l'imagination au pouvoir

15 septembre 2019

La rentrée des chats

regard__namour_

Et zut ! Ma petite servante repart tous les jours, ou presque, "pour gagner tes croquettes, ma petite chatte". Personnellement, je ne vois pas bien le rapport, moi je suis toute seule, et à notre huitième étage, il n'y a pas vraiment de bestioles à courser... Alors les journées sont longues, surtout quand ma petite servante fait des journées complètes. Je comprends d'autant moins, qu'elle râle de ne pouvoir autant lire et écrire qu'avant. Cet été, de ce point de vue ça a été génial. Elle était là, il faisait beau, je pouvais demander des chatouilles à tout moment. Et maintenant, je m'ennuie comme un rat mort... et pas elle. Une seule chose à faire : dormir. Et rêver de caresses et de campagne...

En plus, tous les soirs son meilleur ami, ou quelquefois elle, l'appelle, et ils passent des heures au téléphone. Il est de mon coin, de Biarritz, ce n'est pas loin de là où je suis née. Mais moi, je veux des papouilles ! Et après, ma petite servante râle qu'elle voudrait lire plus. Ou écrire ? Non, vraiment, par moments je ne la comprends pas.

Et que fait-elle, dehors toute la journée ? Je suis bien contente d'être un chat choyé, je n'ai à me soucier de rien. Seulement de ma petite servante quand elle a ses moments de blues. Car être chat, croyez-moi, c'est aussi un travail ! Je le fais sans y penser, de même qu'elle écrit pour ce truc qu'elle appelle blog, entre autres. Moi, j'ai envie de mettre ma patte sur le clavier de son appareil à communiquer... Quelle lettre pourrais-je lui défoncer, après le X ? Le S de Shaloma ? Ce serait signé... Je vais dormir pour y réfléchir, mes yeux se ferment déjà, c'est dur d'écrire !

 

Petite Shaloma : eh oui, c'est la rentrée pour tout le monde... et je sais que tu détestes ce mot. Tu sais, c'est dur aussi, la vie d'humain... Sais-tu quel est mon rêve ? Etre payée à lire et écrire à tes côtés...

 

Claire et Shaloma

 

Posté par Claire Monelle à 16:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


08 septembre 2019

encore un petit tour à la mer...

Rêves marins

 

-          Tu y es, Charles ?

-          Si fait, mon vieux ! Je rajuste mes palmes, et on y va. On va voir le monde de tes rêves !

-          Oh, je n’ai fait que l’entrevoir… Sommes-nous suffisamment loin ? Je veux aller très, très profond dans le gouf, déclara Jean-Luc.

-          Et moi aussi je suis curieux.

Les deux amis échangèrent un sourire, puis Charles sauta le premier dans l’océan.

-          Nous avons deux heures d’air, rappela-t-il.

-          Ça va. C’est parti !

Et les deux hommes plongèrent. Ils y allèrent très progressivement ; Jean-Luc, étant apnéiste, était prévenu, et Charles était un plongeur chevronné, d’ailleurs il donnait des cours en piscine durant l’année. Alors ils prirent leur temps, voulant découvrir les mystères du gouf. Les autres êtres qui vivaient là ne leur prêtaient pas attention, et Jean-Luc les regardait à peine. Cela l’intéressa davantage quand ils s’enfoncèrent dans l’Atlantique, la faune étant quelque peu différente. Enfin, au bout d’une demi-heure environ, ils parvinrent à des roches, où se cachaient des poissons, des crustacés. Tous deux observaient, fascinés. Au  loin, ils aperçurent des requins-marteaux qui leur semblèrent imposants. Ils leur tournèrent le dos, et Jean-Luc entraîna son ami au milieu des roches. Charles s’émerveillait, mais ne touchait à rien.

Il y avait comme un défilé dans ces roches, et tous deux l’empruntèrent en évoluant dans l’eau, plutôt que de poser les palmes. Il faisait sombre, alors les deux hommes restèrent l’un près de l’autre pour ne pas se perdre de vue. Ils se reculèrent instinctivement, en voyant apparaître une baleine, majestueuse. Charles tapa sur l’épaule de Jean-Luc, lui  montrant quelque chose.

-          Nom d’une pipe ! faillit s’écrier Jean-Luc.

La baleine n'était pas seule ; et en plus, il y avait quelqu’un sur son dos, une femme. Mais à cette distance, les deux hommes ne distinguaient pas bien la forme de ce quelqu’un. Si bien qu’ils se regardèrent. Jean-Luc fit signe qu’ils y allaient, qu’il n’avait pas peur. Charles répondit de même, et ils allèrent plus vite, après avoir regardé leurs montres. Ils entendaient aussi un chant, profond, très beau, dans ces abysses, et se sentirent comme envoûtés par l’endroit où ils se trouvaient. Jean-Luc se sentit chaviré, et Charles ne valait guère mieux. Ils fermèrent les yeux, secouèrent la tête, rouvrirent les yeux.

Dans l’eau bleue-noire, des bulles jaillissaient, et ils se dirigèrent dans cette direction. Un long bras fin leur fit signe, d’une anfractuosité, et ils obéirent à ce qu’ils prirent pour une injonction. Charles et Jean-Luc rasèrent les roches, puis se retrouvèrent happés par quelque chose, et entrèrent dans une immense grotte.

-          Bienvenue messieurs ! En quête d’émotions fortes ? fit une voix cristalline, et en outre, ils entendirent rire.

-          Que vous êtes imparfaits ! fit une autre voix.

Mais les plongeurs, dans leurs combinaisons et avec leurs bouteilles, se trouvaient dans l’impossibilité de parler.

-          Venez ! fit la créature qui leur avait adressé la parole la première.

Et la sirène se dévoila. Une queue fine, verte, se déroula. Elle était blonde, comme une Lorelei, se dit Jean-Luc, qui avait du sang du nord de l’Europe dans les veines. Il regarda Charles, qui haussa les épaules, l’air de dire : « Au point où nous en sommes… » Alors ils suivirent la sirène. D’autres encore apparurent. La grotte se subdivisait en plusieurs « pièces », et de plus en plus de bulles s’en échappaient. De grosses bulles, que les sirènes semblaient façonner, tout en parlant et en riant.

-          Regarde celui-là ! Il rêve qu’il va être papa !

-          Et cet autre, qui fait du skate au Canada !

-          Moi, j’ai une jeune femme qui rêve d’un prince arabe…

Et elles montraient les bulles. Jean-Luc et Charles étaient fascinés par ce qu’ils voyaient et entendaient.

-          Et Charles qui me disait que j’allais voir le monde de mes rêves... pensa Jean-Luc.

-          Voyez-vous, pourquoi il ne faut pas nous déranger ? Vous êtes imprudents, jeunes hommes, fit une sirène aux dimensions felliniennes, qui s’était approchée sans faire de bruit.

Jeunes hommes ? Charles faillit s’offusquer : lui et Jean-Luc avaient dépassé quarante ans… Il se reprit en se rappelant que les sirènes étaient immortelles, mais avança, faisant signe qu’il ne comprenait pas. Jean-Luc fit chorus à sa manière. La grosse sirène montra les bulles.

-          Vous êtes dans le royaume de la nuit, et voici les rêves des hommes.

Les regards des deux amis allaient de la sirène, vers les bulles de rêves. Charles, en particulier, était envoûté par cette incroyable situation. En tant que Méridional, cette maîtresse sirène lui plaisait, en plus elle ne pouvait empêcher un joli petit sourire. Mais Jean-Luc faillit parler, se reprit à temps et émit quelques petites bulles qui firent rire la sirène.

-          Rêvez-vous, vous aussi ? Avec vos deux jambes, vous êtes des humains…

Charles fit oui de la tête. Jean-Luc se dirigea vers les bulles, et allongea le bras. Charles voulut le rattraper, mais c’était trop tard ; et Jean-Luc se retrouva dans la bulle.

 

-          Oh ! Bonjour ma princesse ! s’exclama-t-il, sortant de l’eau de la Baltique.

-          Esbjörn ! Emmène-moi ! Emmène-moi plus au nord !

-          Il faut que je retrouve mon bateau. Et mes compagnons. Comment vous appelez-vous, vous qui connaissez mon nom ?

-          Je vous reconnais à vos boucles folles, à votre prestance. Moi, je suis la princesse Astrid, de Fionie. Je vous attendais, Esbjörn… notre héros… mon héros !

Jean-Luc ne se sentait plus, dans ce rêve. Il s’y serait oublié. Lui, un héros scandinave ? Et les princesses n’existaient plus… Il regarda Astrid, et vit de très belles choses dans ses yeux. Alors il la prit dans ses bras mais, en faisant cela, il se retrouva dans la fabrique du rêve, quelque part dans le cerveau de la jeune femme. Comment avait-il compris qu’elle était princesse ? Etait-ce d’avoir vu un film italien où il l’avait entendu, à tout propos ? La jolie princesse, dans ses atours, ressemblait réellement à Astrid la dormeuse. Celle-ci devait avoir une vingtaine d’années, et dormait en pyjama, quelque chose de pas très féminin, mais elle était jolie, avait des cheveux brun clair. Jean-Luc soupira.

-          Mon héros… ne me laisse pas !

-          Alors, fuyons !

 

Mais la bulle s’échappait de la grotte, et Charles réagit au quart de tour, aidé d’une nuée de dauphins, et de deux jolies sirènes.

-          Sortons-le de là ! disaient-elles, progressant à toute  allure, autour de Charles qui les suivait presque à la même vitesse, de plus en plus inquiet.

 Il atteignit enfin la bulle de son ami, et allongea le bras pour la pousser vers les sirènes, qui l’attrapèrent.

-          Tiens-la bien, Concha !

-          Ils fuient ! Attrape-le, vite ! Je tiens !

La petite sirène avait de fameux biceps, de la force dans les bras, et l’autre perça la bulle d’un ongle. Jean-Luc tomba sur les roches, émit sans le vouloir  quelques petites bulles. Le regard de Charles alla de Jean-Luc, à sa montre. Il était inquiet.

-          Bougre d’idiot ! lança la dénommée Concha à Jean-Luc. C’est très dangereux, ce que vous avez fait !

L’homme resta hébété, bougeant les bras, et Charles sauta sur lui pour qu’il ne se fasse pas mal sur le plancher du gouf. Cependant, les deux petites sirènes attrapèrent chacune un des deux hommes, et les ramenèrent à leur grotte à rêves. La grosse sirène respira, en les voyant revenir à quatre, avec Jean-Luc.

-          Mais qu’avez-vous fait, imbécile ! le tança-t-elle.

Mais il paraissait ivre, et Charles comprit, fit signe qu’ils devaient remonter à la surface. Il lui semblait que les aiguilles de sa montre s’affolaient, et il ne savait plus où ni quand ils se trouvaient.

-          Jamais plus vous ne descendrez aussi bas, entendez-vous ?! pestaient les trois sirènes.

Charles faisait des signes désespérés avec les bras, pour dire qu’ils devaient remonter. Mais elles continuaient de râler.

-          Ce gouf est à nous !

-          Laissez-nous travailler !

Charles ne comprenait plus rien, ne savait qu’une chose : il fallait quitter l’océan au plus vite. Il craignait de plus en plus que Jean-Luc n’en réchappe pas. En désespoir de cause, il le saisit sous les aisselles, pour l’emmener à la surface. Alors seulement, les sirènes comprirent, et la plus grosse lança un appel d’une voix chantante. Très vite, deux dauphins firent leur apparition, et le plus fin se glissa contre Jean-Luc, pour qu’il monte sur son dos. L’homme saisit l’aileron de l’animal, et la grosse sirène dit à Charles d’en faire autant.

-          Et ne revenez pas ! ajouta-t-elle.

Charles remercia comme il pouvait, et ils remontèrent très rapidement, même si cela lui sembla une éternité.

 

-          Nom de Dieu ! s’exclama Charles.

-          Où… où sommes-nous ?

Jean-Luc était tout désorienté, demanda encore :

-          Que s’est-il passé ?

-          Tu m’as fait une belle peur, mon vieux !

-          J’ai… je crois que j’ai rêvé d’une princesse…

-          Moi, je crois que j’ai fait un cauchemar. Ça va ?

Charles se leva le premier, regardant tout autour de lui. Jean-Luc tâtait tous ses membres, tremblant encore.

-          Mon bateau ! s’écria Charles.

-          C’est vrai au fait, nous sommes sur une plage !

-          Je peux te dire où nous sommes. Mais du diable si j’y comprends quelque chose !

-          Attends, je me débarrasse de mon attirail. Et je t’engage à en faire autant.

Jean-Luc reconnut le petit bateau le premier, en train de s’échouer sur le sable.

-          Le bateau est là, dit-il, et Charles respira mieux.

-          Tant mieux. Et nous sommes devant le Centre de rééducation du sportif.

-          Mais que fichons-nous là ?!

-          Le port n’est pas loin.

-          Allons-y. En bateau.

Ils se soutenaient l’un l’autre, en y remontant.

-          J’ai rêvé d’une belle princesse danoise.

-          Et moi, j’ai eu des rêves pleins de sirènes.

Les deux hommes se regardèrent.

-          Mais il fait jour depuis longtemps ! Nous n’avons pas fait la sieste, que je sache ! s’étonna Jean-Luc.

-          Non, puisque nous plongions !

-          C’est incompréhensible. Et je me sens moulu.

-          Je prends la barre.

 

La nuit suivante, Jean-Luc dormit vraiment. Et, au réveil :

-          Hum, Astrid…

-          Qui ça, mon chéri ?! fit sa femme, qui ne s’appelait pas Astrid…

Et Jean-Luc protégea son visage dans l’oreiller…

 

© Claire M. 2019

Posté par Claire Monelle à 15:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 septembre 2019

encore un petit goût de vacances

chat_du_boulanger

le chat du boulanger

vers_Carrare

vers Carrare

 

yacht_priv_

yacht privé

Posté par Claire Monelle à 16:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 août 2019

"Nous sommes plus grands que nous"

 

Résultat de recherche d'images pour "photo Michel Le Bris"

 

Mis à part un "dictionnaire amoureux" des explorateurs, je n'avais fait qu'entendre parler de Michel Le Bris, un grand "aventurier" breton, des livres, qui d'ailleurs est devenu spécialiste de Robert Louis Stevenson, l'auteur de L'île au trésor. Or le titre de son dernier ouvrage, Pour l'amour des livres, m'a interpellée. Les livres, l'aventure,le festival Etonnants voyageurs que dirige M. Le Bris, c'est parti ! Je ne connais pas du tout la Bretagne, mais cet univers maritime me fascine.

Dans ce livre, l'auteur se décrit, jeune, découvrant son coin de Bretagne, et aussi la littérature grâce à un instituteur formidable, aux méthodes sans doute peu académiques avec lui. Il y expose son amour pour les livres, et sa jeunesse. Les imbrications entre les deux. En outre, il a beaucoup travaillé en tant que journaliste, créant avec d'autres le Magazine littéraire en 1967-70, Libération en 1973... Il s'est aussi engagé avec d'autres intellectuels tels que Jean-Paul Sartre, André Glucksmann, Michel Foucault...

Et, en même temps, il écrit : des romans, des essais... Pour l'amour des livres ouvre sur.... les livres, comment une vie se construit autour de ses passions. C'est, pour moi, une ode à la lecture. Aussi des poèmes, Victor Hugo, Eugène Guillevic que, plus jeune, j'apprenais à l'école. Rappel de l'enfance, émerveillement devant le monde. Moi la Landaise d'adoption, j'y retrouve le souffle du large d'Hossegor-Capbreton... et puis, pourquoi pas, découvrir enfin, un jour, la Bretagne ! "Nous sommes plus grands que nous" : en somme, soyez ouverts !

 

Claire M.

Posté par Claire Monelle à 17:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 août 2019

à tous les gros minets et petites minettes

Gestes félins.

 

-          A ce midi, maman ! lança Pierre, le petit dernier.

-          Tu es sûr que tu ne veux pas que je t’accompagne à l’école, mon grand ?

-          Je veux faire comme mes sœurs ! Je viens d’avoir dix ans !

-          Alors à ce midi, mon Pierrot.

Et Louise embrassa son fils sur les deux joues, puis sur les cheveux, aussi noirs que les siens. Elle le regarda partir,  une petite boule dans la gorge, et resta dans l’embrasure de la porte, pensive. Oui, ses enfants grandissaient…

-          J’y vais moi aussi, ma chérie.

-          Et tu vas rentrer très tard, comme d’habitude.

C’était une évidence, et Thibault en était désolé. Il effleura les lèvres de sa femme.

-          Tu n’as pas oublié ton Tupperware ?

-          Oh non ! Ne serait-ce que pour faire bisquer les collègues… C’est seulement dommage que je sois obligé de le manger en vingt minutes… mais je n’y peux rien. Tu es une perle, ma Louise.

Elle eut un pauvre sourire.

-          Tu es fatiguée ?

-          Oui. Je me sens quand même obligée de me lever en même temps que toi et les enfants. C’est peut-être idiot, mais c’est ainsi. Et puis j’ai du travail, moi aussi.

-          Je sais. Tu es une sainte. Mais ça me rassure, que tu puisses travailler à la maison. Nos enfants s’en trouvent bien.

-          Et Morphée aussi.

-          Oui, le roi de la sieste ! Tu devrais peut-être l’imiter !

-          Ici en France, la sieste n’est pas tellement dans les mœurs…

-          Mais dans le pays des chats, si !

-          Tu es mignon, mon Titi.

Ils s’enlacèrent, se firent un vrai baiser, puis Thibault partit à son tour. Louise le regarda partir, lui fit un signe de la main, et rentra. Avant de se mettre à son ordinateur, elle alla câliner Morphée, le beau siamois de la maison. Elle l’avait recueilli quelques années plus tôt, alors qu’il traînait dans le quartier, l’âme en peine. A l’époque, c’était un chat efflanqué, et elle avait pris l’habitude de le nourrir. Et peu à peu, il s’était imposé chez les Lefort. C’était, comme beaucoup de siamois, un chat bavard, et très affectueux. En particulier, Pierre l’adorait. De toute façon, Morphée, avec l’âge, ne sortait plus jamais de son jardin, où il pouvait quand même faire valoir ses talents de prédateur. Ses siestes étaient donc parfaitement méritées… Louise le sentait frémissant de bonheur, sous sa main. Enfin, rassérénée, elle s’installa dans son bureau, dans cette grande maison, et reprit sa traduction. Bien vite, Morphée vint la rejoindre, pour prendre son poste sur un coussin placé dans un rayon de soleil, où il aimait dormir.

Au début, Louise baillait, se levait régulièrement pour consulter le dictionnaire des synonymes, voulant faire une traduction claire et précise. De plus en plus, elle avait du mal à se concentrer, ce matin-là. Et Pierre qui était parti à l’école tout seul… En vraie mère-poule, elle avait un peu peur. Deux fois, elle alla se préparer un café, à son goût, bien fort. Elle ne se trouvait guère efficace, cette fois-là. Et elle vit revenir son fils avec soulagement, même si la course commençait. Elle devait en effet le faire manger lui, avant ses filles, qui étaient au collège et au lycée et arrivaient plus tard. Souvent, elle préférait déjeuner avec Pierre, et réchauffait ensuite le repas pour Ambre et Jade.

Ce jour-là, la plus jeune, Jade, était excitée, parlait beaucoup de ses amis et, en particulier, de ce garçon qui lui tournait autour, Axel. Louise fronçait les sourcils, pas dupe des manœuvres de ce gamin. Jade se jouait de lui, en plus. Elle essaya de raisonner sa fille, pensant qu’elle comprendrait, mais elle et sa sœur étaient en pleine adolescence…

Une fois de nouveau seule, Louise s’affala dans le canapé, et se prit la tête entre les mains.

-          Mon Dieu… les enfants grandissent trop vite, soupira-t-elle. Et je me croyais vraiment en meilleure forme.

Elle essaya de respirer, pensant à son mari. Elle se souvint de ce qu’il lui avait dit le matin même, eut un petit sourire, et se décida à faire une sieste. Dans le canapé. «Au pays des chats », pensa-t-elle, et elle ferma les yeux.

-          Miaou ?

Morphée sauta sur sa maîtresse, étonné. Elle ne faisait pas souvent la sieste. Il miaulait comme s’il demandait si elle dormait, et Louise allongea le bras pour le caresser. Le chat s’installa douillettement dans son giron, se laissa faire, en eut un ronron de bonheur. Ils éprouvèrent un moment de béatitude, ainsi l’un sur l’autre. Par moments, Louise ouvrait les yeux, pour admirer son chat. Il se mit à lui lécher le bout des doigts, puis s’approcha de son cou.

-          Morphée ! Cuidado !

Morphée miaula comme pour s’excuser, posa une patte sur l’épaule de sa maîtresse. Il vibrait encore, et Louise l’avait dans le creux de son bras.

-          C’est si bon… murmura-t-elle, et elle referma les yeux. Gracias, Morphée…

-          Miaou-ou…

L e chat se souleva un peu, et mit sa patte avant droite sur le front de Louise.

-          Aïe ! Morphée, qu’est-ce qui te prend ?!

Alors Louise entendit une petite voix.

-          Je ne voulais pas te faire mal… je voulais juste te faire un petit cadeau.

Elle porta une main à son front, sentit un peu de sang, alors elle se leva.

-          Miaou ! fit Morphée sur un ton désolé, et il s’installa dans le canapé, s’emballant dans sa queue.

Louise fila à la salle de bains, de plus en plus étonnée, et vit un tout petit coup de griffe, entre les deux yeux. Il y avait quelques gouttes de sang, presque rien, qu’elle essuya avec un gant de toilette.

-          Ah, Morphée…

Une fois remise, elle retourna le caresser mais, à peine posa-t-elle la main sur son chat, que la petite voix retentit de nouveau dans sa tête :

-          Louise, c’est Morphée… ou quel que soit le nom que tu me donnes. J’ai ouvert un canal en toi. Tu peux t’allonger, tu dormiras comme un chat.

Louise tripota sa petite blessure, de l’autre main.

-          Oui, c’est ça. Fais-en bon usage, ma Louise.

Elle caressa le chat, et se rallongea pour s’endormir. Vingt minutes plus tard, elle était fraîche et dispose, et se demanda si elle n’avait pas rêvé, alors elle porta une main à son front, et sentit la blessure. Tout cela était fort étrange mais, pour l’instant, elle devait travailler, alors elle retourna à son bureau. Son fils avait su la rassurer, et la sieste lui avait fait du bien. Aussi put-elle travailler tout l’après-midi, bien concentrée, au moins jusqu’au retour de Pierre, peu avant cinq heures. Elle lui donna son goûter, et en profita pour en prendre un elle-même, tout étonnée d’avoir faim. A côté, Morphée grignota quelques croquettes, avant de cligner des yeux devant Pierre et sa maman.

-          Oh Morphée, que tu es beau ! fit le petit garçon.

Louise crut percevoir un « merci » provenant du chat, et le regarda. Morphée cligna de nouveau des yeux, la regardant aussi. Elle ne résista pas, et alla lui faire une caresse. Il lui lécha la main, et la petite voix résonna encore une fois dans sa tête.

-          Je t’aime, tu sais.

-          Moi aussi, ne put s’empêcher de répondre Louise.

-          Tu miaules, maman ?

Confuse, Louise évita le regard de son fils.

-          On est tous gagas de ce chat…

-          Bravo, tu parles bien chat, fit Morphée quant à lui, rien que pour sa maîtresse.

Louise cligna des  yeux, et Morphée commença une toilette. Elle soupira, et termina son verre de jus de fruits. Pierre prenait son temps, pour manger son goûter. Il adorait les tartines de Nutella, et se faisait régulièrement des moustaches de chocolat, ce qui amusait toujours ses proches. Ça ne rata pas, et Louise se rassit pour approcher une serviette de son visage.

-          Je vais le faire tout seul, maman, fit Pierre, et il attendit d’avoir fini, pour s’essuyer ses moustaches.

Sa maman était de plus en plus amusée, et se dit qu’étant petite, elle était comme ça aussi, gourmande et soucieuse de son image après un repas. Enfin, Pierre se leva, alors elle en fit autant, et :

-          Tu as envie de jouer, vas-y. Tu feras tes devoirs avec tes sœurs.

-          Oh ! Merci maman ! Mais comment as-tu deviné ?

Louise voulut se toucher les tempes, pour signifier que c’était son instinct maternel qui parlait, mais son doigt alla sur la petite blessure ouverte par le chat.

-          Mais maman, qu’est-ce que tu as, là ? s’aperçut Pierre.

-          Oh, ce  n’est rien, un faux mouvement de Morphée, sans doute…

-          Mais c’est un coup de griffe ! Et ça ne te fait pas mal ?

-          Non, pas du tout, et Louise se tourna vers le chat, toujours occupé à se laver.

-          Hein, quoi ? fit-il, soudain distrait, et Louise éclata de rire.

A vrai dire, Pierre rit aussi. L’attitude de Morphée était sans équivoque, n’importe qui aurait pu comprendre ce qu’il voulait dire. Très sûr de lui, il reprit sa toilette avec méthode. Alors ses humains filèrent, l’un dans sa chambre, l’autre dans son bureau. Les filles rentraient en général ensemble, vers six heures. Les deux sœurs étaient proches l’une de l’autre, et Ambre regrettait de ne plus voir Jade, maintenant qu’elle était au lycée. Comme Louise s’y attendait, ses filles rentrèrent à l’heure habituelle. Et elles riaient, parlaient beaucoup et fort, comme de vraies petits Espagnoles. Louise perçut leur bonheur, et fut surprise d’en être capable, tout à coup. La vision était presque nette, dans son esprit. Cette fois, sa journée de travail était terminée. La course du midi n’avait plus lieu d’être, et Morphée les rejoignit dans la salle à manger. Dans le canapé, des tartines à la main, les filles riaient toujours. Pierre regardait ses sœurs, sans comprendre. Louise servit encore du jus de fruits, et les fit parler de l’école, pas uniquement des cours et des notes. Le professeur de physique du lycée d’Ambre en prit pour son grade, et elle-même rit beaucoup. La physique n’était pas leur partie forte…

-          Je préfère les SVT, comme papa ! déclara Ambre. Moi aussi, je serai dans la santé !

-          Mais pas chirurgien, pour pouvoir m’occuper de mes enfants. En fait, je ne sais pas, ajouta Jade en regardant sa mère. Grâce à toi, je suis bonne en espagnol… Au fait, tu pourras m’aider, maman ? Pour mes verbes irréguliers…

Cela fit sourire Louise. Finalement, elle les avait réussis, ses enfants… Mais elle ressentait quelque chose de bizarre, de nouveau. Tout à coup, elle avait l’impression de lire dans leurs pensées, comme dans un livre, comme jamais auparavant. Elle les aida dans leurs devoirs, allant au-devant de leurs difficultés. Elle en parla à son mari, le soir au lit.

-          C’est très bizarre, conclut-elle.

-          Oui, mais dis-moi ma chérie, que t’est-il arrivé, au front ? On dirait presque que tu as un troisième œil…

-          J’ai fait une sieste avec Morphée, il a dû avoir un geste inconsidéré…

-          Tu devrais lui couper les griffes.

-          Non, plutôt toi.

-          Miaou ?

-          Morphée ! s’exclama Thibault. Tu es un beau filou, mon chat !

-          Il n’a peut-être pas envie qu’on lui coupe les griffes… Et puis bon, ce n’est pas bien grave…

-          Méfie-toi quand même. Toi et Pierre en êtes très proches…

-          Bon, mais je te laisse lui couper les griffes. C’est toi l’homme de l’art, avec tes mains de chirurgien… Tu sais, ça ne me fait pas mal. Mais pas du tout.

-          Je verrai ça dimanche. Mais ça confirme ce que je pensais : tu es vraiment une perle…

-          Et Morphée, alors ?

-          Je ne crois que ce que je vois, ma chérie. Tu as toujours eu des gestes félins, c’est d’ailleurs ce qui me plaît chez toi. Une vraie mère chatte ! Ne t’inquiète pas.

-          Je ne suis pas inquiète, je m’interroge.

-          Ça ne fait rien. Dors bien… ma petite chatte.

Peu après, tous deux dormaient, et le chat était resté avec eux. Il se réinstalla dans le giron de sa maîtresse, et s’endormit à son tour.

La journée du lendemain amena de nouveau son lot de surprises, pour Louise. Dès le réveil, elle s’étirait tel un chat, encore plus que d’habitude, ce qui étonna son mari.

-          Tu as le même air que Morphée quand il se réveille…

-          Ah ?

Louise bailla sans retenue.

-          C’est curieux, reprit Thibault, j’ai rêvé de chats…

-          Et moi, d’un grand jardin, comme un coin de Paradis, où je courais ou montais aux arbres… J’admirais les oiseaux…

-          Alors c’était un beau rêve.

-          Oui. Et toi ?

-          Aussi. Je somnolais avec Morphée et ses copains, il y avait un beau chat noir… magnétique, très attirant.

Ils se regardèrent en souriant.

-          Si je ne devais pas partir au travail, je…

-          Demain, mon chéri.

-          Mais je serai d’astreinte… Un baiser, au moins !

Louise se laissa faire.

-          Tu es de plus en plus féline, fit Thibault en se levant.

Louise sourit, se leva à son tour. Cette fois-là, sans bien s’en rendre compte, elle mit plus de lait dans son café que d’habitude. Et dès le petit-déjeuner, elle devinait, ressentait les besoins de sa petite famille. Tous étaient étonnés, elle la première.

Pierre partit le premier, seul comme un grand, pour la plus grande fierté de son père qui, lui, partit le dernier.

-          Tu es moins fatiguée qu’hier, on dirait.

-          Oui, j’ai eu un sommeil réparateur.

-          Tant mieux. A ce soir, ma petite chatte.

-          A ce soir, mon Titi.

-          Comme Titi et ‘Ros minet ! s’esclaffa Thibault, ce qui fit sourire Louise.

Quand tout le monde fut parti, elle alla cajoler Morphée, qui ne demandait pas mieux.

-          Tu verras, ce sera une belle journée, dit la petite voix de la veille à Louise. Ça va aller tout seul.

-          Mais Morphée, que se passe-t-il ?

-          Je t’ai fait un cadeau, fais-en bon usage. Tu parles de mieux en mieux chat.

Louise caressa Morphée, pensive.

-          Un cadeau… mais je ne sais pas très bien ce que tu m’as offert.

-          Des caractéristiques félines. Je ne t’en dis pas plus.

-          Mais je suis humaine ! Non Morphée, je ne comprends pas.

-          Laisse-toi faire. Regarde-moi.

Et Louise et son chat échangèrent des regards, des clignements d’yeux. Enfin, Morphée se cala sur son coussin, montrant son ventre, sachant que cela le rendait irrésistible ; et effectivement, Louise craqua. Après ce long câlin, l’un reprit sa sieste, et l’autre  ses activités.

Les jours suivants, Louise était de plus en plus zen, mais aussi efficace en tout, en tant que mère de famille, qu’épouse, en professionnelle de la traduction de la langue de ses  ancêtres espagnols. Quand elle voyait son patron, à la fin de la semaine, elle lisait aussi dans ses pensées, et ajustait ses réponses, ses questions.

Un mois plus tard, Thibault rentra un soir un peu plus tôt que d’habitude, et s’exclama :

-          Oh ! ‘Ros minet !

Un chat noir se tenait, magnifique, attirant en diable, à l’entrée de la maison. Il voulut le caresser, et le chat lui faisait des grâces, se frottant à ses jambes, puis il rentra dans la maison avec lui et disparut.

-          Ma Louise ! Ma petite chatte ! Je suis là !

Louise parut enfin, ses longs cheveux noirs dénoués.

-          Mais que faisais-tu ? s’étonna Thibault.

-          Je lustrais mon poil, répondit doucement Louise, clignant des yeux, sourire aux lèvres.

-          Comment ?!

Et puis Thibault s’avisa que sa femme avait une brosse à cheveux à la main. Alors il sourit à son tour.

-          Mais pourquoi ? fit-il.

-          Parce que tu vas m’inviter ce soir au restaurant, n’est-ce pas ?

Thibault regarda sa femme, confondu.

-          M… mais… comment as-tu deviné ?

-          Tu oublies mes dons de télépathie… tu es mon mari, je peux même sentir tes envies à distance. Je savais que tu allais rentrer plus tôt.

Thibault tomba assis dans le canapé.

-          C’est drôle. Figure-toi que le chat de mes rêves était devant la maison, tout à l’heure…

-          Ah oui ?

Louise le rejoignit.

-          Eh bien, c’était peut-être moi…

 

© Claire M., 2019

Posté par Claire Monelle à 14:14 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


19 août 2019

Un été au Groenland ?

Résultat de recherche d'images pour "photo Jorn Riel"

 

Jørn Riel.

 

Dans le dernier numéro de Géo, Jørn Riel nous présente un endroit qu’il connaît bien, pour y avoir passé seize ans de sa vie : le Groenland. Mais qui est Jørn Riel ? Eh bien, il m’intéresse car c’est un écrivain danois (mon tropisme nordique…), et il a commis de nombreux livres. Les plus connus sont les « racontars arctiques ».

Jørn Riel est né (comme son illustre prédécesseur Hans Christian Andersen) à Odense, au Danemark, le 23 juilllet 1931. Il s’est intéressé très jeune au Groenland, alors colonie danoise (c’est à présent un territoire autonome du Danemark). Son père était coiffeur pour la Cour Royale, et voyait passer des explorateurs polaires comme Knud Rasmussen, Peter Freuchen, qui ont fasciné le petit Jørn. Aussi, à 19 ans, il part au Groenland avec l’expédition Lauge Koch, du nom de l’explorateur-géologue danois qui a consacré une partie de sa vie au Groenland. Jørn Riel lui-même y passera seize ans.

De cette longue expérience, il en est ressorti toute la série des « racontars arctiques », de courtes fictions pleines d’humour, à partir de ce qu’il a vécu, mais pas uniquement. Même sa vie, il la racontera sous cette forme, sous le titre Une vie de racontars (en deux tomes). Beaucoup de ses romans parlent ainsi du monde arctique, tel Le jour avant le lendemain (qui a reçu plusieurs prix) ou La maison de mes pères. D’autres, La faille notamment, se déroulent ailleurs. C’est que Jørn Riel a également été officier civil pour les Nations Unies sur des points chauds de la planète : Damas, Beyrouth, Gaza…

A présent, il vit en Malaisie, mais garde un pied en Scandinavie, et une farouche passion pour le Groenland.

Les livres de Jørn Riel sont édités chez Gaïa, mais vous les trouverez aussi en poche, chez 10/18. Et pour avoir une idée du Groenland, vous pouvez, en introduction, lire le Géo du mois d’août !

Posté par Claire Monelle à 18:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 août 2019

quelques créatures mythologiques

amazone 

l'amazone

 

naiade

la naiade

 

sir_nes

les sirènes

Posté par Claire Monelle à 18:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 août 2019

Andrea Camilleri (1925-2019)

Résultat de recherche d'images pour "andrea camilleri photos"

 

Lire Camilleri.

 

Né à Porto Empedocle (la Vigàta de ses romans) en Sicile, le 6 octobre 1925, Andrea Camilleri vient de nous quitter, le 17 juillet dernier, à 93 ans. C'est un auteur italien majeur à présent, ayant écrit plus de cent romans, trente millions d"oeuvres vendues de par le monde, en au moins 120 langues.

Dès 1945, Camilleri commence à publier des nouvelles et des poésies, ce qu'il continuera à faire jusqu'à sa mort, c'est pourquoi il nous laisse autant d'oeuvres diverses, pour beaucoup pas encore traduites en français. Mais ce n'est qu'une partie de ses talents. En 1949, il est en mesure de mettre en scène plusieurs pièces de Luigi Pirandello (auteur sicilien lui aussi (1867-1936) de théâtre et de nouvelles). Andrea Camilleri arrive par ailleurs à la RAI en 1957, et a travaillé comme enseignant de mise en scène à l'académie nationale d'art dramatique Silvio D'Amico de Rome.

Mais ce n'est qu'en 1978 qu'il commence réellement une carrirèe d'écrivain, avec un livre écrit en réalité dix ans auparavant, Le cours des choses. Le roman suivant, Un filet de fumée, se passe dans la ville imaginaire de Vigàta, située en Sicile. C'est là que les romans mettant en scène le commissaire Salvo Montalbano auront lieu, ce qui inspirera des téléfilms à la RAI, où Camilleri a occupé diverses fonctions pendant plus d'un demi-siècle. A Vigàta se déroulent également d'autres de ses oeuvres, telle, par exemple, L'opéra de Vigàta.

Pour les gens comme moi qui maîtrisent l'italien, lire ces oeuvres en version originale est jouissif : mon grand-père m'a fait passer ce plaisir, c'est d'ailleurs lui qui m'avait indiqué cet auteur. En effet, Camilleri utilise pour moitié l'italien, pour moitié le dialecte sicilien, compréhensible malgré tout, notamment grâce au contexte. L'auteur a développé cette singularité en assistant son père mourant, lui  racontant une histoire de cette façon, "comme nous parlions entre nous". A la fin, son père lui a conseillé d'écrire ainsi cette histoire, "comme tu viens de me la raconter". Ce que fit Camilleri dès Le cours des choses, et qui devint son propre mode d'expresssion littéraire.

Il va sans dire que, face à une telle oeuvre, je suis très loin d'avoir tout lu, mais bien entendu, vous pouvez commencer par les enquêtes de Montalbano. Vous pouvez aisément les trouver en poche, et il y en a  un tout nouveau, au Fleuve noir, La pyramide de boue. Bei piaceri di letttura* !

Chiara M.

* beaux plaisirs de lecture !

Posté par Claire Monelle à 16:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 juillet 2019

idée de vacances en Sicile...

Madre nostrum.

 

-          Madonnina mia ! s’exclama Massimo. Arrière toute, Stefano ! Le volcan s’est réveillé !

-          On retourne à Messine ? fit l’interpellé.

-          Evidemment ! Désolé messieurs-dames, mais dans ces conditions, l’île n’est pas visitable. Cela dit, vous pouvez admirer ces volutes de fumée…

-          C’est magnifique, fit, en anglais, une dame entre deux âges.

Son fils se mit à filmer l’éruption, fasciné. Dans l’épais nuage de fumée, il crut distinguer quelque chose, eut un geste saccadé, et pesta.

-          C’est vrai que c’est beau, acquiesça un troisième touriste. Mais bon, tout cela va tomber dans la mer…

-          Nous ne sommes pas des kamikazes, déclara Massimo. Vous vouliez voir les îles Eoliennes, mais je ne le ferai pas au détriment de votre sécurité. Stefano, magne-toi ! ajouta-t-il en italien.

-          Oui oui !

Le petit bateau vira de bord, au milieu du tonnerre émis par le volcan.

-          Dommage… mais c’est follement romantique, fit une jeune Française à son compagnon, qui la saisit par la taille, et les trois Anglais détournèrent leurs regards.

De toute façon, le fils de la dame entre deux âges filmait toujours : le nuage de fumée, la lave et le magma qui s’écoulaient de manière fluide, vers la belle mer Tyrrhénienne, d’un bleu parfait et qui se  mettait à bouillir au contact du feu de la Terre.

-          Eeeh ! mais il y a quelqu’un ! s’exclama-t-il tout à coup.

-          Pardon ? réagit aussitôt Stefano, sans lâcher la barre, et il attrapa ses jumelles.

-          Stefano, bon sang !!

-          Tiens-moi la barre, au lieu de râler, Massimo ! Si quelqu’un est en danger, je ne peux pas ne pas réagir !

-          Mais je…

-          Prends cette barre, et garde le cap vers Messine ! Dépêche-toi !

Et Stefano porta ses jumelles à ses yeux. Ce qu’il vit le stupéfia : au milieu de l’énorme panache de fumée se trouvait une personne un peu corpulente, mais elle ne courait pas, non, elle descendait tranquillement le long des pentes du volcan, cernée par la lave et le magma. Stefano jura, ne sachant que faire.

-          Alors ? demanda Massimo.

-          Il y a une personne qui se prend pour Empédocle, sur le Stromboli. Mais nous ne pouvons pas affronter l’éruption, nous… Dieu ait son âme !

-          Oh mon Dieu !

-          Faites quelque chose ! fit le jeune homme qui filmait, en anglais. Elle va se tuer !

-          Je suis désolé, se reprit Stefano. C’est trop dangereux, et je ne veux pas tuer de touristes. On ne pourrait même pas accoster, de toute façon, l’eau est bouillante.

Les cinq touristes se regardèrent, une boule dans la gorge.

-          Passe-moi tes jumelles.

Stefano les donna à son acolyte, et Massimo se mit à scruter le volcan. Il fut tout aussi stupéfait du spectacle : à présent, la personne repérée glissait sur la lave, à son rythme, vers la mer, comme sur un toboggan.

-          Que se passe-t-il ? demanda le jeune Français.

-          C’est insensé ! lança Massimo en italien.

-          Mais expliquez-vous !

-          Tiens Stefano, vise-moi ça… fit Massimo en rendant les jumelles, et il expliqua la situation aux touristes.

Pendant ce temps, Stefano suivait le parcours du personnage qui dévalait vers la mer, ne semblant ressentir aucune gêne. Enfin, il atteignit l’eau, porta ses doigts à sa bouche et s’éloigna de l’île à la nage, alors que la mer bouillonnait autour de lui.

-          On porte secours ! décida alors le jeune Français. Je peux plonger en slip, si…

Massimo lui intima, du geste, de se rasseoir.

-          C’est très bizarre, dit Stefano.

-          By Jove ! fit le jeune Anglais. Reprenez vos jumelles, monsieur ! C’est une femme qui arrive sur le dos d’un dauphin !

Stefano obéit, de plus en plus dépassé et, à vrai dire, Massimo l’était autant que lui. La femme approchait, et n’avait pas l’air commode. Stefano lâcha ses jumelles, et se porta vers elle.

-          Vous êtes très imprudente, madame, fit l’Anglais, une nuance de cynisme dans la voix, quand le dauphin et le petit bateau se rencontrèrent.

-          Non pas, mon fils, déclara la femme. C’est vous, qui êtes imprudent ! Où allez-vous ?

-          A Messine, répondit Massimo. Stefano, je peux lui dire de monter ?

L’autre haussa les épaules.

-          Tu sais que ce bateau supporte une dizaine de personnes. Nous sommes sept.

-          Huit, corrigea la femme. Ce sera plus rapide. Il faut absolument que je voie les autorités !

Tous la regardèrent, surpris, et la détaillèrent. Elle avait la peau foncée, et cachait mal son opulente poitrine, sous sa tunique. Ses cheveux en pétard la faisaient paraître encore plus négligée qu’elle n’était. Mais ce qui les étonna le plus, c’était ses pieds, nus, des pieds parfaits, pas du tout ceux de quelqu’un qui venait de marcher sur le feu. Et elle tenait à la main un sachet en plastique et un préservatif usagé, ce qui fit pouffer de rire le couple français. La femme les regarda d’une drôle de façon, et ils se reprirent. Elle congédia le dauphin du regard, et le petit bateau fila sur les eaux bleues, alors que résonnait le fracas du volcan.

-          Et d’où venez-vous, madame ? demanda Massimo sur le ton de la conversation.

-          De la Terre. En fait, je suis la Terre. Votre mère à tous. Et regardez ce que je trouve dans mes entrailles !!

Et le sachet en plastique et le préservatif atterrirent sur le plancher du bateau. « Shocking », murmura la dame entre deux âges, alors que son fils haussait les épaules.

-          Vous trouvez ça normal, vous ?! explosa la femme. Sur une si belle terre que celle de l’Italie, ses mers ?!

Personne n’osa répondre. Pour reprendre contenance, le troisième Anglais voulut bourrer sa pipe, mais en fut empêché.

-          Vous allez mettre vos saloperies partout !

Et la femme lui arracha la pipe des mains. Les trois Anglais la regardèrent, furieux d’une telle outrecuidance. Le plus jeune en oublia son téléphone qui filmait toujours.

-          Votre anglais est excellent, osa-t-il.

-          Je parle toutes les langues.

-          Le français aussi ? tenta la jeune Française.

-          Bien sûr. Vous êtes tous mes enfants. Mais là, vous dépassez les bornes !

-          Nous n’avons rien fait, nous, fit remarquer son compagnon. Nous voulions seulement visiter les îles Eoliennes.

-          Rendez-moi ma pipe.

-          Vous n’êtes qu’un bébé, monsieur. Vous trouvez tous les subterfuges pour ne pas oublier vos tétées de quand vous étiez enfant !

L’Anglaise regarda son époux en pouffant.

-          Embrasse-moi, plutôt.

-          Ma chère, c’est très inconvenant…

Massimo, quant à lui, riait franchement de l’échange, de la situation.

-          Mais en fait, qui êtes-vous ? demanda le jeune Français.

-          Votre mère la Terre. On m’appelle Gaïa.

-          Vous vous fichez de nous.

-          Pas du tout. Regardez, jeune homme.

Gaïa fit une passe, et prit la forme de la mère du jeune homme. Il la regarda, épaté, et elle dit encore :

-          Je n’ai pas fini.

Nouvelle passe, et elle prit l’apparence de sa belle-mère.

-          Maman ! s’écria la jeune Française.

-          Je cherche le truc, fit l’Anglais, flegmatique.

-          Ces humains, grommela Gaïa, et elle s’assit. Me croyez-vous ?

-          Moi, je vous crois, dit Massimo. Vous êtes une vraie mamma.

Gaïa esquissa un sourire, ramassa les détritus qu’elle avait mis sur le bateau. Le silence s’installa, au grand dam de Massimo qui, en tant que guide, était censé expliquer ce qu’ils voyaient. Mais la situation dépassait son entendement. Ce fut quand même lui qui reprit la discussion.

-          Et si vous nous parliez de Charybde et Scylla, dans le détroit de Messine ? proposa-t-il à Gaïa.

-          Excellente idée, approuva-t-elle, et elle se mit à raconter l’histoire d’Ulysse dans ce détroit, jusqu’à ce qu’ils arrivent à destination.

Une fois à Messine, tous débarquèrent, à l’exception de Stefano, qui restait dans son bateau. Massimo aida Gaïa à descendre, puis alla faire connaître l’éruption du Stromboli, afin d’éviter les visites, avec elle. A la suite de quoi il mena Gaïa à la mairie, où il demanda à voir monsieur le maire, indiquant que la dame qui l’accompagnait voulait lui parler. En plus du sac plastique et du préservatif, Gaïa avait ramassé, au port, quelques mégots, des élastiques, une canette de soda vide.

-          Qui êtes-vous, madame, une femme de ménage ? Ou êtes-vous immigrée ?

-          Mon pays est partout, madame. Je suis la Terre, nom d’un chien !

-          Italienne, fit Massimo avec un sourire. Le pays des mamme !

-          Pardon, excusez-moi Massimo, fit la secrétaire. Monsieur le maire est justement dans son bureau, vous avez de la chance… Allez-y, je vous en prie.

Et Massimo et Gaïa passèrent la lourde porte du bureau du maire. Ce dernier se leva à leur arrivée. Il avait un type italien très prononcé, des lunettes fines sur le nez, et ne semblait pas très vieux, entre quarante-cinq  et cinquante ans.

-          Salut Cateno ! Figure-toi qu’il nous en est arrivé une bien bonne, au milieu des îles Eoliennes… Je te présente Gaïa, notre mère à tous.

-          Tu veux dire ta mère ? fit le maire en cachant mal un sourire ironique. Tu ne me l’avais encore jamais présentée…

-          Tu te méprends. Elle peut être aussi ta mère. Gaïa, montrez-lui…

Sourire aux lèvres, Gaïa prit l’apparence de la mère de Cateno, qui en resta bouche bée.

-          Je peux aussi prendre l’aspect de la mère de Massimo… Je suis toutes les femmes.

Le maire se rassit, s’éventa d’un papier qui traînait sur son bureau encombré.

-          Je vais te raconter ce qu’il s’est passé tout à l’heure sur le Stromboli...

Le récit de Massimo fit rire Gaïa, et Cateno ouvrait de grands yeux.

-          Mais pourquoi ?

-          Pour ça ! répondit Gaïa en brandissant ses détritus. C’est un scandale !

-          Vous ne croyez pas que le plus simple serait de mettre tout ça à la poubelle ? rétorqua Cateno, un peu dégoûté. Et ne les mettez pas sur mes papiers !

-          Mais je ne demande pas mieux que de mettre ces… ces machins à la poubelle ! Ce sont vos administrés, qui ne le font pas ! On me souille ma terre, on m’étouffe ! J’ai aussi vu le septième continent, sur le globe ! Vous trouvez ça normal, vous ?!

-          Euh… non, certes. Mais Trump…

-          Au diable cette andouille ! s’énerva Gaïa, tandis que Massimo étouffait un rire. Nettoyez-moi, nom d’une pipe ! Je  suffoque, vous dis-je ! ! J’en suis à devoir déclencher des éruptions, pour vous faire réagir !

-          Je fais ce que je peux, Gaïa, mais l’impéritie italienne est telle… et je ne suis que maire de Messine. C’est à Rome, à New York, qu’il faut aller !

-          Je veux réveiller les consciences ! Et tous les volcans s’il le faut ! D’autres phénomènes telluriques, et jusqu’à ce que vous compreniez !

-          Les politiques ont les mains liées. Et par pitié, reprenez votre forme d’origine, j’ai l’impression de me faire enguirlander comme quand j’étais petit ! Je n’y suis pour rien, Gaïa, en plus j’ai la Mafia sur le dos !

-          Je te comprends, mon vieux… mais un petit arrêté municipal ne ferait pas de mal, tu ne crois pas ?

-          Les touristes sont des cons, reprit Gaïa. Ils filment, fument, et oublient l’essentiel. La nature n’a pas besoin de ça !

-          Ce n’est pas une raison pour tout détruire, représenta Cateno, essayant de se reprendre. Mais Gaïa, je vous en supplie…

-          Ça va, ça va.

Et Gaïa reprit sa forme originelle. Le maire respira alors plus librement, et Massimo réprima de nouveau son rire. Cateno desserra encore sa cravate.

-          Et si vous alliez en Suède ? De là-bas, vous devez pouvoir intervenir…

-          Ah ? C’est une bonne idée.

-          Je viendrais bien avec toi, maman, osa Massimo avec un petit sourire.

-          Ce n’est pas parce que le Stromboli est en éruption, que tu dois fiche le camp, le tança Cateno. On en a vu d’autres.

-          Ça, ça dépend de l’énervement de Gaïa...

-          J’ai l’habitude de gérer les fortes personnalités, tenta Cateno.

-          Même celle de notre mère la Terre ?

Le maire soupira.

-          Que suis-je censé faire, Massimo ?

-          A ton niveau, un arrêté municipal pour rappeler l’existence des poubelles, par exemple.

-          Et quid du plastique ? intervint Gaïa.

-          C’est dans les tuyaux en haut lieu, reconnut Cateno. Il y a, ou il va y avoir des directives européennes pour cesser de produire du plastique.

-          Mais ce sont des directives mondiales, qu’il faut ! réagit aussitôt Gaïa.

-          Une chose après l’autre.

-          Je n’ai pas le temps ! Je vous dis que j’étouffe !

-          Vous êtes immortelle, non ?

-          Je suis peut-être immortelle, mais ça ne vous empêche pas de m’oublier ! Ces hommes, nom d’un chien !! Pendant ce temps-là, je me dérègle, entendez-vous ?!

Massimo et Cateno se regardèrent.

-          Il faudrait arrêter le massacre, conclut Massimo, et Cateno hocha la tête. Mais :

-          Va donc en parler à Trump…

-          Je ne suis entourée que de couillons !!

Gaïa se leva, mit ses détritus dans la poubelle de la pièce, et ouvrit la porte, qu’elle avait bien l’intention de claquer derrière elle. Un flash l’en empêcha.

-          Gaïa ! Maman !

Tout ébaubie, Gaïa se trouva face à une masse grouillante de journalistes, menée par le jeune Anglais qui avait filmé son arrivée.

-          Magnifique éruption !

-          Comment avez-vous pu sortir de là sans vous brûler ?

-          Nous voulons tout savoir ! Une interview, s’il vous plaît !

-          Mais quels couillons !!

Gaïa fendit la foule, sous le regard médusé de tous, y compris de Massimo et du maire, qui s’étaient levés.

-          Une déclaration, monsieur le maire ?

-          Je n’ai rien à dire, la cause est juste. Maintenant, débrouillez-vous !

-          Une action d’éclat ! hurla Gaïa en quittant la mairie.

Quelques heures plus tard, la Sicile tremblait, tandis que Gaïa, atterrée, parcourait le Groenland, pleurant au milieu de quelques phoques, alors qu’une partie de la banquise se disloquait peu à peu.

-          Mère, on va tous t’aider, lui dit un petit eskimo, emmitouflé dans ses vêtements.

-          Mène-moi chez ce Trump, mon petit.

-          Qui ça, mère ?

Gaïa eut un gros soupir. Elle se jeta dans la mer et se mit à nager vers le sud, à tout hasard.

De temps en temps, on peut l’apercevoir sur le dos des baleines, ou alors elle se rapproche des côtes. Seuls les  enfants reconnaissent alors la mère du monde, et la saluent sans arrière-pensée ni sensationnalisme.

-          Allons, se dit Gaïa, un jour qu’elle était de nouveau en Méditerranée, je vais aller voir si je ne peux pas retenter le coup par le Vésuve…

 

© Claire M., 2019

Posté par Claire Monelle à 17:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 juillet 2019

Lunettes roses...

Résultat de recherche d'images pour "photo susie morgenstern"

 

La semaine dernière, mon attention a été attirée, dans Télérama, par l'interview de Susie Morgenstern. Cette longue interview abordait des sujets qui me touchent : le goût de la lecture, son importance dans la vie, le bilinguisme... En réalité, à part peut-être un passage à "La grande librairie", je ne connaissais pas cette autrice, une Américaine avec des lunettes roses en forme de coeur... Sa critique du système d'éducation français me parle, pour avoir entendu moi-même, étant plus jeune, des "vous êtes  nuls". Je ne connais pas le système américain, mais d'après Susie Morgenstern, là-bas on ne critique pas, on encourage. On fait des erreurs ? Ce n'est pas grave, on a essayé. C'est un état d'esprit que je voudrais voir davantage cultiver en France.

Cela dit, en ce qui concerne la lecture, je suis ravie de constater qu'à présent, dans les écoles, il y a, au moins une ou deux fois par semaine, un "silence on lit!". C'est-à-dire un quart d'heure / vingt minutes de lecture, où les enfants peuvent lire les livres qu'ils veulent, en fonction de leur niveau bien sûr. Je dois avouer que je donne moi-même l'exemple, à cette occasion. J'ai bien vu, par ma propre expérience, que les parents qu'on voit lire donnent envie d'en faire autant. Cela marche aussi avec mes neveux, de 12 et 9 ans maintenant. Avant que je ne sache lire, et encore un peu après je crois, ma mère me lisait de vrais livres. Grâces lui en soient rendues !

Pour finir, deux  citations de cette interview de Susie Morgenstern, à méditer :

- "j'écris tous les jours, je suis une machine, je ne peux vivre autrement".

- " L'écriture est mon oxygène. (...) Chaque matin, j'ai hâte de m'y remettre."

Ne snobons pas la littérature pour la jeunesse...

 

Claire M.

Posté par Claire Monelle à 17:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]