Naissance de Sylvestre.

 

Comme d’habitude entre les cours, c’est la bousculade dans les escaliers de la « Miser’ ». Il y a du brouhaha, mais je suis arrivée depuis peu, aussi je ne connais pas grand-monde, et n’y prête guère attention. Quelqu’un appelle :

-          Sylvestre ! Sylvestre !

Puis une fille que je connais un peu me dépasse, et me lance :

-          Ah, Sylvestre !

-          Quoi ?

J’étais ahurie. De quoi parlait-elle ?

-          Ah oui, pardon, c’est vrai, on t’a surnommée Sylvestre, parce que tu nous fais penser à Gros minet…

Je ne me suis pas vexée, j’ai même trouvé cela plutôt amusant. Et le surnom m’est resté… j’ai souvent un air de chat mal réveillé, ou à qui Titi a encore échappé…

 

Quelques mois plus tard.

Dans mon nouveau lycée, j’ai très vite rencontré H. Nous avons été présentées l’une à l’autre par une amie commune qui était auparavant avec moi à la Miser’. Mais, comme pour toutes les grandes amitiés, les versions diffèrent : H., quant à elle, disait m’avoir couru après. Quoi qu’il en soit, nous nous sommes très vite entendues, malgré le physique hors-norme de H., une géante pour moi vu qu’elle me dépassait d’une tête (je n’atteins pas le mètre 60), et sculpturale, en plus.

Tout a commencé en parlant, bien sûr, mais aussi en… écrivant. Pendant les cours, nous nous écrivions sur des post-it. Et, tous les soirs, nous nous écrivions encore, de véritables lettres, et échangions le courrier le lendemain matin en arrivant à l’école.

 

-          Dis donc Claire, m’a un jour dit H., on a un problème avec le courrier. Y’en a comme Cédric qui se demandent ce que c’est que ce délire…

Bien sûr, j’ai cherché à comprendre. Enfin, le problème a été clair. ON savait que H. et moi nous écrivions, malgré notre discrétion (bien que cela ne fût pas vraiment notre synonyme, comme disait H. elle-même…) Or, cela nous dérangeait de le reconnaître ouvertement.

-          Donc je te propose, a conclu H., qu’on utilise des surnoms. Moi, c’est Caliméro. Et toi, tu en as un ?

-          Oui, c’est Sylvestre.

Et on a topé. Désormais, nous commencions nos lettres par « salut Caliméro » ou « salut Sylvestre », et nous signions de nos surnoms.

J’ai pu constater l’efficacité de ce stratagème un jour en italien. Quand on s’ennuyait en cours, nous appréciions de regarder les cahiers de textes des uns et des autres. Et c’est ainsi que David est tombé sur mon courrier. Tout à coup, je me suis rendue compte qu’il l’avait repéré, et j’ai eu un geste violent pour reprendre mon cahier de textes.

-          C’est qui, Sylvestre ?

-          C’est moi ! Donne-moi ça !

Et j’ai récupéré le tout. A la tête de David, qui a murmuré qu’il n’y comprenait rien, j’ai été complètement rassurée, et ai jubilé : le but de la manœuvre était atteint !

 

Claire M.