l'imagination au pouvoir

22 janvier 2021

Ancienne légende

Les rescapés de l’Atlantide.

 

« Ecoutez-moi, ô Mortels… J’ai tant de choses à vous conter, tant de choses en mon sein… J’ai englouti bien des hommes, même des hommes-dieux, mais l’histoire à laquelle je pense, vous ne la connaissez qu’à moitié… Je suis la reine des flots, moi, Téthys, mais le croirez-vous ? Je peux aussi parler d’êtres qui, à présent, n’aiment pas l’eau. Voulez-vous savoir pourquoi ? Oui ? Alors laissez-moi vous raconter cette légende… »

 

Atlas régnait depuis bien longtemps, sur sa mythique Atlantide, et jusque là, tout s’était bien passé. En tant que fils de Poséidon, il était considéré comme un demi-dieu, et n’en était pas peu fier. Il était bien entouré, mais écoutait, souvent amusé de leurs différences, ses chats, qui étaient venus d’Egypte pour le seconder. A cette époque, ceux-ci étaient doués de parole, mais n’abusaient pas de ce pouvoir. De même, les chats se sentaient connectés à tous les dieux de tous les panthéons, aussi les tenait-on pour fort sages, étant de ce fait leurs intermédiaires. Atlas avait ainsi commencé par régner sous les meilleurs auspices, avait fait construire, aménager l’Atlantide de la plus belle façon qui soit. Mais, les années, les décennies passant, il prenait de plus en plus de libertés dans son exercice du pouvoir. Cela fit tiquer autour de lui : il commença à s’emporter auprès de ses conseillers les plus directs qui le lui faisaient remarquer.

-          Ne soyez pas ainsi, Altesse. Après tout, vous êtes là depuis si longtemps…

-          Que voulez-vous dire ?! fit Atlas, piqué au vif par cette remarque, et il se redressa de toute sa hauteur.

Les Atlantes étaient très grands, certes, mais Atlas était de loin le plus grand, frôlant les deux mètres cinquante. Quand il se redressait, ses longs cheveux couleur de l’écume ondulaient sur son corps parfait, ce qui le rendait encore plus impressionnant. Alors les conseillers se regardèrent en avalant leur salive.

-          Vous… vous n’êtes qu’un demi-dieu, dit le Premier conseiller.

-          Si vous êtes venus pour m’insulter, passez directement de l’autre côté de la porte de mon palais, messire !

-          Tout le monde est… tenta un autre conseiller, mais Atlas l’envoya paître lui aussi, et s’assit sur son trône d’or clinquant pour bouder plus à l’aise.

Les conseillers, voyant que leurs insinuations le mettaient de mauvaise humeur à chaque fois, finirent par ne plus rien dire, mais ils étaient inquiets.

-          Zeus, ou même Poséidon, pourrait le prendre mal, alla dire le Premier conseiller au chef des chats. T’ont-ils parlé, dernièrement ?

-          Je ne sais plus… avoua Guptos, un beau chat couleur des sables du pays où il était apparu. Mais je peux leur demander, lors d’une prochaine sieste.

-          Tu m’en parlerais ?

-          Oui, si tu le souhaites. Et si je me souviens de mon rêve, surtout.

-          A moins de faire peur à notre souverain…

-          Allons Aglaïos, rien ne lui fait peur, tu le sais. Zeus est son oncle, il n’en a rien à faire !

-          Et toi, pourrais-tu intervenir ?

-          Je ne suis pas sûr qu’il m’écouterait, mais je veux bien essayer. Cela dit, il faut que j’en parle à mes collègues. Ceux qui ne sont pas obligés de faire la sieste…

-          Vous n’êtes même pas obligés de chasser !

-          Oui, merci pour le poisson !

Aglaïos eut un petit rire.

-          De rien…

-          Veux-tu que j’y aille maintenant ? De toute façon, je n’ai plus sommeil.

-          Ce serait bien, oui.

Mais Guptos n’alla pas tout de suite voir Atlas : il commença par dire à ses congénères de dormir le plus possible, afin d’être plus aisément en contact avec les dieux. Aussi, deux jours et deux nuits passèrent. Enfin, Guptos, à peine plus renseigné (il avait surtout rêvé de son pays des sables…), se décida à voir Atlas. Par précaution, il se fit accompagner par une belle chatte, et par son meilleur ami chat, Baïa et Amon, roux comme lui.

-          Oh ! Mes petits amis ! s’exclama Atlas en les voyant arriver, et il alla caresser Baïa et Amon.

-          Et moi ? fit Guptos.

-          Toi, je pressens que tu as des choses à me dire…

-          En effet, seigneur Atlas. Depuis combien de temps es-tu sur ce trône ?

-          Un certain temps… éluda le roi. Pourquoi ?

-          Quelque chose me dit que les dieux pourraient ne pas voir cela d’un bon œil, essaya de dire Guptos le plus diplomatiquement possible, tandis que Baïa se frottait au maître de céans.

Atlas soupira.

-          Les dieux... de toute façon, si je ne le suis pas déjà, je le deviendrai. Je suis le fils de Poséidon, tout de même !

-          Fais attention, avec tes prérogatives, insinua Amon, occupé au même jeu que Baïa.

-          Mouais ! Vous me rappelez mes conseillers !

-          Oh, nous te disons cela en tout bien tout honneur, reprit Guptos. Ce serait dommage, on est bien, en Atlantide…

-          D’accord. Maintenant viens là, que je te caresse, Guptos… Ce n’est pas Zeus qui t’envoie, des fois ?

-          Pourquoi, qu’as-tu contre Zeus ? minauda Baïa.

-          Ce vieux fou ne me fait pas peur. C’est mon oncle.

-          Tout le monde n’a pas ton sens de la famille, rappela Amon. Regarde les Atrides…

-          Oh, qu’ils aillent au diable, tous ! Je suis heureux avec ma reine, mes enfants et les chats, là !

Le ton était tel, que Guptos préféra ne pas insister, mais il commençait à se dire qu’effectivement, Zeus, voire Poséidon, pourrait en prendre ombrage… Après un bon câlin, les trois chats retournèrent sur leurs couches respectives, quelque peu inquiets. Et cela fut confirmé : au réveil, Baïa alla voir Guptos sans tarder.

-          Zeus est furieux de cette situation, et Poséidon n’est pas loin  de partager son avis… Atlas va trop loin.

Guptos se lissa les moustaches, de plus en plus ennuyé par la situation.

-          Et je dois faire quelque chose, comprit-il.

-          Je ne sais pas ce que Zeus a en tête exactement, mais si Atlas continue ainsi, ça va mal se finir. Que Poséidon intervienne ou non.

-          Tu te souviens ce qu’a dit Atlas, quand nous l’avons vu ? Que nous lui rappelions ses conseillers…

-          En plus, c’est moi qui ai fait ce rêve. Je me sens obligée de lui en référer directement. Et s’il comprend dès qu’il nous voit arriver…

-          Atlas était un très bon roi, jusqu’à ce qu’il devienne mégalo… fit Guptos, de plus en plus contrarié.

-          C’est bien pour ça que je t’en parle.

-          Et Zeus, ton rêve ? Ce n’était pas précis ?

-          Non, mais je sens une menace. Poséidon disait que, en surface ou au fond de l’Atlantique, les Atlantes demeureraient ses enfants.

-          Au fond de l’Atlantique ?!?!

Guptos ouvrit de grands yeux.

-          Zeus allait dans son sens, et c’est tout ce que je peux te dire.

-          Ça me suffit. Allons tout de suite voir Atlas ! On va chercher Thêt, il est persuasif, en général, il devrait pouvoir nous aider à faire passer la pilule…

Mais l’entrevue ne se passa pas comme les chats l’espéraient. Baïa fit preuve de tout son savoir-faire félinien, Thêt de diplomatie, et Guptos était très ennuyé en voyant le tour que prenaient les événements. Il n’avait rien de particulier contre Atlas, il se trouvait bien sur l’Atlantide, mais il pressentait, comprenait qu’une catastrophe pourrait être imminente si le roi ne se reprenait pas. Il essaya de le lui faire comprendre, mais Atlas fut pris d’une telle colère, que les trois chats durent partir en courant.

-          Allez donc ailleurs si ça ne vous plaît pas, espèces de poules mouillées !

En plus, l’injure ne leur plut pas du tout.

-           Méfie-toi de Zeus et de Poséidon ! lança Thêt d’une grosse voix, en quittant Atlas.

Mais ce dernier eut un rire comme fou, et les chats filèrent dans leurs appartements. Baïa en tremblait encore, se reprit en entamant une toilette. Guptos et Thêt se regardèrent.

-          On n’est pas loin de l’hubris, déclara Guptos au bout d’un moment. Et ça ne présage rien de bon. Si je dors, peut-être les dieux m’éclaireront-ils...

-          Dans ce cas, le temps de remettre de l’ordre dans mes poils, je vais en faire autant, fit Thêt. Et toi, Baïa ?

La chatte, surprise, en laissa une patte en l’air.

-          Hum, quoi ?

-          Il faudrait qu’on dorme.

-          Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, Thêt, je suis occupée... je dormirai après.

-          Ça ne fait rien, tu as bien travaillé, lui dit gentiment Guptos.

-          Merci…

Quelques heures passèrent, et tout à coup, Guptos se réveilla en sursaut.

-          Nom de nom ! J’ai rêvé que des poissons me chatouillaient le museau ! Qu’ils prenaient leur revanche sur nous !

-          Et alors ? grommela Thêt en s’étirant, ayant été réveillé brutalement.

-          Ça veut probablement dire que l’Atlantide va disparaître dans l’Atlantique, Thêt !

-          Oh, miaou à la fin ! Et on fait quoi ?

-          Déjà, as-tu rêvé de quelque chose d’intéressant ?

-          Euh…

Thêt dut se creuser la tête, répondit enfin :

-          Je ne m’en souviens pas.

-          Mrâou ! J’espère que Baïa aura rêvé…

-          Elle est en train de le faire, regarde ses moustaches… Taisons-nous, et attendons un peu.

Cinq minutes plus tard, Baïa se réveilla en criant :

-          Tous à l’eau !

Puis :

-          Par tous les dieux, mais que se passe-t-il ? fit-elle encore, s’apercevant qu’elle était réveillée.

Guptos et Thêt la regardaient, quelque peu anxieux.

-          Je crois que tu as rêvé, fit doucement Guptos. Raconte-nous.

-          Zeus et Poséidon se sont fâchés. Zeus surtout. Ils parlaient de l’eau, du ciel, de l’océan…

-          Et moi, alors, les poissons qui me chatouillaient…

-          Ça va mal se finir, déclara Baïa. Il faut qu’on revoie Atlas.

-          Il va être furieux, prédit Thêt.

-          Tant pis, on y va. Baïa a raison.

Mais la réaction d’Atlas fut encore pire que la fois précédente.

-          Je me fiche des dieux, de Zeus ! Je reste ici, entendez-vous ! tonna-t-il.

-          Zeus va l’entendre, glissa Aglaïos aux autres conseillers, l’entendant jurer depuis la pièce à côté.

-          C’est mal parti, cette histoire, fit un conseiller. Y a-t-il d’autres chats qui savent ?

-          Oui, Amon, répondit Aglaïos. Je vais le chercher.

Amon dit ce qu’il savait, mais cela ne suffisait pas. Aglaïos et les conseillers guettèrent la fin de l’entrevue entre Atlas et les autres chats, puis risquèrent un regard.

-          Que faites-vous là ? lança Atlas, très énervé.

-          Nous voulions voir Guptos, répondit Aglaïos, dans ses petits souliers.

-          Il ne raconte que des sornettes.

-          Je n’en suis pas sûr, votre Altesse. Manifestement, vous êtes dans l’hubris.

-          C’est très grec, fit Atlas, prenant un air pincé. Et le pire n’est jamais sûr.

-          Tu ne te rends pas compte, intervint Guptos d’une voix douce. Tu es en train d’insulter les dieux depuis tout à l’heure.

-          Dehors ! Tous ! Fichez-moi le camp ! fut la réaction d’Atlas, à ces mots.

-          Tu ne vas rien comprendre à ce qui t’arrive, prédit encore Thêt.

-          Eh bien soit ! On va tous mourir !

Aglaïos et les conseillers déglutirent.

-          Comment ? demanda l’un d’eux.

-          Par noyade, répondit Guptos. Il faut fuir avant que l’Atlantide ne soit engloutie. Avertissez la population ! Et vite !

Atlas eut un rire fou.

-          Je suis immortel !

-          Il a perdu la raison, conclurent ses conseillers, et Aglaïos prit lui-même les mesures qui s’imposaient.

Bientôt, le palais fut en ébullition. Et, sur les plages, les flots se mirent à moutonner. Le ciel commençait à s’obscurcir. Aglaïos exposa très vite la situation aux habitants de l’Atlantide. Aussitôt, tous filèrent dans les ports. Tous les chats du palais, de l’île, affluèrent aussi. L’océan grossissait à mesure que le ciel s’assombrissait et, tout à coup, le tonnerre de Zeus se mit à gronder.

-          Allons aux colonnes d’Héraclès ! fit la rumeur. Réquisitionnons tous les bateaux !

Clairement, c’était la débandade, toute l’Atlantide prenait peur. Les habitants détachaient toutes les embarcations de leurs amarres, sautaient à l’intérieur. Les chats contemplaient le spectacle, des jetées.

-          Venez ! leur crièrent les femmes.

-          Nous ? fit un chat.

-          L’heure est grave, leur dit Guptos, pas tranquille. Je n’ai pas envie de me faire taquiner par les poissons !

Et il bondit le premier dans une petite barque, évitant de peu une vague qui aurait pu l’engloutir. Tous les chats suivirent son exemple, Baïa sautant à sa suite. L’océan se faisait de plus en plus gros, Zeus tonnait encore et encore, et tout à coup, le déluge s’abattit. Les fuyards attrapaient les autres encore sur terre, hommes, femmes, enfants et chats. A présent, l’océan se déchaînait, et les hommes se mirent à ramer de toutes leurs forces.

-          Vers la terre !

-          Les colonnes d’Héraclès ! Il faut que nous passions les colonnes d’Héraclès !

Quelques embarcations chavirèrent, les hommes faisaient tout pour s’y raccrocher, certains avec des chats de plus en plus apeurés dans les bras. Tous criaient, les enfants pleuraient, les chats n’avaient jamais tant miaulé. Amon faillit y passer pour de bon, Guptos brailla pour qu’on le sauve.

-          Ma v… par tous les dieux ! Am… Miaou ! Miaou, miaou !

-          Que se passe-t… miaou !

Baïa, complètement apeurée, ne trouvait plus ses mots.

-          Guptos ! fut la dernière parole intelligible qu’elle put prononcer. Guptos !

-          Mi amour… lui dit-il, et cela devint un simple « miaou ».

Triste, apeuré, croyant comprendre que la fin était proche, il se rapprocha de Baïa.

-          Miaou…

Mais, en lui, sa voix s’exprimait, et lui disait :

-          Il y a trop d’eau… Il y a trop d’eau… Il faut aller sur la terre ferme !

Alors, comme il put, aidé par les autres chats, qui avaient encore plus peur que lui, en ronronnant aussi, ils firent comprendre aux Atlantes de viser la terre la plus proche, l’Atlantide ayant déjà disparu sous les flots, entrainant avec elle son roi devenu fou avec sa famille. Cette terre fut celle de Lusitanie, ce qui explique d’ailleurs la vocation de ses futurs habitants, Atlantes et autochtones, pour les voyages sur l’Océan.

-          Miaou ! Miaou miaou ! faisaient lamentablement les chats, une fois sur la terre ferme.

-          C’est la faute de toute cette eau… continuait leurs voix en eux, à jamais perdues, et ils en voulurent, non à Atlas, non à Zeus ni même à Poséidon, mais à toute cette eau dans laquelle ils avaient failli mourir.

 

« Et voilà pourquoi, ô Mortels, tous les chats ont si peur de l’eau, pourquoi nous avons l’impression que, quelquefois, ils semblent nous parler d’homme à homme. Mais, vous savez, les chats peuvent être les égaux des dieux, ce que sentent tous les poètes, tous ceux qui aiment ces petits êtres qui, l’air de rien, ont tout fait, et font encore, pour les hommes… »

 

© Claire M., 2020

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17 janvier 2021

Le mois dernier au XXI° siècle

Comme vous le savez désormais, je suis une acheteuse de livres compulsive... Aussi j'en accumule, encore et encore, mais comme j'ai un travail, même seulement 24 heures par semaine, et que j'aime aussi écrire, je suis loin d'avoir épuisé mes bibliothèques (et en plus je me paye le luxe de relire les Chroniques martiennes de Ray Bradbury...) ... Au pluriel, car se côtoient, dans mon appartement, trois bibliothèques : une partie de celle de mes parents, une partie de celle de mon grand-père paternel, plus classique, et, bien sûr, la mienne ( et nous en avons encore dans les Landes...). Je vous ai expliqué comment je la rangeais (cf "Où je fais de l'ordre", juin 2020). Les livres qui sont déjà lus se trouvent derrière ceux qui attendent d'être lus, dans les meubles  autorisant deux rangées de livres.

Eh bien, il m'es arrivé une chose étrange, le mois dernier. Je cherchais à lire du nouveau, sans avoir une idée précise, envie de lire, tout simplement. Et, en fouinant, un livre m'est littéralement tombé dans les mains : La nuit dernière au XV° siècle, de Didier Van Cauwelaert. Le thème m'avait sûrement attirée, quand je l'avais acheté, il y a de cela plusieurs années : une histoire d'amour à travers les siècles. C'était le seul livre de cet auteur que j'avais. Comme vous le savez sans doute, j'aime le fantastique. L'image sur la  couverture (présentation de France Loisirs), la quatrième de couverture ont achevé de me convaincre. Ce livre semblait répondre à des questions que je me posais. Avez-vous jamais vécu semblable expérience ? Je ne suis pas très histoires d'amour,mais  entre le XV° et le XXI° siècle, c'était original, et en plus, Van Cauwelaert m'a fait rire. Sacrée découverte ! Je l'ai lu en une semaine (on dit de moi que je ne lis pas les livres, mais que je les dévore...). Peu après, je suis allée me procurer deux autres livres de cet auteur. Son dernier livre parle déjà du covid ! Il date donc de 2020, et s'intitule L'inconnue du 17 mars ( paru aux éditions Albin Michel).

Mais vraiment, ça a été le bon livre au bon moment que celui qui est tombé dans mes mains. Je ne connais pas l'amour partagé, mais les fantasmes, oui. Mon imagination, mais aussi celle des autres, supplée à ce manque (et voilà pourquoi j'aime tellement mon chat...). ça a été une découverte quasi-mystique.

Et voilà les blles choses qui peuvent arriver avec la littérature... Renseignements pris, cet auteur n'est pas le premier venu, ayant raflé plusieurs prix dont le Goncourt (pour Un aller simple). Bref, cette découverte me donne des envies !

Je vous souhaite, à vous aussi, ce genre de belle aventure littéraire,

 

Claire M.

 

 

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13 janvier 2021

mythes personnels

Arachn_

Arachné

 

arbre_livre

arbre livre

 

univers

quand l'Univers se met à table

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08 janvier 2021

Un de mes premiers contes

Le portrait.

 

            Il était une fois une jeune et belle princesse, qui vivait dans un château avec le roi son père. Elle avait perdu sa mère étant encore jeune, aussi le roi et sa fille étaient-ils très proches l’un de l’autre. Mais, le roi étant fort occupé aux affaires de son royaume, la princesse passait le plus clair de son temps avec ses servantes, qui lui étaient très dévouées.

 

            L’année de ses dix-huit ans, le royaume voisin déclara la guerre au roi, et celui-ci dut partir guerroyer. Avant de partir, il mena sa fille et ses servantes dans un petit château où, leur assura-t-il, elles seraient protégées, à condition toutefois de ne pas entrer dans une pièce particulière du château. Il confia les clefs à sa fille, elle se jeta à son cou en pleurant et le roi partit en guerre. La princesse rangea la clef de la pièce défendue, et toutes ces femmes s’arrangèrent pour vivre là, le roi avait fait en sorte qu’elles ne manquent de rien.

 

            Cela se passa bien pendant un mois. Seule la servante la plus dévouée était au courant de la pièce interdite, et connaissait la cachette de la clef. Au bout d’un mois, n’y tenant plus et profitant que la princesse était occupée à autre chose, elle subtilisa la clef et alla droit à cette pièce. Elle ouvrit la porte et ne vit rien de particulier : la pièce était richement meublée et comportait toutes les commodités possibles. Au mur, il n’y avait qu’un petit tableau, où était représenté un très beau jeune homme. Lorsque la servante l’avisa, la bouche du portrait s’ouvrit pour parler :

-          Malheureuse, qu’as-tu fait ? ! Je ne puis plus veiller sur vous, et le château va s’écrouler sous peu, car les ennemis sont proches. Amène vite la princesse ici !

Epouvantée, la servante courut à sa maîtresse, lui exposant la situation, rouge de confusion. La princesse ne prit pas le temps de la réprimander, et courut à la pièce. La beauté du portrait la frappa, mais la servante remarqua que les joues étaient devenues plus pâles.

-          Hélas ! Je suis maintenant malade, très malade, et je vais mourir. Mais, belle princesse, je vous suis promis » dit le portrait d’une voix faible. « Fuyez, fuyez vers le sud, où se trouve le royaume de mon père, et tirez-moi du tombeau dans lequel je reposerai bientôt ! » Et, comme les deux femmes restaient interdites, il cria : « Fuyez ! Vos ennemis se rapprochent ! Prenez les meilleurs chevaux de l’écurie et fuyez vers le sud ! »

La princesse se reprit, et fila en toute hâte aux écuries, suivie de sa servante. Mais cette dernière ne sachant monter à cheval, la princesse prit le meilleur et la fit monter en croupe. Elles quittèrent le château au galop et bientôt entendirent un grand bruit ; elles se retournèrent, le château n’était déjà plus que ruines. La princesse, le cœur gros, fit repartir le cheval, toujours au galop car elle avait aperçu l’armée rivale.

 

            En chevauchant vers le sud, les deux femmes arrivèrent assez rapidement à une forêt. La princesse jugea bon de s’y cacher et, malgré la terreur de sa servante, elles entrèrent dans la forêt. Elles durent ralentir le cheval, mais même ainsi, elles s’écorchèrent aux ronces et aux branches des arbres. Enfin, tombant de fatigue, elles s’arrêtèrent pour dormir. La servante put trouver quelques mûres, y trouvant encore quelques égratignures. Ses mains étaient en sang, et elle pleura tandis que la princesse les mangeait, avant de tomber dans un profond sommeil.

           

            Elles repartirent le lendemain matin, toujours vers le sud et, quand elles sortirent enfin de la forêt, les vêtements royaux de la princesse n’étaient plus que loques, elle était méconnaissable. Elles arrivèrent enfin devant une maison de paysans, où la princesse demanda asile, car les deux femmes avaient grand faim. En les voyant dans cet état, la brave paysanne les accueillit aussitôt et leur servit à manger. Elle laissa les deux femmes se retaper pendant le reste de la journée, puis de la nuit. Au matin, la princesse parla au paysan en ces termes :

-          Y a-t-il un château sur ces terres, où nous puissions aller pour rendre quelque service ?

-          Oh ! Ma jolie demoiselle, vous ne sauriez mieux tomber, répondit le paysan. Oui, il y a un palais, et j’ai appris hier après-midi que notre prince était fort malade. Puissiez-vous être de quelque réconfort à notre pauvre roi.

Et le paysan lui indiqua la route à emprunter. Elle partit dans la matinée, toujours avec sa servante en croupe. La princesse n’était guère causante, car elle avait rêvé pendant la nuit qu’elle pourrait, sinon guérir, du moins ressusciter le beau prince mourant par la faute de sa servante, aussi préférait-elle ne rien en dire. Elle en était un peu fâchée mais, d’un autre côté, le portrait du jeune homme lui avait extrêmement plu.

 

            Le soir venu, les deux femmes arrivèrent au château. On leur ouvrit, les larmes aux yeux : le prince venait de mourir.

-          Ne dites rien au roi, et accueillez-nous parmi vous, dit la princesse au valet de pied. Nous dirons que nous nous proposons à son service et, j’espère, il nous acceptera.

Le valet de pied savait que le roi était très bon, et il accepta. Si la servante se trouvait dans son élément, il n’en allait pas de même pour la princesse, mais elle était devenue si méconnaissable que le valet de pied n’avait même pas soupçonné qu’elle fût princesse. En se mirant dans un baquet d’eau le lendemain matin, elle s’aperçut qu’elle avait perdu jusqu’à son diadème. Elle se retint de pleurer, et se présenta devant le roi en tant que servante. Celui-ci était très affligé de la mort de son fils, il écouta distraitement la requête des deux femmes et les affecta, sans réfléchir, aux cuisines. Une fois dans la place, la princesse se trouva prise au dépourvu, mais sa compagne lui apprit les rudiments de la chose.

 

            L’après-midi, toute la valetaille fut conviée aux funérailles du prince. Ainsi, la princesse vit où se trouvait le tombeau royal, mais celui-ci était fermé à clef.

-          J’aimerais, dit-elle à sa servante, savoir où le roi garde la clef du tombeau, car cela me ferait plaisir de voir le visage que tu as pu admirer.

La servante prit un air piteux, et promit d’essayer de le savoir. Le lendemain, elle remarqua que le roi et la reine allaient se recueillir sur la tombe de leur fils. Quand elle les vit revenir, elle les suivit discrètement, et parvint ainsi à la chambre du roi. Elle vit le roi déposer la clef dans un secrétaire dans l’antichambre, et elle fila et rapporta à sa maîtresse qu’elle pourrait lui donner la clef durant la nuit.

-          Non » répondit la princesse » je veux voir où le roi la cache. Et elle ajouta sans aménité : « Tu as fait suffisamment de bêtises jusqu’à maintenant. « 

Et la nuit venue, elle obligea sa servante à se lever, et à lui montrer où était la clef du tombeau. La servante, en baillant, le lui montra, et la princesse prit la clef et elles partirent aussi furtivement qu’elles étaient venues. La servante retourna se coucher, mais la princesse se rendit aussitôt au tombeau. Elle l’ouvrit, ferma la porte derrière elle. Mais une fois là, elle ne savait que faire. Elle s’assit tristement sur les marches qui menaient aux tombes, ne sachant quelle était celle du prince. Elle ne savait même pas comment il s’appelait. Elle le regrettait sincèrement, lui qui l’avait si bien veillée pendant un mois, et elle pleura.

-          Mon prince, regarde dans quelle situation je suis à présent ! Je n’ai plus ni père, ni mère, ni titre ! Oh ! Mon prince !

Enfin elle essuya ses larmes, et chercha la tombe la plus neuve. Elle en ouvrit plusieurs, car toutes les tombes étaient si riches, qu’elles paraissaient toutes neuves. Enfin, elle découvrit le visage du prince, et enleva le couvercle.

-          Mon prince ! appela-t-elle, ne sachant comment l’appeler autrement.

Mais presque aussitôt, il se releva.

-          Ce n’est pas de votre faute, et vos larmes sont sincères. Je vois enfin la jolie personne sur laquelle je devais veiller.

Et le prince la serra dans ses bras.

-          Vous ne pouvez sortir, on vous croit mort, dit amèrement la princesse.

-          Mais votre père vous a promise à moi.

-          Hélas ! J’ai perdu mon diadème.

-          On me l’a apporté pendant mon sommeil.

Et le prince tira de sous le coussin sur lequel devait reposer sa tête, le diadème de la princesse. Elle le prit avec reconnaissance, et le posa sur sa tête.

-          Vous êtes radieuse. Revenez la nuit prochaine et apportez-moi de quoi manger, car je suis encore trop faible pour sortir maintenant de ce tombeau.

La princesse promit, ils se serrèrent la main et, à sa demande, elle referma sur lui le couvercle de la tombe. Sur quoi elle retourna au lit, juste avant l'aube. Elle eut juste le temps de cacher son diadème sous son oreiller, et de feindre de dormir.

 

            La nuit suivante, après avoir repris la clef à sa place et subtilisé de quoi manger, la princesse retourna ouvrir la tombe du jeune prince, et le regarda dévorer. Quand il eut fini, elle demanda :

-          Comment vous sentez-vous ?

-          Engourdi.

Et le prince sortit de sa tombe et fit quelques pas.

-          Vous n’avez pas mis votre diadème.

-          Je crains de l’oublier de l’enlever le matin venu.

Et la princesse lui expliqua sa situation.

-          Vous êtes aux cuisines ? Fort bien, vous me porterez à manger la nuit prochaine. Vous êtes une personne fort sensée. Comment vous nommez-vous ?

-          Aurore. Et vous ? demanda-t-elle le cœur battant, car le prince commençait à retrouver ses couleurs, et il était encore plus beau que la nuit précédente.

-          Richard », et le prince saisit la petite main de la princesse pour la baiser. « Allons, allez dormir. Nous avons le temps de faire connaissance. Ne m’oubliez pas la nuit prochaine. »

La princesse promit, et ferma tout derrière elle et reporta la clef à sa place. Mais elle dormit peu, car sa nouvelle condition l’obligeait à se lever tôt, et elle devait encore suivre les conseils de sa servante. Cela était assez humiliant pour elle, mais elle ravala son orgueil.

 

            La nuit suivante, comme convenu elle porta à manger au prince, puis il se mit à lui parler tendrement et les deux jeunes gens ne virent pas le temps passer. La princesse dut tout remettre en place en toute hâte, et fut à son lit à temps, car on la fit lever cinq minutes plus tard. Par habitude, elle ravala ses bâillements, mais elle était distraite. Le soir venu, elle n’en pouvait plus, et demanda à sa servante de la remplacer auprès du prince, lui faisant moult recommandations. La servante, enchantée de revoir le beau prince, accepta. Il se trouvait que toutes deux se ressemblaient, la princesse  échangea ses vêtements de nuit contre ceux de la servante. Le prince n’y vit que du feu et, après avoir mangé, il bondit hors de sa tombe. Prenant la servante pour la princesse, il lui parla encore tendrement et lui dit :

-          Je me sens capable de revivre à présent. Cet après-midi, vous viendrez avec mes parents vous recueillir ici, et je sortirai de ma tombe. Ne la fermez pas.

Et il passa un anneau au doigt de la servante. Elle obéit, ne fit que poser le couvercle de la tombe au-dessus de lui. Elle était tout émue, on ne lui avait jamais parlé ainsi. Elle en oublia la clef pour fermer le tombeau, qui resta dans sa chemise de nuit. Cependant, le lendemain matin elle rapporta à sa maîtresse ce qu’il s’était passé pendant la nuit. La princesse blêmit, voulut lui enlever la bague du prince. Mais cela fut impossible. Elle dit alors à sa servante d’aller subtiliser une tenue de la sœur du prince, et la servante s’acquitta discrètement de sa tâche. A l’heure dite, la princesse revêtit la robe subtilisée, arrangea ses cheveux du mieux qu’elle le put et y posa son diadème. Elle arriva au tombeau peu après le roi et la reine, qui avaient trouvé la porte ouverte et étaient furieux. La princesse les affronta.

-          Oui, j’ai profané votre tombeau, mais c’est parce que le prince Richard est encore vivant. Je peux vous le prouver.

-          Cela est impossible, «  répliqua sèchement la reine, «  car il est mort entre mes bras. »

-          Mais il m’est promis.

Et la princesse entra dans le tombeau et appela :

-          Prince Richard !

Il sortit aussitôt de sa tombe, à la stupéfaction de ses parents. La princesse le vit alors dans toute sa beauté, et il courut à elle, lui prit la main.

-          Mais qu’avez-vous fait de votre anneau de fiançailles ?

Confuse, la princesse avoua la vérité. Elle n’en fut que plus chère au prince, qui la traita avec encore plus d’égards, puis il se tourna vers son père :

-          Père, qu’est devenu le père de la princesse Aurore ?

-          Je ne sais, avoua le bon roi.

-          Il était parti en guerre contre le royaume voisin, » lui rappela son fils. « Avez-vous oublié votre alliance ? »

-          Sacrebleu ! s’écria le roi, et il courut faire lever ses troupes en renfort.

La princesse retrouva son père quelques temps plus tard, et le mariage fut célébré. Quant à la servante, elle a toujours l’anneau au doigt, et le contemple en songeant qu’elle a été princesse une nuit…

 

 

© Claire M.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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03 janvier 2021

Mon ordonnance

Docteur Sylvestre

 consultations sur Rendez-vous

                                                                              Lille, le 3-1-2021

                                                                        à ses lecteurs (de 7 à 77 ans et plus)

 

Prescriptions relatives au traitement de l'affection longue durée reconnue

(liste ou hors liste) - AFFECTION EXONERANTE

amour : XXX caresses et baisers tous les jours, si besoin

joie : port de lunettes roses

sport : au choix, au moins 2X/ semaine

 

Prescriptions SANS RAPPORT avec l'affection de longue durée (MALADIES INTERCURRENTES)

maux de l'hiver :

vitamine D : 1 ampoule/mois, pendant 3 mois

vitamine C : autant d'agrumes que l'on veut

bonbons au miel : 2/jour pendant 3 mois

 

contre la dépression :

partir plus souvent au soleil

contacts rapprochés recommandés

 

                                                                                            QSP 1 an

 

et bonne année !

 

                                                                                               Dr Sylvestre

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30 décembre 2020

Les réponses !

Que voici :

L'incipit est celui de Dracula de Bram Stoker.

Devinettes : les 99 exercices étaient de Raymond Queneau, dans Exercices de style.

 L'auteur des Lusiades est Camoens. 

Celui du Satiricon est Pétrone.     

charade : Hermann Hesse (ére - manne - esse)

 

Avez-vous tout trouvé ? 

Et à bientôt pour de nouvelles aventures ! ... en 2021. 

 

Claire M.    

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27 décembre 2020

Chahdortt Djavann (1967-)

Ils ont fui l'Iran : Chahdortt Djavann, bête noire des intégristes - Geo.fr

Chahdortt Djavann est née en 1967 en Iran mais, à présent, a opté pour la nationalité française, après s'être installée à Paris, fuyant l'Iran en passant par la Turquie.

Elle est la fille d'un seigneur d'Azerbaidjan, à qui elle a dû faire la "lecture obligatoire et à haute voix" de la presse quotidienne, car il perdait la vue, avant d'être emprisonné. Il l'a été d'abord par le Shah, puis par les mollahs au moment où la république islamique a été instaurée, en 1979. Chahdortt elle-même a été arrêtée à l'âge de treize ans, pour avoir distribué des tracts contre ce régime, et estime s'en être sortie à bon compte malgré les brutalités subies durant ses trois semaines d'emprisonnement.

Elle a découvert, en traduction persane, des auteurs classiques français, tels Balzac, Hugo, Dumas. Malgré cela, lors de son départ en exil, elle choisit d'abord la Turquie, en 1991, où elle apprendra le turc, l'anglais, l'allemand. Mais finalement, l'exil définitif se fait en France, en 1993, alors qu'elle ne connaît pas un mot de français. Elle le racontera dans son roman Comment peut-on être français ?  paru en 2006. Pour son premier roman, Je viens d'ailleurs (2002), elle connaît bien, désormais, le français, qu'elle a appris en autodidacte et qui sera sa langue d'écriture. En effet, Chahdortt Djavann refuse jusqu'à sa langue maternelle, le persan, renvoyant à un pays qu'elle exècre. Son sujet de mémoire à l'EHESS (elle a étudié l'anthropologie) porte sur l'endoctrinement religieux dans les manuels scolaires iraniens, ce qui en disait déjà long sur ses engagements.

 A présent, elle est reconnue en France, en tant qu'écrivain à plein temps, pour ses romans mais aussi des essais, dont le plus emblématique, le premier, est Bas les voiles! (2003), au titre plus qu'explicite sur sa motivation à défendre les femmes musulmanes, en Iran mais aussi dans tout l'espace musulman. Elle-même a dû porter le voile, mais s'en est débarrassée dès qu'elle l'a pu. Elle donne également des conférences en France, en Europe, aux Etats-Unis. En 2003, Chahdortt Djavann a obtenu le prix de la Laicité et, en 2006, a été faite Chevalier des arts et lettres.

Outre les titres cités, je vous conseille également Comment lutter efficacement contre l'idéologie islamique, publié chez Grasset en 2016, qui est très éclairant. Vous pouvez aussi trouver ses livres en poche.

 

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23 décembre 2020

Jeux de Noel

C'est les vacances ! Et, après les fêtes, pour décompresser, je vous suggère de jouer, en famille ou non, à des petits jeux.. Voici donc ceux que je vous propose. Vous pourrez constater, une fois de plus, que je balaye plusieurs époques. Mais pour le savoir, il faut d'abord trouver les réponses !

Amusez-vous bien, mais ne trichez pas : les réponses ne seront pas pour tout de suite, bien sûr...

 

incipit : "Quitté Munich à huit heures du soir, le 1er mai; arrivé à Vienne, de bonne heure, le lendemain matin."

qui, pour quel roman ?

devinettes : Je raconte 99 fois la même anecdote, de manières différentes. Quel est ce livre et qui suis-je ?

                 Je suis portugais et ai écrit les Lusiades : qui suis-je ?

                  Qui a écrit le Satiricon ?

charade : Mon 1er dure plus que des siècles.

              Ma 2° est tombée du Ciel.

              Mon 3° sert à accrocher.

               Mon tout est un auteur suisse du XX° siècle.

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19 décembre 2020

Femmes de lettres

Force m'est de le reconnaître : il n'y a pas beaucoup de femmes dans mon univers littéraire, je veux dire la littérature que je lis. Si je m'en tiens à mes lectures du momment, je viens de finir un Didier Van Cauwelaert, et suis sur un petit livre de Tzvetan Todorov sur les Lumières en France,donc, que des hommes. D'ailleurs, même durant cette période, il y avait très peu de femmes... Les "classiques" les plus connues ne me plaisent pas, c'est-à-dire George Sand et Colette. Les femmes qu'elles sont m'intéressent, mais leurs oeuvres me déplaisent. Cependant, une chose me fait fantasmer, chez Colette : que son mari Willy l'enferme pour qu'elle écrive !

Pourtant, il y a tout de même quelques femmes que je lis, outre les auteurs de "chick lit" (mais si, la littérature "à deux balles", des histoires de filles !) qui sont en réalité souvent des autrices, dont je suis vite revenue.... Je n'aime pas les histoires d'amour, à moins que l'angle adopté soit original, or ce sont surtout des femmes qui en écrivent (la "chick lit", mais pas seulement). Pour moi, il faut qu'il se passe quelque chose, ce qui est le plus souvent l'apanage des hommes. Ce n'est pas par hasard si mon auteur préféré est un homme !

Malgré cela, il y a effectivement de bonnes autrices, que je trouve aussi dans la littérature mondiale. Alors je vais citer des Scandinaves : Selma Lagerlof, qui a d'ailleurs eu le prix Nobel de littérature, en 1909; Karen Blixen, notamment connue pour La ferme africaine et Le Dîner de Babette ; ou, plus proche de nous, Pia Petersen qui, si elle écrit en français, est née au Danemark (Un écrivain, un vrai)... Ailleurs, il y a bien sûr "la" Nothomb, ou Irène Nemiroski, que j'apprécie beaucoup. Aussi l'Iranienne Chadortt Djavann, qui signe des essais engagés aussi bien que des oeuvres de fiction. Mais je ne vous parle que de celles que j'aime... En revanche, il y a de bonnes autrices de "fantasy", et pas des moindres : témoins, notamment, Marion Zimmer Bradley et Ursula K. Le Guin. Je vous laisse découvrir leurs oeuvres, si le coeur vous en dit. Et les polars depuis Agatha Christie bien sûr. Comme vous le voyez, je ratisse large. Une vraie classique tout de même, une vraie "femme de lettres" : Mme de Sévigné...

Donc je ne dirai pas que je n'aime pas les "femmes auteurs", comme le disait Mme de Genlis, dont je vous recommande une fois de plus la lecture.  Il y en a, mais à moins d'écrire de véritables best-sellers, on les voit peu... y compris sur les plateaux de télévision. Et c'est dommage, car les femmes ont leur mot à dire... Sans nous, pas d'humanité !

Je vous laisse méditer sur cette question, et vous souhaite d'ores et déjà de bonnes fêtes de fin d'année, malgré la conjoncture actuelle, même si je continuerai à tenir ce blog durant les vacances. Alors, à très bientôt !

Claire M.

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13 décembre 2020

Par rêves...

Instants d’éternité.

 

Olivier, en plein rêve, gravissait tout doucement une colline verte, plantée d’arbres, mû par il ne savait quelle force. Le décor était idyllique, et une fois qu’il serait sur les hauteurs, il ne savait à quoi s’attendre. Il montait donc, et arriva face à un lac, où il vit une femme, très belle, au sourire avenant, sortir d’une cavité de l’endroit. Olivier n’avait pas peur, et la femme s’approcha de lui. Sa tunique était du vert de la nature, assortie à ses yeux, et elle allait pieds nus. La tunique cachait mal une forte poitrine.

-          Bonjour, Olivier, dit-elle.

Il la regarda, subjugué, ne sachant que penser, comment réagir. Enfin, il lui dit bonjour. La femme secoua ses longs cheveux en riant.

-          Non, ce n’est pas moi, la femme de ta vie, mais je peux te la montrer. Approche-toi du lac.

-          Et qui êtes-vous, alors ? demanda timidement Olivier.

-          On m’appelle Natura. Mes rôles sont très divers. Approche, n’aie pas peur.

Le garçon obéit.

-          Tu cherches ta moitié, n’est-ce pas ?

-          Ou…oui.

-          Je vais te la montrer.

-          Je… je préfèrerais la tenir dans mes bras. Il est temps que je me pose…

Natura sourit, d’un  sourire éclatant. Olivier ne voyait plus que cela, son sourire.

-          J’ai le pouvoir de désigner ton âme sœur ; mais après, c’est à toi de jouer. Certains peuvent bêtement passer à côté…

-          Non, j’arrive, décida Olivier, et il fit quelques pas vers le lac, sans quitter Natura du regard.

Elle fit une passe sur l’eau, et un visage apparut. Cette jeune femme avait une figure de Madone, les cheveux teints en rouge, longs, et Olivier tomba aussitôt amoureux de son sourire. Cela n’échappa pas à Natura, qui prit un air gai et malicieux, et appela :

-          Morphée ! Tu veux bien venir, s’il te plaît ?

Le dieu ne tarda pas à arriver, alors qu’Olivier ne voyait plus que l’image dans le lac. Pourtant, il ne voyait qu’un visage, un buste aux formes enchanteresses.

-          A toi de jouer, Morphée, dit Natura sans qu’Olivier ne s’en rende bien compte.

-          Fort bien, maîtresse.

Et Morphée se tourna vers Olivier, qui ne se lassait pas de contempler l’image dans le lac.

-          Elle est très belle, lui dit-il.

-          Qui est-ce ? fit Olivier.

-          Nous le découvrirons plus tard, si tu t’en souviens au réveil.

Et le paysage s’effaça. Au matin, Olivier se réveilla, sourire aux lèvres.

-          Mais je ne connais pas son nom…

-          Ça ne fait rien, fit une voix en lui.  Je la chercherai, et la trouverai, si tu veux.

-          Elle existe ?

-          Natura ne fait apparaître que des personnes qui existent vraiment.

-          C’est la femme de ma vie ! s’exclama Olivier.

Morphée, de là où il était, eut un petit sourire.

-          Minute, papillon ! fit-il. Comment peux-tu le savoir dès maintenant ?!

-          Mais… parce que Natura me l’a dit !

-          En tout cas, tu t’en souviens. Décris-moi qui tu as vu.

-          Un visage magnifique, de Madone, et une chevelure de feu.

-          Bien… puisque tu t’en souviens, je vais pouvoir la chercher pour toi, dans un premier temps. Tu auras la suite la nuit prochaine.

Olivier rouvrit les yeux, mais n’entendit plus la voix en lui. Il s’étira, se décida et sauta du lit, ayant vu l’heure sur le réveil, et la bonne tête de son chien qui attendait déjà ses croquettes. Olivier était jeune, trente-cinq ans, et avait une belle vitalité, aussi il se dépêcha de déjeuner, puis de se préparer, en même temps que le chien, qu’il put sortir pendant une vingtaine de minutes  avant de prendre son cartable pour partir au travail. Il ne repensa à cette belle inconnue qu’aux pauses, très occupé à  préparer des exercices pour ses cours et corriger des copies, l’administratif. Il attendait néanmoins la nuit avec impatience. En fin de journée, il ressortit Whist, son chien, puis resta songeur toute la soirée, à se demander comment présenter l’astronomie à ses élèves, ce qui le mena dans les étoiles et, de là, à sa belle inconnue…

 

-          Je l’ai trouvée, annonça Morphée une fois Olivier en plein sommeil paradoxal. Cette nuit, je t’emmène à Angers.

-          Aah… quand même, commenta Olivier. Ce n’est pas tout près…

-          On se fiche des distances. Elle aurait pu être à Tombouctou, ou à Helsinki…

-          Mamma mia, fit plaisamment Olivier.

-          Viens, elle est en train de rêver. C’est le moment idéal.

-          Elle est mariée ?

-          Non. Mais elle a traversé de grandes épreuves. Si elle t’agrée, ce sera déjà à moitié gagné.

-          Alors je vous suis…

Morphée, à la vitesse de l’éclair propre aux rêves, mena Olivier dans la campagne angevine, non loin des rives de la Loire. La jeune femme aux cheveux rouges pique-niquait dans l’herbe, avec un homme qui devait être son père. Elle se leva à l’approche d’Olivier.

-          Oh, tu es venu ?

Il s’arrêta, interdit.

-          Je rêve souvent de toi… déclara l’inconnue. Pas très grand,  un beau sourire, les cheveux noirs… D’où viens-tu ?

-          Du côté de Nice. Je suis provençal. Je m’appelle Olivier… et toi ?

-          Cécile.

Olivier la détailla : elle était encore plus belle que dans son précédent rêve, et il regarda son corps, ni trop maigre ni trop gros, des rondeurs joliment placées. Cécile portait une tenue printanière, une robe avec des petites manches. Il s’approcha encore, se sentant gauche.

-          Mais viens ! dit-elle encore.

-          Mais… avec qui es-tu ? Peut-être que je vous dérange…

-          C’est mon oncle Gilles. En fait… non, rien. Disons qu’il a beaucoup compté pour moi. Mais je voulais enfin te parler… Olivier.

Il eut un sourire magnifique.

-          Tu as l’air très jeune… ajouta Cécile.

-          J’ai trente-cinq ans.

-          Alors tu l’es plus que moi. J’ai quarante-trois ans. Je ne savais pas que j’avais imaginé un prince charmant beaucoup plus jeune que moi.

-          Et je le suis. Natura m’a montré ton image. Je… euh… puis-je…

Elle vint presque se coller à lui.

-          Et ton oncle ? demanda Olivier, proche du ravissement.

-          J’espérais te rencontrer. Il ne dira rien. Ici, il est mon mentor…

Alors il caressa les cheveux de la belle, et le baiser qui s’ensuivit dura.

-          Moi aussi, j’espérais te rencontrer…

-          Nous sommes dans un rêve, Olivier, rappela la jeune femme. Mais j’espère te retrouver…

-          Je ferai tout pour cela, promit-il. J’en parlerai à Morphée.

-          Et moi, à oncle Gilles…

-          Mais alors, ton oncle…

-          Il est mort il y a quatre ans. Il est toujours aussi adorable. Il m’a beaucoup aidée, quand…

Mais les yeux de Cécile se brouillèrent.

-          Ne pleure pas. Nous nous retrouverons. Je sais que tu habites à Angers, maintenant.

-          Et toi ?

-          Sur les hauteurs de Nice.

-          C’est loin… et puis nous sommes dans un rêve…

-          Veux-tu me retrouver dans la réalité ?

-          Oui, répondit Cécile sans hésiter.

-          Moi aussi. Encore un baiser…

Ils roulèrent dans l’herbe, mais sans aller très loin. Ils se firent des promesses, mais peu à peu, le rêve s’estompait…

La nuit suivante, Olivier voulut se suggestionner pour rêver de nouveau de Cécile, n’y parvint pas. Ni la nuit suivante. La troisième fois, il prit des somnifères et, dans son rêve, Morphée lui apparut.

-          Halte là, malheureux ! fit ce dernier. Sache que ces médicaments sont dangereux. Moi seul, avec les miens, savons diriger les rêves des hommes. Tu veux Cécile ?

-          Oui, fit, piteux, Olivier. Mais comment t’appeler, Morphée ?

-          Pose du miel sur ta table de nuit, et appelle-moi trois fois après avoir éteint la lumière. Ainsi, je viendrai auprès de toi.

-          Merci. Je m’en souviendrai.

-          Tu veux rêver de Cécile.

-          Oui. Elle aussi ?

-          C’est bien possible. Je vais aller voir, mais je ne te promets rien, à cause des somnifères.

-          Je ne le ferai plus, promit Olivier.

-          Sors plutôt Whist… ça te fera du bien à toi aussi.

-          De toute façon, demain c’est samedi, je pourrai prolonger la promenade.

 

-          Excuse-moi, Cécile, fit l’oncle Gilles cette nuit-là. Je t’ai un peu quittée, mais je ne t’oublie pas. Tu as rencontré ton prince charmant sur les rives de la Loire…

-          Mais c’est un Provençal ! Non, c’était un rêve… ajouta Cécile en réprimant des sanglots. Il est si beau, si gentil…

L’oncle Gilles reprit la forme de Morphée.

-          Ne pleure pas. Tu le retrouveras.

-          Mais… qui êtes-vous ?

-          Je suis Morphée, le dieu des songes. Natura vous a désignés comme âmes jumelles, Olivier et toi. Et je suis chargé de vous rapprocher.

-          Oh !

La jeune femme lui aurait sauté au cou, et Morphée sourit.

-          Je t’en prie…

-          Mais… se rapprocher en rêve, ou vraiment, comme il me le promettait ?

-          Avec Natura et moi, c’est possible de vous faire rencontrer dans la réalité. Il le veut, lui aussi.

Alors Cécile se jeta au cou de Morphée, qui reprit l’apparence de l’oncle Gilles.

-          Allons, ma petite fille…

Mais Cécile lui colla une bise sur chaque joue, les yeux étincelants.

-          Il est si beau ! Mais qui me dit qu’il est vraiment célibataire ? Et puis nous sommes loin…

-          Nous nous fichons des distances. Il y a toujours moyen de s’arranger. Mais puisque tu es réceptive, je vais pouvoir vous réunir. Veux-tu retourner sur les bords de la Loire ?

-          Non… plutôt quelque part dans le sud.

Et Cécile et Olivier se virent, cette nuit-là, à Grasse, parmi les roses. Ce dernier en offrit, des rouges, ce qui alla droit au cœur de Cécile. Le lendemain au réveil, elle en sentait encore l’odeur… De son côté, Olivier restait sous le charme de la belle, et comme c’était samedi, il paressa au lit, mais Whist le rappela aux contingences. Il fallut sortir dans le quartier, mais Olivier était dans la lune, oubliant de ramasser les déjections de son chien. Et Whist remuait la queue dans tous les sens. Son maître pensait surtout à Cécile…

Le soir venu, Olivier appela Morphée, après avoir acheté du miel et fait quelques autres courses par la même occasion.

-          Ah, bien ! fit Morphée en constatant que le jeune homme avait suivi ses prescriptions. Je suis venu avec un daimon, il s’appelle Kalamos.

-          Bonjour, Kalamos, dit Olivier au petit être qui accompagnait Morphée, un homme miniature avec des ailes blanches. Mais comment allez-vous faire ?

-          Bonjour Olivier. Laisse-toi faire, tout ira tout seul. Je serai ton petit daimon. Avec Morphée, nous ferons les connexions nécessaires…

Olivier les regarda sans comprendre.

-          Oui, laisse faire, reprit Morphée. Je vois bien que tu brûles de revoir Cécile…

 

-          Oui, laisse faire, dit l’oncle Gilles à sa nièce, elle aussi en proie aux mêmes doutes concernant la façon de faire. Si Natura l’a dit, c’est faisable.

-          Mais qui est cette Natura ?

-          Votre mère à tous, vous les humains. Et je la connais bien.

-          Je veux cesser de rêver, et me perdre dans les bras d’un homme qui m’épaulera… Ça ne m’est pas arrivé depuis des années, tu le sais, Gilles. Quant aux enfants… tant pis. Et je n’ose que rêver d’un homme. Mais il est si jeune, il me lâchera peut-être pour une femme de son âge, de qui avoir des enfants, justement…

-          Oh, tu es toujours aussi cassée…

-          Je veux trouver ma moitié !

Cécile en pleurait presque.

-          Mais comment faire ? reprit-elle.

-          Tu es sûre que tu ne veux pas remplacer ton petit Bastien ?

-          Ne me fais pas pleurer… il me manque tellement ! Le seul enfant que j’aie jamais eu ! Je ne l’ai jamais retrouvé, comme je t’ai retrouvé toi… Et puis un enfant, ça ne se remplace pas.

-          Je suis désolé, fit l’oncle Gilles. Excuse-moi.

-          Oui, bien sûr.

-          Mais tu peux encore en avoir.

-          On verra, quand j’aurai retrouvé Olivier. Qui êtes-vous, vous qui prenez les traits de mon oncle ? Aidez-moi !

Morphée reprit sa forme, caressa les cheveux de sa protégée. Il savait quoi faire, mais ne lâcha pas Cécile tout de suite, tant il la sentait brisée d’avoir perdu un petit garçon, ce qui avait déclenché le départ de son papa. Il la serra dans ses bras, essaya de transmettre de la chaleur à la jeune femme.

-          Tu sais que je ne suis que le dieu des rêves…

La nuit suivante, il ramena encore  Kalamos, à Cécile cette fois. Ce dernier passa de rêve en rêve, de Nice à Angers et d’Angers à Nice. Olivier réapparut dans les rêves de Cécile, et Cécile était, pour lui, la plus belle chose dont il avait jamais rêvé. Pendant le jour, l’un pensait à l’autre, l’un parmi ses élèves, l’autre parmi les livres de la bibliothèque où elle travaillait. Et Olivier en eut vite assez de soupirer sans rien faire. Il finit par en parler à sa marraine, Claudine, qui vivait à Montpellier et qu’il n’avait pas  vue depuis longtemps.

-          Tu devrais venir me voir, un de ces jours, lui dit celle-ci. Et je te parlerai des âmes jumelles… Pourquoi ne viendrais-tu pas pour l’Ascension ?

-          Oh, bonne idée. Je veux dire, pour qu’on se voie. Parce qu’autrement, moi, l’âme sœur… En plus, Cécile vit à Angers, et c’est tout ce que je sais.

-          Les daimons existent réellement, Olivier.

-          C’est vrai, tu me l’avais dit, réagit-il alors, troublé tout à coup.

 

-          A Montpellier ? fit Kalamos la nuit suivante. L’oncle Gilles de ta belle y avait des amis, qui y vivent toujours…

 

-          Oh, Kalamos ! s’exclama Olivier, ravi de cette nouvelle. Et pourrais-tu… nous y réunir, Cécile et moi ? Dans la réalité vraie ?

-          Je vais voir ce que je peux faire.

-          Dis-moi plutôt que c’est possible !

Kalamos prit un sourire rassurant.

-          Tu as l’air très amoureux…

-          Oui, je le suis. Et… elle aussi ?

Kalamos ménagea d’abord ses effets, pencha la tête, sourit encore, et répondit :

-          Oui, elle aussi. Même si elle aurait préféré un artiste, à un professeur de physique. Mais ça ne change rien.

-          Alors elle est artiste… ?

-          Oui, elle peint. Les bords de Loire l’inspirent beaucoup, et Angers est une ville agréable.

-          A Nice, avec la mer, elle serait gâtée…

Olivier en était encore plus rêveur…

-          Pour l’instant, visons Montpellier, fit Kalamos, revenant aux contingences.

-          Oui…

-          Comment s’appelle ta marraine ?

-          Claudine. Claudine Ramirez.

-          Elle t’appellera. Je me charge de Cécile.

-          Oh, merci !

Kalamos tint parole, et Olivier se souvenait très bien de ses rêves. Trois jours plus tard, sa marraine l’appelait, insistant pour qu’il vienne à l’Ascension.

-          En plus, comme je suis thérapeute… je pourrai m’occuper de toi. Tes parents sont trop obtus pour comprendre ce que tu vis. Nous pourrons en parler.

-          Super !

 

De son côté, Cécile n’avait pas grand’monde à qui parler de ce genre d’aventures. Mais Kalamos lui dit que voir ses amies à Montpellier lui ferait du bien, insinuant qu’elle aurait de belles surprises. Elle refusa donc l’invitation de ses parents pour l’Ascension, arguant qu’elle n’avait pas vu ses amies Léonore et Marina depuis bien plus longtemps qu’eux, que cela lui changerait les idées. En réalité, Kalamos ne lui avait pas dit la vraie raison pour laquelle elle devait aller là-bas, pour s’assurer que les deux amants seraient réellement attirés l’un par l’autre. Autant il jouait franc jeu avec Olivier, autant il ménageait Cécile, ayant pris connaissance de son histoire, son petit Bastien mort à cinq ans dans un accident de la circulation, larguée ensuite par le père de l’enfant, la dépression qui s’était ensuivie. Kalamos voulait être sûr que cela marcherait, instruit par Morphée et par l’expérience.

Ainsi, Olivier parla de son expérience onirique avec sa marraine, sourire aux lèvres. Celle-ci le voyait se réjouir, le soignait avec sa bonne cuisine, avait toujours le mot pour rire. Elle-même était veuve, avait des enfants de l’âge de son filleul, mais ceux-ci ne devaient venir que le samedi, Olivier repartant dès le dimanche. En les attendant, Claudine décida de provoquer la rencontre. Elle habitait dans le centre de Montpellier, ville qu’Olivier redécouvrait, si belle au printemps ! Sur une place, il avisa trois filles qui discutaient, riaient, et il pila d’un coup, reconnaissant les cheveux rouges de Cécile.

-          Claudine ! C’est elle ! Elle est là ! s’exclama-t-il, et la jeune femme se tourna vers lui, l’entendant, devenant aussi rouge que sa chevelure en le reconnaissant.

Tous deux se regardèrent.

-          Tu… tu es Cécile ?

-          Oui, Olivier. Oh… tu… tu es encore plus beau que dans mon rêve…

Il tendit timidement les bras. Les trois autres femmes souriaient en les regardant, et Marina, une petite brune pétillante, comprit et  poussa son amie dans les bras d’Olivier.

-          Vas-y ! Tu en rêves !

Et Olivier serra Cécile dans ses bras, pour de bon. Tout d’un coup, ils étaient hors du temps, hors de l’espace, savaient qu’ils ne se quitteraient plus. Où iraient-ils, ils ne le savaient pas, et voulurent croire qu’ils avaient l’éternité pour eux.

 

-          C’est très beau, Natura, dit Morphée en avisant une peinture signée Cécile L. J’aime beaucoup cet instant d’éternité.

-          Oui, Cécile l’a bien saisi. Sont-ils heureux, tous les deux ?

-          Sûrement, fit Morphée en souriant.

Le tableau représentait un couple vu de dos, devant la nuit, main dans la main. La femme avait les cheveux rouges, et l’homme, un bouquet de roses dans l’autre main.

 

© Claire M., 2020

Posté par Claire Monelle à 16:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]