah ! Malheur ! Je l’avais pressenti ! Mais quel goujat ! Le traître ! Il va manger des pommes, c’est moi qui vous le dis !

Plus ça allait, et plus elle se laissait entraîner par la fureur. Elle se mit à briser tout ce qui se trouvait là. Elle cassa des fioles en poussant des cris terribles, en  jurant et en sacrant comme une reine n’avait jamais fait.

-          Et elle n’est même pas plus belle que moi ! Qu’est-ce qu’elle a de plus que moi, alors ?

-          La jeunesse, Majesté, répondit calmement le miroir.

-          La jeunesse ! Pédophile !

Et la reine leva le poing sur le miroir.

-          Je vous déconseille de me casser. Cela vous vaudrait sept ans de malheur. Calmez-vous et allez retrouver vos amis dans la forêt. Ils seront heureux de vous accueillir à nouveau.

Le poing de la reine s’abattit finalement sur une table. Elle hurla de douleur, ce qui la dégrisa.

-          Je vais faire comme vous me conseillez.

 

Dans un premier temps, le roi alla voir la blonde Miranda aux si jolies fossettes. Mais elle était ronde et louchait, ce que le roi appelait une coquetterie dans  l’œil.

-          La reine a su pour notre relation.

-          Ah ! C’en est fait de moi, Majesté !

-          Comment cela ? fit le roi, surpris.

-          La reine doit être furieuse.

-          Elle l’était surtout à mon égard.

-          Ecoutez Majesté, vous êtes le roi, et moi une humble servante. Ça a été très agréable de… dormir avec vous. Mais dans ces conditions, je préfère rendre mon tablier. Un roi ne saurait aimer une servante. Allez plutôt reconquérir le cœur de votre reine.

-          Mais je…

-          Ne me racontez pas de carabistouilles, Majesté. Je ne suis qu’un agréable passe-temps, pour vous.

-          Vous ne m’aimez donc pas ?

-          Vous vous êtes vu, Majesté ? Votre costume explose. Préposez quelqu’un d’autre aux cuisines, qui vous en fasse une plus légère. Moi, j’ai largement rempli mon office.

-          Miranda !

-          C’est la reine, qui importe. Reconquérez son cœur, vous vous en trouverez bien. Je vous souhaite le meilleur à tous les deux.

Le roi était blessé par les paroles de sa cuisinière. Mais il n’en laissa rien paraître.

-          Eh bien, au-revoir donc, fit-il, le cœur serré, et il embrassa chastement Miranda avant de quitter la pièce.

Il se rendit en ses appartements, et se regarda dans le miroir. Un bouton de sa veste menaçait de sauter. Son chambellan le vint voir, mais le roi l’envoya paître, disant qu’il partait à l’instant même, « pour faire de l’exercice », prétendit-il. Et il mit une tenue  plus appropriée pour aller faire du cheval. Aux écuries, il vit son fils prendre soin de sa propre monture.

-          Oh ! Père ! Vous ici ! Que se passe-t-il ?

C’est que le roi avait l’air renfrogné.

-          Votre mère est partie. Il faut que je l’aille chercher.

-          Par le sang bleu ! Je viens avec vous. Enfin un peu d’exercice !

-          Comment, vous cherchez déjà l’aventure ?

-          Il n’est jamais trop tôt, père. Etes-vous toujours aussi fin bretteur ?

Le roi, de plus en plus vexé, prenait un air encore plus renfrogné, s’il était possible.

-          Mais enfin père, qu’avez-vous ?

-          Par tous les diables de l’Enfer ! explosa le roi. Votre mère va voir de quel bois je me chauffe ! Et je vous préviens : nous ne ferons pas de pause déjeuner !

-          Je ne comprends rien à ce que vous dites, mais c’est dit, je pars avec vous. Laissez-moi juste le temps d’aller chercher mon épée.

Dans le fond, le roi en fut soulagé. Sa susceptibilité n’était pas ménagée, mais il se sentirait plus en sécurité avec son fils. Ce dernier revint avec une bonne rapière, et sauta souplement sur le cheval qu’il étrillait tantôt. Le roi en fit autant, mais le geste n’était plus aussi souple ni assuré.

-          Où va-t-on, à présent ? demanda le prince.

-          Je ne vois qu’un endroit où votre mère a pu partir : dans l’ancien royaume de ses parents. C’est à quelques lieues d’ici.

-          Soit ! C’est parti ! prenez les devants, mon père.

-          Au galop ! précisa le roi.

-          Faites attention à vous !

Et les deux hommes partirent à fond de train. Mais au bout de quelques centaines de mètres, le roi était essoufflé. Son fils le dépassa.

-          Père, père ! fit-il apitoyé. Holà, Tonnerre ! Arrêtez votre cheval, vous aussi !

Et le prince tendit un cordial à son père. Le roi en but une lampée, se sentit régénéré, et ils purent repartir. Après cela, ils chevauchèrent assez rapidement. Enfin, le château des beaux-parents du roi apparut au loin. Le roi sut qu’il fallait aller là. Le prince, en lui-même, le trouva sinistre, avec ses tours en ruine et sa salle de réception ouverte à tous les vents. Le roi quant à lui ne se fit guère de remarques, et ils cherchèrent les écuries pour y faire reposer leurs chevaux. Il n’y avait plus de foin mangeable pour eux, et les montures étaient fourbues. Là, le roi fut ennuyé.

-          Bah ! fit le prince. Ils vont se reposer, c’est déjà ça. Allons chercher mère.           

Et ils entrèrent dans le château. Naturellement, il n’y avait âme qui vive. Eux aussi se réfugièrent au sous-sol. Et en tâtonnant, ils trouvèrent les appartements de la sorcière. L’état des lieux était indescriptible, après la colère de la reine. Mais ils ne le savaient pas. Ils furetèrent, et trouvèrent deux choses : un panier de pommes rouges, appétissantes, et la tenture à moitié arrachée devant le miroir. Machinalement, le roi prit une pomme et se mit à la croquer, heureux de cette trouvaille. Il avait toujours autant d’appétit. Le prince, lui, observa la tenture et le miroir, tournant le dos à son père. Le miroir eut un rire sinistre.

-          Trop tard ! fit-il.

-          Mon Dieu ! Mère est morte ?

-          Non, elle est dans la forêt. Mais regardez donc votre gourmand de père…

Le prince se retourna, et hurla en voyant son père allongé sans connaissance sur le sol. Puis il se mit à jurer.

-          Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, dans cette famille, commenta le miroir.

Le prince était désormais seul. Sur le moment,  il paniqua. Puis il se souvint de son cordial, et en but une gorgée. Il put se reprendre, et s’adressa au miroir :

-          Miroir, où puis-je trouver des secours ?

-          Dans la forêt. Et ne vous inquiétez pas. Votre mère a eu le même coup il y a un peu plus de quinze ans. Elle saura quoi faire pour ranimer le roi.

Le prince soupira, et quitta le château, à pied. La forêt n’était pas loin. Il y entra bravement, et se mit à appeler.

-          Mère ! Mère !

Pas de réponse. Il s’enfonça dans la forêt.

-          Mère !

Toujours rien. Le prince était de plus en plus angoissé. Les animaux fuyaient en le voyant approcher. Sauf un. Un ours, qui se dressa devant le prince. Aussitôt, ce dernier tira une dague. Le prince était vaillant, courageux, et était ravi de cette aventure. Il sauta sur l’ours, qui l’évita et lui donna un coup de patte au visage, ce qui eut pour effet de le faire saigner. La blessure était superficielle, mais le sang affola l’animal, qui chargea. Le prince n’attendait que ça. Il para un coup, deux coups, et le troisième fut le bon. La dague s’enfonça dans le cœur de l’ours, qui s’écroula. Le prince la dégagea, et repartit, au plus profond de la forêt, toujours appelant sa mère. Mais comme il faisait de plus en plus sombre, il n’y voyait pas bien, et en plus la végétation s’épaississait, l’empêchant de  passer. Si bien que très vite, le prince ne trouva d’autre solution que de tirer son épée pour pouvoir se frayer un chemin. Il était inquiet pour ses parents, et pas très à son aise, en un tel endroit, seul. Et cette forêt-là était inconnue. De plus, sa blessure au visage lui faisait mal, et il s’écorchait aux ronces. Mais le prince ne voulait pas s’arrêter avant d’avoir trouvé sa mère. Il progressait donc, à petits pas, l’épée au clair. Malgré ses précautions, il se tordait les chevilles. Enfin, il s’écroula dans une clairière. Il fut réveillé par quelque chose qui lui léchait la joue. Il en fut effaré, plus que terrifié. C’était une biche. Le prince se releva, mais n’osa pas la toucher. Ce fut la biche qui, d’un mouvement du museau, lui fit tourner la tête vers un petit ruisseau. Le prince poussa un cri de joie, et courut pour y plonger sa tête et ses mains. Cela fait, il avait tout à fait repris ses esprits.

-          Mère ! Père ! s’exclama-t-il.

La biche était restée, à le voir faire ses ablutions. Elle le regarda encore, et l’engagea ainsi à le suivre. Le prince, ne doutant de rien, la suivit. La biche vérifiait régulièrement qu’il était toujours là. Enfin, le jeune homme aperçut une grande cabane, remercia la biche, et alla frapper. Un petit être lui ouvrit.

-          Qui êtes-vous ?

-          Je suis le prince Armand, je cherche ma mère qui a disparu. Savez-vous quelque chose, euh… monsieur ?

Le nain prit un air farouche. Il avait bien reconnu le prince, qui ressemblait à sa mère, et justement, cette dernière se trouvait bien là. Mais elle avait donné ses instructions : n’ouvrir à personne. Le nain s’en voulut aussitôt de sa distraction. A l’intérieur, la reine alla se cacher dans la chambre, et les six autres nains arrivèrent à la porte.

-          Par le sang bleu ! C’est donc que ma mère est ici !

La reine préférait ne rien dire, pour ne pas trahir sa présence. Les nains le comprirent, et l’un d’eux courut chercher ce qui pourrait leur tenir lieu d’armes. Le prince se mit à sourire. Face à ces êtres plus petits que lui, il avait confiance en ses seules forces, même s’ils avaient l’avantage du nombre. Mais pour autant, il ne voulait pas les tuer. Lorsque tous les nains furent armés, il s’amusa à faire voler ce qui leur tenait lieu d’armes, des haches principalement. Chaque nain se trouva rapidement désarmé. Ils poussaient des cris de fureur, ce qui fit venir la reine. Celle-ci avait cru que son mari était là aussi, pour désarmer sept nains aussi prestement.

-          Comment, Armand, tu es  seul ?!

-          Si fait, mère.

La reine fut attristée.

-          Pour l’instant, reprit le prince. Il faut absolument que vous veniez, ou père va y passer. Je ne sais pas très bien pourquoi. Nous sommes allés dans votre ancien château, et le miroir m’a dit que vous seule sauriez le ranimer.

-          Vraiment ? Tu ne mens pas ?

-          Pourquoi mentirais-je, mère ?

La reine regardait son fils, peinée. Elle s’apercevait que le roi tenait à elle, et pensa qu’il s’était exposé inutilement.  Alors elle se tourna vers les nains, qui avaient des mines déconfites.

-          Chers amis, me voici obligée de m’en aller. J’ose espérer que le roi va me revenir.

-          Eh bien,  nous l’espérons de tout notre cœur, Majesté.

-          Et je vous remercie une fois de plus de votre hospitalité.

-          Ce fut un plaisir partagé, Majesté.

La reine embrassa chaque nain, ce qui leur rendit le sourire, et mena elle-même son fils au château.

Ils trouvèrent le roi toujours dans la même position, et la pomme croquée qui avait roulé à terre fit comprendre tout de suite à la  reine ce qu’il s’était passé. « Allons ! Chacun en aura eu pour son compte »,  pensa-t-elle. Là-dessus, elle demanda à son fils de l’aider à soulever son père, pour lui administrer une grande claque dans  le dos. Le morceau de   pomme fut éjecté de la gorge du roi, et il reprit aussitôt ses sens.

-          Mon amour ! Je savais que je te trouverais ici !

-          Tiens ! Tu me tutoies, maintenant ? Comme au bon vieux temps ?

-          Oui ma douce. Au diable les convenances ! Nous sommes en famille.

-          Il faut revenir au royaume, dit le prince. Qui s’en occupe ?

-          Tu veux venir avec moi ? demanda timidement le roi à sa femme.

-          Je ne viens que si tu promets que tu ne reverras pas Miranda.

-          Elle est partie. C’est elle qui m’a dit de te reconquérir.

La reine eut un sourire.

-          Brave fille. Rentrons donc. Et tu feras recoudre ce bouton. Mais pas d’œillade à la couturière !

-          Oui ma douce.

-          Un instant ! fit le prince alors que son père se relevait. Ne devrions-nous pas emmener ce miroir ?

-          Non, répondit la reine. Si quelqu’un le brise, nous aurons encore du malheur. Le royaume est en paix, ce serait une sottise.

-          Pourtant…

-           Tu pourras revenir ici, si tu veux, dit la reine à son fils. Je ferai refaire ce château. Mais nous murerons le sous-sol.

-          Excellente idée,  approuva le roi. Et après, fiston, tu pourras consulter le miroir tant que tu voudras.

-          Mais à bon escient, dit la reine.

Le prince ne fut pas mécontent de cette décision. Ils rentrèrent donc, et chacun reprit sa place. L’aide-cuisinière étant partie, on en profita pour mettre tout le monde au régime. Le roi perdit dix kilos, et ne mangea plus jamais de pommes. Il s’attarda de nouveau sur les courbes de sa femme, décidément la plus belle du royaume, et elle lui donna un petit garçon, qui vécut.

Et ? Oui, ils se remirent ensemble, eurent donc encore un enfant et un seul. Et n’est-ce pas, finalement, la meilleure façon de conclure ?

 

© Claire M. 2014