Le dragon gardien du trésor enfui.

 

-          Faf, je te confie notre trésor. Tu es un bon dragon, tu le garderas bien, dit le lutin.

-          Quelqu’un y aura-t-il droit un jour ? demanda Faf.

-          A toi de voir. En tout cas, il ne sera pas pour n’importe qui. Ne le donne jamais comme ça, sur un coup de tête. Disons qu’il ne faut le céder qu’au prix de ta vie.

-          Mais je ne veux pas mourir !

-          C’est bien ce que je me disais : tu garderas très bien notre trésor. Et souviens-toi : les dragons de ta race sont puissants. Si ça se trouve, il se passera des millénaires avant qu’un homme ne trouve ce trésor. Bon, allonge-toi et dors. Tu as eu une vie fatigante, mon vieux Faf.

-          Ça c’est gentil.

-          Je viendrai te voir de temps en temps.

-          Oh, je vais m’octroyer une sieste d’un siècle.

-          Je t’en prie. Tu as une grotte confortable… Tiens, le trésor est là, allonge-toi dessus.

Après avoir enfoui le coffre, le lutin tassa la terre sur le sol avec sa pelle, et Faf s’étira dessus, ramena sa queue le long de son corps pour s’installer confortablement. Le lutin le regarda d’un air paternel. C’était un dragon qui commençait à avoir de l’âge, et tous deux s’aimaient bien, ils avaient eu de fameuses aventures ensemble ! Le lutin eut une tape amicale sur ce grand corps écailleux, et prit congé. Puis Faf ferma les yeux, et s’endormit sans autre forme de procès. Sa retraite serait tranquillement employée.

 

-          Qu’est-ce que c’est que ça ? s’exclama la maman taupe.

-          Umpf ! C’est lourd, maman ! C’est coincé sur ma queue !

-          Oh nom de Top ! Taïaut, va chercher ton père, vite !

-          Je peux le faire moi, maman !

-          Ton frère dit que c’est lourd, tu es trop jeune ! Ne discute pas et va chercher ton père !

Taïaut fila. L’attente fut longue, pour la maman et pour la petite taupe coincée. Enfin, Taïaut revint avec son père, tout courant.

-          Oh nom de Top ! s’exclama-t-il en voyant le coffre.

-          Vite papa ! Délivre-moi de ce truc !

-          Taïaut, aide-moi, on va pousser.

Le père et le fils s’attaquèrent au coffre. Ils avaient du mal, tant il était lourd, alors la maman taupe vint à leur rescousse. Enfin, le coffre bougea.

-          Taïaut ! Plus haut !

-          Je suis trop petit, papa !

-          Chérie !

En s’y mettant tous ensemble, ils purent enfin délivrer le petit dernier, qui respira.

-          Bon, et maintenant j’appelle les copains, je ne veux pas avoir ce truc dans ma taupinière ! déclara le papa taupe.

-          Bonne idée, approuva sa compagne. Moi, je vais soigner Roule.

-          Oh oui maman. J’ai ma-al !

-          Ça va passer. Viens.

 

Faf sursauta. Ça bougeait entre ses pattes. Il se redressa, l’oreille aux aguets.

-          Déjà un chasseur de trésor ?

Faf connaissait mal les hommes. Il ouvrit grand les yeux, regarda tout autour de lui. Pour autant qu’il sache, les hommes se déplaçaient les pattes SUR le sol, non dessous. Il renifla l’air, mais son odorat lui apprit qu’aucun homme ne s’aventurait par ici. Alors quoi ? Puis il entendit un cliquetis de pièces d’or en dessous de ses pattes. Pris d’un brusque pressentiment, il se mit à creuser à l’endroit du trésor. Il vit des pièces éparpillées.

-          Nom d’une pipe ! Le trésor !

Il avança une patte. Le coffre se dérobait, de plus en plus vite, et les pièces tombaient en s’entrechoquant.

 

-          Là ! Mettez-le là !

-          Ouf, c’est lourd ! fit une taupe.

-          Cale-le bien, au lieu de te plaindre !

-          Attends, je vais t’aider.

Une flamme atteignit alors les taupes.

-          Qu’est-ce que vous fichez là ? gronda Faf.

-          Alerte ! cria Taïaut. Au feu !

-          Je ne veux pas vous griller, mais ce trésor est à moi, et à moi seul !

-          Je m’excuse, monsieur le dragon, fit le papa taupe, mais votre trésor a bien failli écraser mon plus jeune fils !

-          Ce n’est pas de ma faute, c’est un ami lutin qui l’a enterré là. Moi, je ne fais que le garder.

-          Bon, d’accord, mais pas au détriment de ma taupinière !

Faf fit signe qu’il comprenait, mais :

-          Le trésor ne doit pas sortir de cette grotte, et vous avez dispersé les pièces.

-          Nous allons tout ranger, alors, fit le papa taupe. Mais vous allez nous aider.

-          Non, mon devoir est de le garder, pas de courir après. Vous l’avez dispersé, vous allez réparer. Sinon, je vous grille !

Et le dragon ouvrit une gueule menaçante. Les taupes firent force courbettes, et obéirent. Le trésor fut donc reconstitué, mais après il fallait encore le ranger. Faf était embêté.

-          Il faut l’enterrer, dit-il. Ce serait trop facile, si un homme me tue.

-          Mais vous êtes invincible, monsieur le dragon.

-          Je suis mortel comme tous les êtres de la création. Et puis si mon ami lutin l’a enterré, c’est qu’il avait une bonne raison de le faire. Vous avez déplacé le trésor, c’est à vous de trouver une solution.

Les taupes se regardèrent, eurent un conciliabule, puis le papa taupe se tourna vers Faf.

-          Avec nos pattes, nous pouvons l’enfouir encore plus profondément. En nous y mettant tous, croyez-moi, votre trésor sera bien enterré.

Faf eut un soupir de soulagement.

-          Merci, dit-il.

Et ainsi fut fait. Le trésor fut si bien caché, qu’à l’heure où j’écris ces lignes, aucun homme ne l’a jamais trouvé, et Faf dort toujours dessus !

© Claire M. 2009