l'imagination au pouvoir

16 septembre 2018

nouvelle série : aventures en pays d'écriture

Naissance de Sylvestre.

 

Comme d’habitude entre les cours, c’est la bousculade dans les escaliers de la « Miser’ ». Il y a du brouhaha, mais je suis arrivée depuis peu, aussi je ne connais pas grand-monde, et n’y prête guère attention. Quelqu’un appelle :

-          Sylvestre ! Sylvestre !

Puis une fille que je connais un peu me dépasse, et me lance :

-          Ah, Sylvestre !

-          Quoi ?

J’étais ahurie. De quoi parlait-elle ?

-          Ah oui, pardon, c’est vrai, on t’a surnommée Sylvestre, parce que tu nous fais penser à Gros minet…

Je ne me suis pas vexée, j’ai même trouvé cela plutôt amusant. Et le surnom m’est resté… j’ai souvent un air de chat mal réveillé, ou à qui Titi a encore échappé…

 

Quelques mois plus tard.

Dans mon nouveau lycée, j’ai très vite rencontré H. Nous avons été présentées l’une à l’autre par une amie commune qui était auparavant avec moi à la Miser’. Mais, comme pour toutes les grandes amitiés, les versions diffèrent : H., quant à elle, disait m’avoir couru après. Quoi qu’il en soit, nous nous sommes très vite entendues, malgré le physique hors-norme de H., une géante pour moi vu qu’elle me dépassait d’une tête (je n’atteins pas le mètre 60), et sculpturale, en plus.

Tout a commencé en parlant, bien sûr, mais aussi en… écrivant. Pendant les cours, nous nous écrivions sur des post-it. Et, tous les soirs, nous nous écrivions encore, de véritables lettres, et échangions le courrier le lendemain matin en arrivant à l’école.

 

-          Dis donc Claire, m’a un jour dit H., on a un problème avec le courrier. Y’en a comme Cédric qui se demandent ce que c’est que ce délire…

Bien sûr, j’ai cherché à comprendre. Enfin, le problème a été clair. ON savait que H. et moi nous écrivions, malgré notre discrétion (bien que cela ne fût pas vraiment notre synonyme, comme disait H. elle-même…) Or, cela nous dérangeait de le reconnaître ouvertement.

-          Donc je te propose, a conclu H., qu’on utilise des surnoms. Moi, c’est Caliméro. Et toi, tu en as un ?

-          Oui, c’est Sylvestre.

Et on a topé. Désormais, nous commencions nos lettres par « salut Caliméro » ou « salut Sylvestre », et nous signions de nos surnoms.

J’ai pu constater l’efficacité de ce stratagème un jour en italien. Quand on s’ennuyait en cours, nous appréciions de regarder les cahiers de textes des uns et des autres. Et c’est ainsi que David est tombé sur mon courrier. Tout à coup, je me suis rendue compte qu’il l’avait repéré, et j’ai eu un geste violent pour reprendre mon cahier de textes.

-          C’est qui, Sylvestre ?

-          C’est moi ! Donne-moi ça !

Et j’ai récupéré le tout. A la tête de David, qui a murmuré qu’il n’y comprenait rien, j’ai été complètement rassurée, et ai jubilé : le but de la manœuvre était atteint !

 

Claire M.

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15 septembre 2018

Vive la rentrée!

La rentrée,  et nouvelles têtes,  pas toutes blondes... avec son lot de bonnes résolutions , là aussi. Cette histoire classique de petit chou qui arrive au CP en pleurant,  et puis retrouve son AVS (Bibi, en l'occurrence ) et une copine de l'année précédente qui est toute contente de le revoir... alors, envolé,  le chagrin !

Donc, quelques nouveautés ... un peu partout en fait. Mais pas seulement à mon travail officiel. Lire, et écrire,  sont de véritables passions,  pour moi. Je pense dévoiler quelques petites choses sur ma personnalité,  mes manières de faire passées et actuelles. Tant il est vrai que le passé nous façonne. .. Mes ecritures, pour certaines , ont évolué. Puissent certains aspects vous faire rire, vous inspirer, vous donner envie de lire et, pourquoi pas, d'écrire aussi. Rien n'est impossible, même pour moi. Vous ferez donc quelques découvertes sur mon compte, notamment les aventures de la mystérieuse Sylvestre, ses goûts et dégouts, ses humeurs,  ses bizarreries.  Avant tout, il faut vous dire que Sylvestre vient d'une autre planète. .. celle des ecrivaillons qui voudraient se dire écrivains.

Au fait, la publication de romans fait-elle l'écrivain? Au bout du compte, je n'en suis pas sûre.  Et les nouvelles?  Les formes courtes en général?  C'est vraiment dommage qu'on ne les encourage pas davantage , en France.  La rentrée,  c'est aussi la rentrée littéraire ... y aura-t-il de bons livres ? Je compte sur "La grande librairie " pour éclairer ma lanterne , peut-être aussi le magazine Lire, que je lis quelquefois . 

Alors, que votre rentrée soit pétillante,  pleine de rires et de sourires, et de nouveautés enthousiasmantes! 

Et à bientôt sur "l'imagination au pouvoir " !

 

Claire M.

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12 septembre 2018

quelques "faits d'armes"

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port

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06 septembre 2018

texte de rentrée

Force de persuasion.

 

Ce soir-là, Eléonore rentra chez elle, de grosses larmes dans les yeux. En sortant de son travail, elle avait dû aller chez son médecin, pour un problème persistant. Quelques semaines auparavant, elle s’était cassé une jambe, et donc avait porté un plâtre et utilisé des béquilles. Mais la douleur, quinze jours après qu’on lui eût enlevé le plâtre, était toujours là. Eléonore estimait que son médecin prenait la chose un peu trop à la légère. Elle continuait d’utiliser une béquille et, ce jour-là, pour ne rien arranger, ça s’était mal passé à son travail. Eléonore savait qu’elle faisait ce qu’elle pouvait. Son père habitait à l’autre bout de la France, sa mère était morte l’année précédente, et elle était fille unique. A qui parler de ses problèmes ? Elle n’avait pas de petit ami, juste un chat. Elle arriva à son étage et, alors qu’elle glissait la clef dans la serrure, deux de ses voisines sortirent de leurs appartements respectifs. Eléonore voulut se dépêcher d’ouvrir, pour rentrer chez elle, mais trop tard : les deux femmes avaient vu ses larmes. L’une d’elles, une femme voilée, la voyant ainsi, voulut faire quelque chose, mais ne savait l’exprimer. Elle ne connaissait que très mal le français. L’autre voisine, en revanche, était une Russe forte en gueule, qui n’avait pas les yeux dans sa poche non plus. La femme voilée se tourna vers elle, désignant Eléonore, qui devinait leur jeu. La Russe attaqua :

-         Mademoiselle Courson ! Que vous arrive-t-il, pouvons-nous vous aider ? Ça ne va pas ?

La femme voilée s’approcha d’Eléonore, posa une main sur le bras qui tenait la béquille.

-         Laissez-moi !

Mais Eléonore vacilla. L’autre, la Russe, la remit d’aplomb. La femme voilée regarda cette dernière, l’air interrogateur. La Russe lui fit un signe, puis, s’adressant à Eléonore :

-         Dites-moi ! Qu’est-ce qui ne va pas ?

-         Je ne… C’est-à-dire…

A vrai dire, Eléonore ne s’attendait pas à une telle sollicitude.

-         Tu es… malade ? tenta la femme voilée, montrant la béquille.

-         Merci, ça va mieux, lui dit Eléonore en détachant les syllabes pour qu’elle comprenne.

La femme voilée lui sourit.

-         Mais tu… euh…

-         Vous pleurez ?

A ces mots, Eléonore eut un nouvel accès. Elle sentait les larmes, lourdes, chaudes, couler sur ses joues.

-         Pouvons-nous faire quelque chose pour vous ?

-         Non, rien. Ma mère me manque, et… eh bien… rien ne… Excusez-moi.

Eléonore renifla, se reprit, tourna sa clef.

-         Merci mesdames.

Ses voisines la serraient de près.

-         Si vous avez besoin, venez me voir, dit la Russe.

-         Pourquoi pleure-t-elle ? demanda la femme voilée, en cherchant ses mots.

La Russe semblait avoir compris, mais haussa les épaules. Les deux femmes voyaient bien qu’il ne fallait pas ennuyer davantage leur voisine. Eléonore leur souhaita une bonne soirée, et entra enfin chez elle.

Son chat vient aussitôt se frotter à ses jambes en miaulant. A travers ses larmes, Eléonore eut un petit sourire, le caressa.

-         Démo ! Oh, Démo ! Tu es si mignon !

Elle s’assit tant bien que mal pour le caresser encore, l’embrasser. Elle formait presque un couple, avec son chat. Démosthène, de son vrai nom, avait cinq ans, et ne connaissait qu’elle. Quand l’une ou l’autre des amies de sa maîtresse venait les voir, il jouait au timide. En réalité, il avait toujours été bon orateur, dès tout petit, ce qui lui avait valu son nom. Eléonore était passionnée par la Grèce antique, et n’avait donné que des noms grecs à ses différents chats. Démosthène voulut faire ses griffes sur le manteau en cuir de sa maîtresse, alors elle l’enleva, et se déchaussa. Après seulement, elle vérifia la gamelle du chat. Il avait tout ce qu’il fallait.

Eléonore passa à la salle de bains, se regarda dans le miroir : ses longs cheveux bruns, qu’elle n’avait pas attachés, étaient emmêlés, et son maquillage coulait, avec les larmes. Eléonore se trouva l’air d’un zombie. Habituellement, elle avait de jolis traits fins, avec de légères fossettes. Là, on n’en voyait rien.

-         Trente-cinq ans, et toujours au même point, murmura la jeune femme, et les larmes se remirent à couler.

Comprenant qu’elle avait besoin d’y laisser libre cours, elle alla s’installer dans le canapé, et pleura vraiment. Démosthène lui tournait autour en miaulant. Finalement, il sauta sur le ventre de sa maîtresse, et alla poser une patte sur son visage.

-         Miaou ?

-         Oh, Démo ! Viens, viens !

Eléonore tendit les bras, prit son petit siamois, qui vint s’installer dans son giron. Il tendit encore une patte vers le visage de la jeune femme, pencha la tête, ce qui eut pour effet de le rendre encore plus craquant. Eléonore l’embrassa, tout doucement, entre les deux oreilles. Démosthène avait le poil très doux. Elle ferma les yeux, mais cela ne retint pas ses larmes. Elle sentit alors une petite langue râpeuse sur sa joue. Le chat léchait les larmes de sa maîtresse, ronronnant. Une petite voix s’éleva :

-         Petite maîtresse ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

Les mains d’Eléonore caressaient le chat, sans discontinuer, comme les larmes. On aurait dit que, de ses yeux, un océan allait se former.

-         Là… Je suis là…

-         Qui ?

-         N’ouvre pas les yeux. Je pourrais te faire mal.

La langue râpeuse cueillait les larmes, une par une. L’océan ne serait pas sur le parquet, Démosthène allait y veiller. Eléonore se laissait faire. Elle entendait cette petite voix, douce, apaisante.

-         Maintenant dis-moi : qu’as-tu ?

-         Mes collègues m’ont fait sentir nulle.

-         Ce n’est pas la première fois. Ne serais-tu pas mieux à peindre, dessiner ?

Eléonore esquissa un sourire. Qu’était cette voix qui lui rappelait ses passions ? Elle faillit ouvrir les yeux, mais un coin de langue râpeuse attrapa la larme qui commençait à couler.

-         Démosthène…

-         Oui, c’est moi. Je t’aime.

-         Ma jambe me fait mal…

-         Que dit le docteur Sartouf ?

-         Bah ! Pour lui, c’est normal, ce n’est pas grave.

Démosthène léchait le cou de sa maîtresse, à présent.

-         Tu es la plus gentille maîtresse du monde. Je n’aime pas te voir comme ça.

-         Mon Démosthène….

-         Mon Eléonore… La plus jolie des petites maîtresses… Prends-moi.

Il fit encore un ronron dans le giron de la jeune femme. Quand il cessa :

-         Ça va mieux ?

Et il vint quémander une caresse. Eléonore ouvrit les yeux. Démosthène s’était endormi sur son ventre.

-         Merci, Démosthène.

Les moustaches du chat frémirent. Elle garda une main sur lui. Elle ne pleurait plus.

-         Tu es le plus gentil des petits chats.

Mais la jambe d’Eléonore se rappela à son souvenir. Elle bougea, ce qui réveilla Démosthène. Elle eut l’impression qu’il parlait encore :

-         Alors, ça va mieux ?

-         Je t’aime très fort, Démosthène. Mais excuse-moi, il faut que je bouge.

Démosthène fit un clin d’œil, se leva et s’installa sur un coussin, l’air toujours aussi mystérieux qui est propre aux félins.

 

© Claire M. 2016

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29 août 2018

pour prolonger les vacances...

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liv_rit_

M_diterran_e

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25 août 2018

Visions idylliques

Plus qu'une semaine avant la rentrée. .. J'ai cédé à la fameuse devise "pas un jour sans une ligne", d'autant plus aisément qu'après la vague de chaleur de juillet,  la belle Shaloma a retrouvé le chemin de mes genoux. Souvent,  je suis donc à  ma petite table, stylo à la main, assise telle un scribe avec un chat sur la cuisse gauche (puisque je suis droitière ). Et la télécommande de ma chaîne hi-fi,  élément très important pour moi. La musique, rock sous toutes ses formes, disons même carrément metal, m'aide à meubler ma vie' même si Shaloma est une petite bavarde. En fait, dans son livre Écriture, mémoire d'un métier ,  Stephen King indique travailler en musique. Bien choisie, elle peut être un vecteur de fiction intéressant.

Au chapitre "coïncidences", lire La chanson de Roland en écoutant Manowar, ou le cycle de Dune avec Iron maiden s'est avéré particulièrement adapté.  Iron maiden a fait une chanson sur Dune sur l'album Pièce of Mind (To tame a land). C'est ainsi que j'ai découvert cette pièce majeure de la SF, grâce à ce groupe. Horreur pour ma mère,  quand j'ai compensé mon échec en Lettres classiques en m'achetant la fin du cycle... Elle ne connaît rien à la SF, alors que Frank Herbert est un auteur reconnu, notamment pour ce cycle... Il a encore écrit d'autres choses, mais que je n'ai pas (encore ) lues. On peut aimer Homère ou Virgile, et la SF ! J'avais une prof de grec, au lycée, qui nous disait être du dernier chic lire des romans grecs et latins à  la plage ou au bord d'une piscine... Pourquoi pas ? Elle était marrante. 

D'ailleurs, en parlant de pré rentrée et de profs, je viens de faire une descente de cahiers à la boutique Hema de Lille, celle qui se trouve dans le centre-ville  (Je n'aime pas les centres commerciaux ). LE bon plan ! Pour les gratte-papiers, c'est idéal!  Plus de complexes à remplir cahier sur cahier, puisque c'est à petit prix. Et à  "tuer" des stylos... Je vous en parlerai, un jour...

Claire M.

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19 août 2018

petit bestiaire

douces_pens_es

toutou

libert_

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17 août 2018

plouf !

La demoiselle de la mer.

 

-          Le bateau prend l’eau !

-          Le bateau, quel bateau ?

-          Cette embarcation dans laquelle nous sommes, chien !

-          Allah akbar ! Allah akbar !

-          On va tous mourir !

-          Que ceux qui savent nager sautent dans l’eau !

-          On va couler !

-          Bon sang, il n’y a donc personne qui sache nager ?

-          Maman, j’ai peur !

-          Allah akbar !

-          Il n’y a pas une terre, pas loin ?

-          Je ne vois rien, je…

Plouf !

-          Allah ait son âme !

-          A l’aide!

-          Levez-vous tous !

-          Ne…

Plouf !

-          Ahmed ! Prends ma main !

La confusion était à son comble. Le bateau, ou plutôt les lambeaux du pneumatique surchargé, était presqu’entièrement submergé par les eaux de la Méditerranée. Certaines mères fermaient les yeux, serrant leurs enfants dans leurs bras, leur bien le plus précieux. Aïcha était partie vers l’Europe avec son dernier frère, le seul qui lui restait après avoir fui la Libye. Elle était entièrement voilée, et ne savait pas plus nager que les autres. Pourtant, tous deux avaient entamé cette traversée, de Tripoli à la Sicile. Ils ne pensaient qu’à fuir. Mais toute la famille devait passer. En se noyant, Aïcha s’empêtrait dans son voile. Elle était jeune, à peine vingt ans. Elle avait encore la force de se débattre, et parvint à se débarrasser de son niqab, mais en avalant de grandes quantités d’eau.

Aïcha fut toute surprise de se réveiller au fond de la mer, ouvrant les yeux, respirant comme un poisson. Elle regarda ses propres bulles, sonnée. Puis elle observa autour d’elle. Les poissons ne lui accordaient aucune attention. Le sol était jonché de cadavres. Aïcha voulut se mettre debout, mais en fut incapable.

-          Mes jambes !

Elle se déplia et, à son grand effarement, se découvrit une queue de poisson, vert-dorée, jusqu’au nombril. Elle se débarrassa de son maillot de corps en tremblant. Aïcha découvrit ainsi sa gorge, pas très forte, mais agréable à regarder, et ses longs cheveux noirs, dans le mouvement, se mirent à flotter autour d’elle. Un chant s’éleva des entrailles de la nouvelle sirène. Un chant quelque peu hésitant, mais sa voix attira des poissons. Aïcha s’éleva, battit l’eau de ses bras, sans cesser de chanter, et sa queue tint son office de façon  très naturelle. Le chant était de plus en plus assuré, fort. Aïcha se trouvait sous une pluie de cadavres, des hommes, des femmes qui n’avaient pas lâché leurs enfants. Allah akbar.

La jeune sirène émergea, et prit une goulée d’air frais. Elle avait perdu son dernier frère. Elle s’aperçut très vite qu’il n’y avait aucun survivant. Leur embarcation, qui ne méritait pas, en effet, le nom de bateau, lestée de  ses migrants, s’enfonçait de plus en plus profondément dans la Méditerranée. Aïcha secoua la tête. Elle était seule, elle était sirène. Elle fondit en larmes. Puis son chant s’éleva de nouveau. Elle sentit que tel était son destin : chanter sa terre perdue, sa terre promise, la Sicile qui lui semblait si loin.

-          Et si…

Les yeux noirs d’Aïcha se mirent à briller. C’était la folie des hommes, qui l’avait obligée à fuir. Eh bien, les hommes paieraient. Elle avait été contrainte de porter le niqab du seul fait d’être une femme, et à présent, elle ne se gênerait pas pour montrer ses appâts. Aïcha plongea, se reprit, s’amusa de sa nouvelle condition de femme libre. Puis, confiante, elle prit la direction de la Sicile, vers le nord.

Alors qu’elle atteignait Lampedusa, elle vit une embarcation semblable à la sienne, qui arrivait vers la côte de cette île. Le cœur battant, elle s’approcha. Le pneumatique tanguait dangereusement. Des femmes et des enfants vomissaient par-dessus bord, tandis que les hommes criaient « Terre, terre ! » Au loin, on apercevait de vrais bateaux, ceux des garde-côtes italiens. Aïcha voyait les hommes ne prêter attention à aucun des leurs, chacun priant pour sa propre survie, pour débarquer à Lampedusa – le territoire européen qui s’ouvrirait alors  à eux. Elle plongea, et apparut auprès d’un homme qui faisait de grands gestes à l’attention des garde-côtes, à quelques centaines de mètres de là.

-          Alors… beau marin ? Entends donc ma chanson !

L’homme ferma les yeux.

-          Une femme ! Une femme qui sait nager ! Haram, haram !

Aïcha l’attrapa, et commença son chant. Sous l’œil effaré des garde-côtes, qui se rapprochaient, tous les hommes qui se trouvaient là plongèrent, pour se noyer si près, si près de la Terre promise. Aïcha ne cessait de chanter. Quand tous les hommes de l’embarcation eurent disparu au fond des eaux, elle se tut. Aïcha s’assit alors à demi sur le bord du rafiot, et parla aux femmes, les rassura. Puis elle replongea, et saisit le pneumatique de ses mains, pour le remorquer jusqu’aux bateaux des garde-côtes. Eux étaient chrétiens, et Aïcha savait qu’ils ne voilaient pas leurs femmes, que l’Europe serait un coin de paix de la Méditerranée. Elle aida les femmes et les enfants à débarquer sur les bateaux italiens, discrètement. Quand ce fut terminé, elle plongea de nouveau, et retraversa la mer jusqu’à Tripoli.

Il n’était plus question, pour Aïcha, de retourner vers la terre ferme, mais elle voulait revoir le port de Tripoli. Elle l’écuma pendant trois jours et trois nuits. Il n’y avait là que des hommes. Elle chanta encore et encore. Elle se fâcha, aussi, et s’aperçut ainsi qu’elle commandait à l’élément liquide. Puis, portée par les vagues, Aïcha se rendit enfin en Sicile. Elle fit tout le tour de l’île, en passant, à l’aller, par Lampedusa. Sur la côte, elle se posait, et observait la vie sur la terre ferme.

Un jour, une petite fille l’aperçut, et alla vers elle. Aïcha ne s’offusqua pas. Le bout de sa queue reposait dans l’eau, qu’elle battait paresseusement.

-          Que vous êtes belle, madame !

-          Non, pas madame, corrigea Aïcha. Je suis la demoiselle de ces mers. Que veux-tu, mon enfant ?

-          Ma maman vous ressemblait… sauf pour la queue.

Et la petite fille baissa les yeux. Aïcha la regarda mieux. La peau de la petite était couleur caramel, comme la sienne.

-          Comment t’appelles-tu ?

-          Samira, demoiselle de la mer.

-          Tu n’es pas italienne.

-          Non, je suis tunisienne.

-          Comment, les Tunisiens viennent ici ?

-          Il y a des messieurs très méchants, là-bas, qui tirent sur les… les Européens. Surtout les femmes.

Le cœur d’Aïcha fit un bond, mais elle se contint.

-          Je te remercie pour l’information, dit-elle. Je crois que je vais avoir du travail.

-          Que voulez-vous faire, demoiselle de la mer ?

-          Je ne le sais pas encore très bien. Mais je peux supposer que je vivrai très, très longtemps, et que je pourrai sauver les habitants de la mer qui m’a vue naître.

-          Je ne savais pas que les femmes-poissons existaient vraiment.

-          Tu n’as plus ta maman ?

-          Elle a juste eu le temps de me confier à un garde-côte, il y a deux ans, avant de se noyer. C’est mon papa qui s’occupe de moi. Un Italien. Ma maman voulait s’installer en Europe.

Aïcha s’aperçut alors qu’elle n’avait plus la notion du temps. Deux ans ? Qu’étaient deux ans ? Depuis combien de temps était-elle devenue sirène ? Elle eut un gros soupir. Et si l’éternité passait vite ? Il fallait agir aussitôt. Le destin d’Aïcha n’était seulement de chanter. Elle débarrasserait sa si belle mer de ses cadavres, en récupèrerait les trésors. La Sicile était si belle, mais la Méditerranée si grande ! Aïcha se décida.

-          Approche-toi de moi, Samira.

La petite s’avança sans peur. Aïcha se souleva, et la prit par les épaules pour l’embrasser.

-          Bonne chance, petite. Moi, j’ai du travail. Un travail que tu n’imagines pas. Vas, et sois heureuse avec un Italien. Ecoute bien  mon chant, souviens-toi de ma voix. Elle te soutiendra dans ta vie. Maintenant, au revoir !

Aïcha fit un signe de la main, et plongea. Elle émergea, et chanta pour Samira, le doux chant de la mer, de toutes les mères pour les enfants, des enfants qu’Aïcha, morte trop tôt, n’avait pas eu le temps d’avoir. Enfin, elle disparut dans les eaux, espérant très fort que l’avenir des femmes, et des hommes, serait meilleure grâce à elle.

 

© Claire M. 2016

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12 août 2018

à propos de farniente...

Le dragon gardien du trésor enfui.

 

-          Faf, je te confie notre trésor. Tu es un bon dragon, tu le garderas bien, dit le lutin.

-          Quelqu’un y aura-t-il droit un jour ? demanda Faf.

-          A toi de voir. En tout cas, il ne sera pas pour n’importe qui. Ne le donne jamais comme ça, sur un coup de tête. Disons qu’il ne faut le céder qu’au prix de ta vie.

-          Mais je ne veux pas mourir !

-          C’est bien ce que je me disais : tu garderas très bien notre trésor. Et souviens-toi : les dragons de ta race sont puissants. Si ça se trouve, il se passera des millénaires avant qu’un homme ne trouve ce trésor. Bon, allonge-toi et dors. Tu as eu une vie fatigante, mon vieux Faf.

-          Ça c’est gentil.

-          Je viendrai te voir de temps en temps.

-          Oh, je vais m’octroyer une sieste d’un siècle.

-          Je t’en prie. Tu as une grotte confortable… Tiens, le trésor est là, allonge-toi dessus.

Après avoir enfoui le coffre, le lutin tassa la terre sur le sol avec sa pelle, et Faf s’étira dessus, ramena sa queue le long de son corps pour s’installer confortablement. Le lutin le regarda d’un air paternel. C’était un dragon qui commençait à avoir de l’âge, et tous deux s’aimaient bien, ils avaient eu de fameuses aventures ensemble ! Le lutin eut une tape amicale sur ce grand corps écailleux, et prit congé. Puis Faf ferma les yeux, et s’endormit sans autre forme de procès. Sa retraite serait tranquillement employée.

 

-          Qu’est-ce que c’est que ça ? s’exclama la maman taupe.

-          Umpf ! C’est lourd, maman ! C’est coincé sur ma queue !

-          Oh nom de Top ! Taïaut, va chercher ton père, vite !

-          Je peux le faire moi, maman !

-          Ton frère dit que c’est lourd, tu es trop jeune ! Ne discute pas et va chercher ton père !

Taïaut fila. L’attente fut longue, pour la maman et pour la petite taupe coincée. Enfin, Taïaut revint avec son père, tout courant.

-          Oh nom de Top ! s’exclama-t-il en voyant le coffre.

-          Vite papa ! Délivre-moi de ce truc !

-          Taïaut, aide-moi, on va pousser.

Le père et le fils s’attaquèrent au coffre. Ils avaient du mal, tant il était lourd, alors la maman taupe vint à leur rescousse. Enfin, le coffre bougea.

-          Taïaut ! Plus haut !

-          Je suis trop petit, papa !

-          Chérie !

En s’y mettant tous ensemble, ils purent enfin délivrer le petit dernier, qui respira.

-          Bon, et maintenant j’appelle les copains, je ne veux pas avoir ce truc dans ma taupinière ! déclara le papa taupe.

-          Bonne idée, approuva sa compagne. Moi, je vais soigner Roule.

-          Oh oui maman. J’ai ma-al !

-          Ça va passer. Viens.

 

Faf sursauta. Ça bougeait entre ses pattes. Il se redressa, l’oreille aux aguets.

-          Déjà un chasseur de trésor ?

Faf connaissait mal les hommes. Il ouvrit grand les yeux, regarda tout autour de lui. Pour autant qu’il sache, les hommes se déplaçaient les pattes SUR le sol, non dessous. Il renifla l’air, mais son odorat lui apprit qu’aucun homme ne s’aventurait par ici. Alors quoi ? Puis il entendit un cliquetis de pièces d’or en dessous de ses pattes. Pris d’un brusque pressentiment, il se mit à creuser à l’endroit du trésor. Il vit des pièces éparpillées.

-          Nom d’une pipe ! Le trésor !

Il avança une patte. Le coffre se dérobait, de plus en plus vite, et les pièces tombaient en s’entrechoquant.

 

-          Là ! Mettez-le là !

-          Ouf, c’est lourd ! fit une taupe.

-          Cale-le bien, au lieu de te plaindre !

-          Attends, je vais t’aider.

Une flamme atteignit alors les taupes.

-          Qu’est-ce que vous fichez là ? gronda Faf.

-          Alerte ! cria Taïaut. Au feu !

-          Je ne veux pas vous griller, mais ce trésor est à moi, et à moi seul !

-          Je m’excuse, monsieur le dragon, fit le papa taupe, mais votre trésor a bien failli écraser mon plus jeune fils !

-          Ce n’est pas de ma faute, c’est un ami lutin qui l’a enterré là. Moi, je ne fais que le garder.

-          Bon, d’accord, mais pas au détriment de ma taupinière !

Faf fit signe qu’il comprenait, mais :

-          Le trésor ne doit pas sortir de cette grotte, et vous avez dispersé les pièces.

-          Nous allons tout ranger, alors, fit le papa taupe. Mais vous allez nous aider.

-          Non, mon devoir est de le garder, pas de courir après. Vous l’avez dispersé, vous allez réparer. Sinon, je vous grille !

Et le dragon ouvrit une gueule menaçante. Les taupes firent force courbettes, et obéirent. Le trésor fut donc reconstitué, mais après il fallait encore le ranger. Faf était embêté.

-          Il faut l’enterrer, dit-il. Ce serait trop facile, si un homme me tue.

-          Mais vous êtes invincible, monsieur le dragon.

-          Je suis mortel comme tous les êtres de la création. Et puis si mon ami lutin l’a enterré, c’est qu’il avait une bonne raison de le faire. Vous avez déplacé le trésor, c’est à vous de trouver une solution.

Les taupes se regardèrent, eurent un conciliabule, puis le papa taupe se tourna vers Faf.

-          Avec nos pattes, nous pouvons l’enfouir encore plus profondément. En nous y mettant tous, croyez-moi, votre trésor sera bien enterré.

Faf eut un soupir de soulagement.

-          Merci, dit-il.

Et ainsi fut fait. Le trésor fut si bien caché, qu’à l’heure où j’écris ces lignes, aucun homme ne l’a jamais trouvé, et Faf dort toujours dessus !

© Claire M. 2009

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07 août 2018

Bonnes habitudes..

Comme vous l'avez peut-être remarqué, je continue à publier durant ces longues vacances d'été... D'habitude, je file au soleil, dans le Sud Ouest. Mais  le soleil est venu à moi, et pour une fois (c'est rarissime), je reste dans le Nord. Le soleil est toujours là.

Dans le fond, ainsi j'ai tout sous la main, pour lire et écrire. Des lectures d'été : roman populaire avec Eugène Sue, Les mystères de Paris et, histoire de prendre le frais, la vie de Jorn Riel, un auteur danois qui est resté seize ans au Groenland. Après ses "racontars arctiques" (que je vous recommande), sa vie écrite de la même façon. ça fait dédramatiser, et je ris beaucoup, là aussi.

Vacances d'autant plus détendues, que j'ai tout le temps pour écrire. Une vie de chat, par exemple. D'autres choses plus personnelles. A vrai dire, je devrais inverser le rapport : plus de contes et de nouvelles, et moins de choses personnelles. Mais le "journal d'auteur" (excusez du peu !!) n'est pas négociable. J'y note mes réflexions, l'avancement de mes textes, quelquefois des idées... Il paraît que c'est une bonne pratique. J'y parle aussi de... ce blog ! Tout étant dans tout ("et inversement", ajoutait mon père)...

Récemment, en faisant une recherche impromptue sur ce thème, j'ai compris qu'avoir des "vies imaginaires" n'était plas une tare. Même si, contrairement à beaucoup d'autres, je les écris. La chaleur me fait me terrer chez moi... avec une petite chatte dans une boîte à chaussures, à écire et lire, donc. Une prochaine fois, je prendrai mon plus beau sourire pour boire un coup à une terrasse de café...

Si cela vous tente, je vous conseille la lecture d'auteurs givrés : vous trouverez les "racontars arctiques" de Jorn (avec le o barré) Riel, en poche chez 10/18. Sachez qu'il y a quantité d'auteurs scandinaves, de fabuleux conteurs depuis les sagas islandaises... qui n'écrivent pas que des polars. Songez, par exemple, à Selma Lagerlof, un auteur suédois classique, qui n'a pas écrit que Le fabuleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. Et n'hésitez pas à lire des romans populaires, d'Eugène Sue à Gaston Leroux !

Bonnes lectures estivales,

Claire M.

 

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