Sortilèges.

 

Une lumière, au bout de la terre. Un phare vient de s’allumer. Il y a là une jeune femme, écoutant une musique qui semble venir de nulle part. De son cœur ? Elle s’imprègne de l’ambiance, à la tombée de la nuit. Le vent se lève. Comme envoutée, ellesort du phare. La musique, forte, parvient toujours à ses oreilles, enveloppe les ténèbres. Portée par le vent, la jeune femme se laisse aller, respire la nuit.

Tout à coup apparaissent quatre cavaliers, passant à vive allure. Ils sont tout de noir vêtus. Ils galopent dans un murmure, devant la jeune femme, qui est surprise de leur arrivée. Elle demande :

-          Qui êtes-vous ? Où allez-vous ?

Les cavaliers ne répondent pas, ralentissent à peine. Elle insiste :

-          Vers quel pays allez-vous ?

Voyant qu’ils s’occupent si peu d’elle, la jeune femme se lance à leur poursuite, à pied. Elle voudrait savoir. Dans un murmure, elle croit reconnaître du portugais. En avant pour le Portugal, se dit-elle, et elle court derrière eux. Toute à ses questions, elle se demande si elle n’a pas été ensorcelée par ces mystérieux cavaliers sortis du néant. Elle appelle encore.

-          Mais qui êtes-vous ?

Celui qui chevauche le plus en arrière lance :

-          Nous sommes la brume ! La brume de la terre, de la mer, du monde !

Etonnée, la jeune femme marque un arrêt. Elle regarde, derrière elle, le phare. Il semble que sa lumière n’en est ni plus près, ni plus loin que quand elle en est sortie. La surprise de la jeune femme grandit, les cavaliers s’arrêtent. La grande robe blanche, les longs cheveux de la jeune femme flottent au vent. Est-elle la brume ? Est-ce cela l’envoutement ?  Elle saute sur le dos du cheval le plus proche d’elle. Mais elle glisse et tombe. Le cavalier l’attrape par le bras.

-          Eh bien venez, puisqu’apparemment vous voulez être des nôtres…

Elle s’installe en croupe, et a aussitôt la sensation qu’elle est elle-même devenue une brume. Et la course folle reprend. La jeune femme, collée au dos du cavalier, est assaillie par l’odeur de l’homme, du cheval. Elle n’en a pas l’habitude, et n’ose plus rien dire. Elle observe le paysage. La nuit est complètement tombée à  présent. Alors la jeune femme a un peu peur. Elle finit par demander :

-          Ô cavaliers, où m’emmenez-vous ?

Mais ils ne répondent pas. Quant à elle, sa peur grandit, car elle a la sensation d’être victime de son propre sortilège. Elle voudrait revenir en arrière, mais les chevaux vont si vite, ils semblent avoir des ailes. Et toujours, la lumière du phare paraît n’avoir pas bougé. Les chevaux sont pourtant au galop. Alors la jeune femme lance un cri, espérant une aide quelconque. La lune apparaît alors derrière les arbres. A cet instant précis, la jeune femme glisse du cheval, tombe dans la boue. Mais sa robe colle, la gêne dans ses mouvements. Et en plus, les cavaliers rebroussent chemin, pour aller voir ce qu’il se passe. A la lueur de la lune, la jeune femme aperçoit enfin leurs visages : ce sont des hommes jeunes, bruns, le regard assez doux. Ils lui parlent dans leur langue.

-          Bienvenue dans les sortilèges de la nuit !

La lune, sous la forme d’Hécate, glisse dans le ciel, se faufile entre les arbres, s’approchant du petit groupe.

-          Tu n’es pas comme les autres, dit-elle à la jeune femme, et un rai de lumière se fait autour de cette dernière.

Elle est alors couverte de boue, et complètement échevelée. Et elle se sent alors soulevée. Ce sont les bras d’Hécate, de la Lune. Les cavaliers les regardent, s’exclament. Mais la lune entraîne la jeune femme dans les arbres, dans le ciel. Elles baignent dans la lumière. La jeune femme entend les quatre cavaliers l’appeler. Mais Hécate lui fait un froid baiser, l’étend confortablement dans ses bras. Elle emmène sa protégée à un étang, où celle-ci peut plonger dans le reflet de la lune, lui permettant ainsi de se débarrasser de cette boue dont elle est recouverte. Ses yeux se mettent à briller. C’est alors comme si les arbres s’écartaient.

-          Mademoiselle !

Elle sort de l’étang, se redresse. Sa robe, dans le mouvement, dévoile une jolie poitrine ferme. Mais Hécate est toujours là, et la novice se réfugie dans ses bras.

-          Mademoiselle !

-          Hécate, emmène-moi ! Lune ! Lune !

L’un des cavaliers s’approche.

-          Mon aimée ! Je suis le feu !

-          Non !

Hécate intervient, le repousse. La jeune femme regarde le cavalier, croit le reconnaître. Elle veut s’en aller, retourner au phare. Le cavalier insiste, veut éloigner Hécate, mais celle-ci résiste. La jeune novice cherche à se réfugier derrière elle, mais le cavalier s’avance, bousculant son adversaire, et dépose un baiser brûlant sur son front. La jeune femme hurle. Le baiser brûle tant, qu’elle tombe à terre. Tout s’arrête.

La lune caresse la jeune novice.

-          Reviens, reviens sur terre petite sœur.

Cette voix douce berce la jeune femme, et le reflet de la lune dans l’étang la rassure. Elle ferme les yeux. Le baiser du cavalier brûle toujours, mais les quatre éléments sont partis. Il ne reste que la jeune novice, qui s’endort.

Elle se réveille au pied du phare. Comme le jour s’est levé, celui-ci est éteint. C’est le bruit des vagues, qui l’a réveillée. Au loin, elle reconnaît la silhouette du gardien du phare, qui la regarde. Et elle respire. Sourit. Elle court plonger dans la mer, pour se défaire tout à fait de l’enchantement qu’elle avait voulu provoquer.

-          Suis-je encore mortelle ? se demande-t-elle. Ou dois-je laisser tomber la magie ? Je me souviens de l’ambiance !

Mais elle avait eu peur. Dans les vagues, elle se sent mieux. Elle surgit face au phare.

-          Ou suis-je moi-même un sortilège ? Pourtant, le soleil brille et je suis toujours là…

© Claire M.