l'imagination au pouvoir

15 juillet 2018

farniente ?

escarpolette

petite_daseuse

reflets

 

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12 juillet 2018

différente, et alors ?

Si vous avez remarqué la diablesse lors des premières heures de ce blog, vous l'avez compris : je suis grosse. Et me complais dans le péché de gourmandise ! Bien sûr, je force le trait ! Mais la perception que j'ai de moi-même, physiquement, a longtemps été mauvaise.. Le regard des autres, même quand j'étais seulement en surpoids, au sortir de l'adolescence, a beaucoup  pesé sur moi.

Tant il est vrai qu'on n'écrit guère que sur soi ("parlez-moi de moi, il n'y a que ça qui m'intéresse"...) l'histoire de La fille du marin, que j'ai diffusée hier, me ressemble. Marion est, physiquement, comme moi à la même époque. La différence, c'est que je ne savais pas me défendre face aux autres. Aussi ai-je tout intériorisé. Et une fois mon père, si critique envers moi, mort, j'ai progressivement libéré mon écriture. Maintenant, je peux en parler avec davantage de détachement. Si, en plus, ce genre d'histoire vous plaît, j'estimerais la partie gagnée. L'écriture me sert à exprimer ce que j'ai en moi - ce que vous pouvez faire aussi.

Bien sûr, même si des thématiques différentes reviennent, tout ce que j'écris ne parle pas forcément de moi. Ou alors, ce sera un détail. Un chat mélomane, un endroit signifiant pour moi, un dialogue où je m'amuse... (j'aime beaucoup écrire des dialogues) A travers certains thèmes précis, on en vient à quelque chose de plus universel : par un corps différent (gros, handicapé...), l'idée générale, pour moi, est l'Altérité. Avec un A majuscule. Nous sommes tous différents, et l'assumons plus ou moins bien. Qui n'a pas ses failles ? Le principe est de s'exprimer, par l'écriture pour moi, ou par d'autres arts pour vous. Cela apparaît moins dans mes dessins. J'y communique différemment, et ne suis pas une  grande dessinatrice. Mais enfin, avec un crayon je me dépatouille. Faites-en autant, réenchantez votre vie !

Et bonne chance !

Claire M.

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11 juillet 2018

message marin

La fille du marin.

 

-         Je peux jouer avec vous ?

-         Non, tu ne sauras jamais courir après le ballon ! se moqua un petit blanc-bec.

-         Et pourquoi donc ? Laissez-moi jouer au ballon avec vous ! Je ne suis pas plus lente qu’une autre !

-         C’est dans toi qu’on va shooter, tas de graisse ! fit un autre blanc-bec.

Une fois de plus, Marion se sentit blessée. Elle aurait voulu, elle aussi, prendre part au jeu avec tous ses camarades de classe. Les filles, elles, ne disaient rien. Elles étaient là, absorbées par le jeu, détournant le regard dès que celui-ci tombait sur Marion. La jeune fille les entendait encore, des jours précédents, se dire que jamais elles ne voudraient être grosses comme Marion. Ces adolescentes ne parlaient que de garçons, de régimes, de vêtements. Marion avait du mal à s’habiller, ce qui désespérait sa mère. Elle n’avait pas tant de kilos que ça en trop, mais assez pour ne pas entrer dans les tailles dites « standard ». Donc elle était soit moulée dans ses vêtements, soit informe dans ce qui ressemblait pour elle à une burqa. Les garçons disaient quelquefois qu’elle mangeait trop de couscous. Mais  Marion avait trop d’amour-propre pour montrer sa faiblesse face à ses camarades. Elle alla dans un coin de la cour du collège et, comme les moqueries ne cessaient de tourner dans sa tête, elle disparut aux toilettes, s’enferma et se mit à pleurer. Elle y resta un moment, mais elle s’en fichait. La récréation du midi laissait du temps aux élèves. Enfin, Marion sécha ses larmes, sortit des toilettes et se mit la tête sous le robinet pour effacer tout à fait les traces de ses pleurs.

-         Marion ?

Elle sursauta, et l’eau gicla sur son visage. C’était une surveillante.

-         Quoi ?

Marion se sentait prise en faute. Ne pas pleurer. Elle savait que ce serait pire. Elle scruta la surveillante. Cette dernière était longue et mince, Marion comprit qu’elle ne saurait pas l’aider. Quant à du réconfort… Elle voulut battre en retraite, mais la surveillante la prit par l’épaule.

-         Je sais que…

-         Vous ne savez rien du tout ! Fichez-moi la paix ! Tous !

Marion sentait la colère monter. Elle quitta les lieux en claquant la porte. Elle préférait se fâcher, que de montrer que toutes les insinuations qu’elle subissait la blessaient profondément. Elle alla droit aux joueurs de ballon, attrapa celui-ci du pied, l’envoya à l’autre bout de la cour et rugit :

-         J’aurai ma revanche, tas de sales petits cons !

Mais les élèves s’en moquaient.

-         Ouah, le thon a attrapé le ballon !

-         Sus au thon !

La surveillante arriva avec un temps de retard. Les garçons avaient fondu sur Marion, qui se défendait toutes griffes dehors. La surveillante se sentit l’air bête, avec ses talons aiguilles. Elle usa du sifflet, mais cela n’eut pas d’effet. Au bruit, ce fut son collègue, un homme, qui se pointa, et sépara les belligérants. Le nez de Marion saignait.

-         Espèces de brutes ! s’écria-t-il. Samira, emmène Marion à l’infirmerie. Moi, je préviens le principal. Vos noms ! ajouta-t-il à l’attention des élèves.

Les garçons de la classe furent admonestés, sanctionnés. D’abord par le principal, puis par leurs parents.

 

Deux jours plus tard, la classe devait aller à la piscine. Marion avait pleuré, chez elle, pour ne pas y aller, mais sa mère avait été intraitable. Aussi, la mort dans l’âme, elle parut en maillot de bain, dans les douches de la piscine. En réalité, elle aimait beaucoup nager, mais cela la dérangeait de montrer son ventre et ses cuisses. Et elle ne fut pas surprise, en entendant les quolibets. D’abord ceux des filles, puis ceux de la classe tout entière. L’enseignant finit par intervenir.

-         Méfiez-vous ! Le prochain qui fait une remarque désobligeante, c’est deux heures de colle !

La menace eut son petit effet. De plus, le professeur de sport eut l’intelligence de ne pas faire comme si Marion était sa chouchoute. De fait, elle était une très bonne nageuse, et il le savait bien. Peut-être même la meilleure nageuse de la classe. Il savait que, dans l’eau, elle damerait le pion à tous. Il laissa faire. Histoire de rabattre le caquet de ses élèves, il ordonna une longueur en papillon, sachant très bien qu’une moitié de la classe ne saurait pas le faire. Marion arriva la première à l’autre bout de la piscine, dans un papillon impeccable. Le professeur la complimenta, mais sans insister. Marion était contente.

-         Merci,  murmura-t-elle.

-         Tu sais, tu as un très joli sourire. C’est dommage qu’on le voie si peu.

Marion baissa la tête. Il comprit qu’il serait judicieux de ne pas en rajouter.

A la sortie de la piscine, les élèves étaient calmes. Ils avaient été forcés de reconnaître que Marion était meilleure nageuse qu’eux. Mais les garçons lui en voulurent, ils étaient très vexés. Ils méditèrent donc une vengeance. « Oui, les thons, ça nage », disaient-ils.

Marion, de son côté, s’attendait bien à des représailles. Elle l’avait dit à sa mère. Elle aurait voulu que celle-ci intervienne.

-         Tu n’as rien dit, quand ils me sont tombés dessus, il y a deux jours.

-         Tes camarades ont été sanctionnés. C’est très bien. Je ne vois pas ce que je peux faire de plus, lui dit sa mère.

-         Si seulement tu décrochais de ton travail !

-         Il faut bien que je travaille, ma puce. Je ne touche pas la paye de ton père, il en fait ce qu’il peut.

A cette évocation, Marion soupira. Son père lui manquait. Celui-ci était souvent parti, car il était capitaine d’un bateau. Il  avait transmis son amour de la mer à sa fille. Tous deux s’entendaient à merveille, s’adoraient. Jamais il ne lui aurait fait du mal. Marion était persuadée que, si son père était resté à terre, il l’aurait soutenue, aidée. Leur maison n’était pas très loin de la mer, et Marion essayait de communiquer avec lui, par le vent, les étoiles, les vagues. Le soir, elle sortait de chez elle, et allait marcher le long de la plage, parlant comme à son père. Il faisait souvent bon, à Bordeaux. Marion aimait cette sortie nocturne. Sa mère la laissait faire. Elle savait que sa fille était raisonnable. Ce soir-là, Marion fit sa promenade, non loin de la mer, à parler aux éléments. Elle avait une voix douce, calme. Elle ne pleurait pas. Elle appelait juste son père. Le bruit des vagues lui répondait. Elle s’assit dans l’herbe pour écouter, se sentait bien. Elle respirait à pleins poumons.

-         Marion.

Elle reconnut la voix de sa mère.

-         Que fais-tu là ?

-         Excuse-moi. Je sais que tu aimes cette virée. Mais je suis inquiète.

-         Mais tout va bien, maman.

-         Non, tout ne va pas bien. Veux-tu que je te change de collège ? Ou que je t’envoie à New York ?

-         Ce sera pareil, maman.

-         En Amérique, il y a plein de gens dans ton cas. Et tu aurais ton père.

-         Pas plus qu’ici. Papa est sur son bateau.

-         Il faut bien que tu ailles à l’école, pourtant. Mais je sens que tu n’y es pas bien.

-         Là ou ailleurs… Souviens-toi, l’année dernière. Lou est arrivée un trimestre après tout le monde. Elle est restée la petite nouvelle à cause de ça. Jamais on n’oubliera mon poids.

-         Il y a des pays où on pense à toutes les morphologies. Tu serais moins habillée comme un sac !

-         Ah bah merci ! sauta Marion.

-         Pardon… Mais…

-         Vas-t’en !

Marion était réellement fâchée, à présent. Elle cria encore :

-         Fiche-moi la paix ! Je ne  veux plus jamais te voir ici avec moi ! Jamais !

Sa mère frémit. Elle était inquiète.

-         Je t’assure que tu es très jolie. Simplement…

-         Tais-toi !

La mère préféra obéir. Elle comprenait qu’elle avait troublé la paix de Marion. Après tout, c’était son petit monde à elle. Elle rentra, le cœur lourd. Ce soir-là, chacune pleura de son côté. Marion lança des imprécations qui se perdirent dans la nature, avant de fondre en larmes. Une fois calmée, elle rentra aussi.

 

Le lendemain, Marion alla au collège la peur au ventre. Elle avait essayé de bien s’habiller, pour ne pas aggraver son cas. Elle avait passé bien dix minutes à chercher une tenue mettable, et avait failli arriver en retard. Comme c’était le printemps, elle avait osé un décolleté. Objectivement, cela lui allait très bien.

-         Ouah ! Marion s’est mise en frais, aujourd’hui ! fit un garçon.

-         On peut y mettre la main ?

Marion n’osa pas s’offusquer, attendant la suite avec anxiété. Elle s’assit à sa place, sortit ses affaires. C’était un cours d’histoire-géographie. Ils étudiaient la Révolution… et certains dirent que la révolution, c’était l’apparence de Marion. Elle se contenta de hausser les épaules.

-         Mais à qui veux-tu plaire ?

-         Personne, souffla-t-elle. Je n’aime personne, puisqu’on ne m’aime pas.

Et en disant cela, Marion sentit poindre les larmes. Mais elle se domina, et bientôt le cours commença. A la fin, le professeur la complimenta sur sa mise. Au cours suivant, le jeune professeur de français en fit autant. Puis ce fut la récréation.

-         La fayotte ! Elle a fait ça pour plaire aux profs !

-         Marion, t’es qu’un thon !

Et, comme elle rougissait :

-         Un thon rouge !

-         Bien gras !

Marion, sentant venir la crise, partit en courant à l’autre bout de la cour, près des toilettes. Elle se recroquevilla dans le coin, essayant de se dominer.

-         Regardez ! C’est une boule !

-         On shoote dans le ballon ?

Et elle reçut un premier coup de pied. Alors elle se redressa, envoya son poing dans la figure de son agresseur. A ce moment-là, elle se prit une claque, et hurla. On voyait l’empreinte de la main. Marion eut un sursaut, et se mit à courir vers les surveillants. Au même moment, une autre classe rentrait d’une activité sportive. Marion ne réfléchit pas. Elle profita de l’occasion, et quitta le collège en courant à toute allure. Jamais elle n’avait couru si vite. C’était vrai, qu’elle pouvait battre un record de vitesse. Ses pas la conduisirent là où elle faisait ses virées nocturnes, face à l’océan. Marion était tout à fait seule, à présent. On n’entendait que le bruit des vagues. Elle s’approcha de l’eau, ferma les yeux.

-         Papa ! Papa ! Protège-moi !

Il lui sembla entendre gronder. Elle se retourna. Personne n’avait réussi à la suivre. Marion regarda de nouveau l’océan, fit trois pas en avant. Puis, comme un automate, elle enleva ses chaussures. Elle fit trois autres pas. Les vagues lui léchèrent les pieds.

-         C’est bon ! Papa ! Papa !

Dans un état second, Marion entra dans l’eau, toute habillée. L’eau était encore glaciale. Elle décida de s’en moquer.

-         Fichez-moi la paix ! Tous !

Et elle avança encore, se mit à nager. Ses vêtements la gênaient. Comme elle s’en débarrassait, elle coula.

Une baleine surgit à la surface. Ou plus exactement un baleineau. De six ou sept  mètres quand même. Marion sauta par-dessus les vagues, testant la force de sa queue. Elle battit les flots, et disparut loin, très loin dans l’océan. A la recherche de son père. Et, par moments, elle chantait, heureuse d’être grosse et belle, dans son élément naturel.

© Claire M. 2013

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04 juillet 2018

récentes productions

ange

fin_de_course

Rushmore_cats

et comme on ne se refait pas, j'y ai inclus un dessin de chats... en espérant quand même renouveler le genre !

Claire M.

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26 juin 2018

famille je vous hai... me

Cœur de mère.

 

C’était un clair matin d’été. Le brouillard se levait peu à peu, laissant l’herbe encore fraîche. J’avais été tiré du lit par le bruit que faisait maman dans la salle de bains. Au même moment, le chat de la maison ronronnait tout près de ma tête. Pour ne pas avoir de réveil trop brutal, j’étais sorti, en pyjama, dans le jardin. L’enfance était passée depuis longtemps, mais j’ai voulu retrouver cette sensation que j’avais à me rouler dans la rosée fraîche. Je me suis allongé dans l’herbe, déboutonnant ma veste de pyjama, et j’ai fermé les yeux. Les senteurs de l’herbe, mes sensations au contact de la nature, me faisait du bien. Et puis…

-         Thoma-as ! Y’a plus d’eau chaude !

Oh non ! J’ai essayé de ne pas rouvrir les yeux.

-         Thomas ! Fais quelque chose, bon sang !

Je me suis levé à regret, en soupirant. Encore une journée au service de ma mère. J’ai maugréé. J’ai trouvé ma mère enveloppée dans mon propre peignoir de bain. J’ai failli voir rouge, me suis repris. Mauvaise façon de commencer la journée. J’ai essayé de dire gentiment que, si elle ne passait pas tant de temps dans la salle de bains, elle aurait davantage d’eau chaude. Quant à mes propres ablutions, je crois que je pouvais aller me  faire voir ailleurs.

-         Arrête tout, maman. Tu vas être obligée d’attendre.

-         Mais j’ai encore du savon sur le corps !

-         Et comment tu faisais, il y a quarante ans ? Je croyais que tu avais été élevée à la dure !

-         Justement, je me rattrape !

Et c’était elle qui voyait rouge !

-         Le ballon d’eau chaude n’est pas assez performant, maman. Et ça, c’est à toi de t’en occuper. Débrouille-toi.

Là-dessus, j’ai quitté la salle de bains. Elle pestait. Je l’entendis terminer à l’eau froide. Je me dis que cela lui ferait les pieds. Maman avait la comprenette difficile. Je suis retourné me coucher.

-         Thomas, et mon petit déjeuner ?

Et ça allait être comme ça toute la journée. Depuis la mort de mon frère, maman passait ses nerfs sur moi. Stéphane me manquait, et mon père était loin. Il la fuyait, et avait pris le prétexte de son travail pour ficher le camp en Suède. Résultat, j’étais seul avec maman. Bien sûr, je pouvais comprendre, mais je me sentais très seul. Stéphane, pourquoi es-tu parti aussi bêtement ? C’est tout juste si maman m’a laissé m’habiller. Toute la matinée à me houspiller. J’aurais voulu accéder au piano, la seule chose qui m’apaisait. A midi, j’ai préparé le repas.

 Depuis la mort de mon frère, je fumais de plus en plus. Il m’a fallu plusieurs cigarettes, après le repas, avant de décider de déguerpir. J’ai pris la voiture et suis allé me promener en forêt. Là, je n’entendais plus que la nature. Maman était à la maison et j’avais éteint mon téléphone portable. Enfin tranquille ! Plus besoin de cigarette. Je me suis assis dans les fougères, et suis resté là un moment, à observer les mouvements de la forêt, écouter les oiseaux, caresser les arbres. C’était bon. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là. Finalement je me suis levé, et suis allé récupérer la voiture pour rentrer. Je me sentais mieux.

Une fois à la maison, j’ai trouvé porte close. Maman m’avait pourtant dit qu’elle resterait là toute la journée. Par chance, la fenêtre de ma chambre était restée ouverte. Je suis entré comme un voleur, et ai retrouvé mes clefs, à leur place. Mais où était passée maman ? Je l’ai cherchée, appelée. J’ai rouvert la porte, cherché un message. Rien. Alors j’ai paniqué. Si papa apprenait ça ! J’avais vraiment la trouille. Je suis ressorti en fermant bien tout derrière moi. Et si un voleur l’avait fait ?

Notre jardin n’était pas très loin de la rivière, alors je suis allé la longer, appelant maman, encore et encore, espérant qu’elle était simplement sortie pour se changer les idées. La promenade était agréable. Mais pas de réponse. Enfin, après avoir marché un moment, je me suis retrouvé au pied d’une colline escarpée. Que faire ?

-         Maman ? Maman !

Toujours rien. Alors j’ai commencé à gravir la colline. J’allais rarement par là, et de moins en moins depuis la mort de Stéphane. Il aimait beaucoup cet endroit, s’y réfugiait souvent, dans un arbre. Il pouvait rester longtemps à scruter l’horizon. En y repensant, malgré les larmes qui pointaient, j’ai eu l’idée de faire comme lui. J’ai avisé un marronnier, et suis grimpé sur sa maîtresse branche. En levant les bras, je l’atteignais, et comme je suis déjà de grande taille, cela voulait dire que je pourrais voir loin. Malgré les larmes. Stéphane ! J’ai essuyé mon visage du revers de ma manche. J’ai regardé partout. Et puis un écureuil s’est approché de moi.

-         Pi pi pi ! a-t-il fait.

Le sourire m’est revenu.

-         Pi pi ! ai-je dit. Pi pi pi ?

Je disais n’importe quoi. L’écureuil a sauté sur mon épaule. Je n’ai pas été surpris. Les animaux m’apprécient, je ne sais pas pourquoi. L’écureuil a pointé une patte en direction du sud, et j’ai voulu lui faire confiance. Je l’ai caressé, et il est parti. Je suis descendu du marronnier et ai filé vers le sud. Le soleil était chaud. Cela m’éloignait de la rivière, et me rapprochait du sommet de la colline. J’étais crevé en arrivant en haut, alors je me suis assis par terre. Je me suis repris au bout de quelques minutes, puis me remis debout. Le sud. C’est là, un peu plus loin, que j’ai vu une petite baraque. Elle ne payait pas de mine, et j’ai frappé.

-         Maman ?

Toujours rien. Alors j’ai appuyé sur la clenche. La porte s’est ouverte. Ça sentait mauvais et il faisait sombre, les fenêtres étaient minuscules. Dans l’obscurité, un bras m’a attrapé, et j’ai entendu un rire sardonique. Une voix a dit « prisonnier ! ». Je me suis débattu, ai reculé vers la porte toujours ouverte. La créature et moi nous sommes retrouvés au grand air. C’est alors que je l’ai vue : la créature était hirsute, les yeux globuleux, deux paires de bras dont une qui me serrait par la taille.

-         Manger ! Faim !

J’ai hurlé, ai attrapé l’autre paire de bras et ai fait rentrer le monstre dans la petite maison. Contrairement à ce dernier, je voyais où j’allais. J’avais eu le temps d’apercevoir une table dans une petite cuisine. Je me suis rué là et ai libéré un bras. Je lui ai envoyé un bon direct du gauche en pleine trogne, et ai pu me dégager, en faisant vite. En cherchant un couteau pour me défendre, j’ai buté sur quelque chose.

-         Thomas…

La voix était très faible. Elle a répété mon prénom, puis :

-         Mon fils… Stéphane…

J’essayais de garder la tête froide. Le monstre se relevait. Je lui ai flanqué un coup de pied dans le ventre pour me défendre, et gagner du temps. Il s’est de nouveau étalé. J’ai enfin trouvé quelque chose qui puisse me servir d’arme. J’ai saisi le couteau par le manche, et, très vite, l’ai planté à la hauteur supposée du cœur. Et là… j’ai hurlé. Il n’y a pas eu une goutte de sang.

-         Mon chéri ! Mon chéri ! Oh, Thomas !

C’était maman. Elle est sortie de la baraque en titubant. Elle était en larmes, et moi aussi. Nous sommes rentrés en nous soutenant l’un l’autre.

-         N’aie pas peur, me disait-elle. Je ne suis plus la même depuis… depuis…

-         Je sais. Je te pardonne.

Elle me serrait dans ses bras. Comme le monstre. Mais l’étreinte était moins brutale.

-         Merci, m’a-t-elle encore dit. Tu t’inquiètes pour moi. Ton père…

-         Lui aussi, maman. Tu ne vas pas bien.

-         Non, a-t-elle reconnu. Je voudrais tellement… que tout soit comme avant.

-         Moi aussi. Mais ce n’est pas possible.

Elle a fondu de nouveau en larmes. Nous sommes rentrés, toujours enlacés. Je l’ai mise au lit et lui ai préparé un thé. Dans la soirée, j’ai appelé mon père, et nous avons parlé longtemps. Il est rentré par le premier avion. Ça ne nous a pas rendu Stéphane, mais nous retrouver tous les trois m’a rassuré.

Maman prend des antidépresseurs depuis cette époque. Et le monstre n’est jamais réapparu.

 

© Claire M.

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20 juin 2018

"anciens" dessins

attrape_lecture

conf_rence

conf_rencier

et un petit jeu :

 

question

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15 juin 2018

boîte à mots, suite

Et voici un de mes anciens textes écrit à partir d' une de ces boîtes dont je vous parlais hier... Bonne lecture !

 

Au pied de l’arc-en-ciel.

 

Dans le ciel irlandais, trouant les gouttes de pluie, un arc-en-ciel scintillait de toutes ses couleurs. A son pied, en pleine campagne, se trouvaient deux gnomes, qui papotaient tout en creusant le sol avec de petites pelles adaptées à leur morphologie.

-          Tu crois que les humains vont nous trouver ? demandait l’un à l’autre, la bedaine perçant la chemise verte, sale, pantalon retroussé.

L’autre, plus mince, un tantinet plus âgé, fit d’un air sentencieux :

-          Je n’y crois pas.

Et, après un temps, il ajouta :

-          Ils doivent chevaucher les gouttes de pluie, et déjà nous, nous avons du mal. Regarde Lepraca, le tour de rein qu’il vient de se faire !

Le premier gnome en rit. Mais il fit remarquer :

-          Les enfants des humains sont plus futés, il me semble…

-          Si un humain nous trouve avec le trésor, ce sera un exploit ! On ferait mieux de creuser plus profond, et de se dépêcher !

L’autre opina du bonnet.

-          Tu as raison.

Et les deux gnomes piochèrent avec davantage d’ardeur dans la terre meuble, inondée de pluie. Cependant, peu à peu, l’arc-en-ciel s’effaçait. Heureusement, les deux gnomes allaient bon train dans leur tâche, et travaillaient surtout à aller le plus profondément possible. Le trou faisait désormais presque leur taille. C’est alors que leurs pelles heurtèrent quelque chose. L’un des deux gnomes, le plus mince, réussit à attraper l’objet dans sa pelle, en insistant. Il le remonta, et tous deux découvrirent une icône.

-          Que fiche la Vierge ici ? grommela le gnome bedonnant.

-          Mystère et boule de gomme, fit l’autre.

-          Elle est belle. Regarde ses jolies couleurs ! Elle est bien conservée.

-          Tu sais que notre chef a pris la Vierge en grippe ! Bazarde-la !

Le premier se récria.

-          Mais ce serait dommage ! Non, je la mets dans ma poche !

Et il fourra l’icône dans une petite poche de son pantalon. Son comparse décida alors :

-          Bon, on met le trésor à la place. Ça date peut-être de Saint Brendan ou de Saint Patrick…. Si on continue à creuser, on va finir par retrouver des os de dinosaures…

Alors les deux gnomes saisirent un petit coffre ouvragé, rempli d’or à ras bords. Ils le mirent avec moult précautions dans le trou, puis se mirent en devoir de recouvrir le trésor de terre.

De la petite poche du gnome qui contenait l’icône, tomba tout à coup un papier. L’autre le vit, alors que le papier allait s’envoler. Il l’attrapa et le rendit à son compère.

-          Tiens, espèce de scribouillard ! Fais donc attention, si tes poches sont pleines !

Confus, l’autre gnome en lâcha sa pelle, qui lui tomba sur le pied. Il hurla.

-          Nom de nom, Poumpf ! Tu ne fais que des bêtises ! Range tes poches !

Poumpf s’était assis, et se tenait le pied droit à deux mains.

-          Je crois que je deviens vieux… gémit-il. Je dois être dépassé par la limite d’âge !

-          Ne dis pas de sottises !

L’autre s’était arrêté dans sa tâche, et aida Poumpf à enlever sa chaussure.

Cependant, un gamin était arrivé. Il avait cherché le pied de l’arc-en-ciel, puis avait entendu l’échange et avait pu localiser les gnomes et donc le trésor. Discrètement, il prit le petit coffre sans prendre garde à ses propriétaires, trop occupés à soigner le pied de Poumpf. Aussi, tout d’un coup, les deux gnomes se trouvèrent bien marris…

-          Qui est l’imbécile qui a dit que ce serait  un exploit de nous le piquer ?

-          Ah, ce n’est pas moi ! se récria aussitôt Poumpf, et l’autre fit la grimace.

Alors ils préférèrent disparaître dans la nature, d’autant qu’ils avaient un autre trésor à amasser, car telle est la destinée des gnomes…

 

© Claire M.

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14 juin 2018

Petit jeu

Et si on écrivait?  Vous,  moi, tous ceux qui en auront envie. .. A cette fin, je voudrais vous parler d'un jeu qu' on peut utiliser seul ou à plusieurs.  Il s'agit de "la boîte à mots ", qui est inspirée par le surréalisme,  l'OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle ).

Vous prenez une boîte,  et de quoi écrire.  Faites des petits papiers, sur lesquels chacun écrira un mot, quel qu' il soit. Faites plusieurs tournées.  Plus un mot est rare, plus le jeu est amusant,  mais ce n'est pas obligatoire.  Ce qui vous passe par la tête.  Pliez vos petits papiers,  et mettez-les dans la boîte.  Si vous jouez seul, vous pouvez choisir le nombre que vous voulez de mots, 3, 5, 10... puis composer une histoire avec. Pour corser le jeu, voici ma méthode personnelle : prenez un petit pâpier et redigez un premier paragraphe. Après seulement, choisissez un deuxième mot, prolongez votre histoire;  faites-en autant avec le troisième mot, et ainsi de suite. Plus tard, si le cœur vous en dit, ameliorez l'histoire que vous avez écrite.  Ou le dialogue, le poème...

Si vous jouez à plusieurs,  le premier joueur tire un mot, toujours au hasard,  et commence une histoire. Le deuxième tire le deuxième mot, et continue l'histoire,  puis le troisième, etc. Si vous le souhaitez, vous pouvez écrire l'histoire ainsi produite. C'est le même principe. 

Je vous ai déjà parlé de Raymond Queneau.  C'est lui qui a créé l'Oulipo. Lisez ses romans, qui vous donneront des idées sur ce que l'on peut  faire avec le langage. Soyez curieux ! Le roman que j'ai préféré était Les fleurs bleues. Vous pouvez le trouver en poche .

Amusez-vous bien, et à bientôt! 

Claire M.

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10 juin 2018

ménagerie

cygne

fen_tre

potager

par "le vilain petit canard"...

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05 juin 2018

under the moonspell

Sortilèges.

 

Une lumière, au bout de la terre. Un phare vient de s’allumer. Il y a là une jeune femme, écoutant une musique qui semble venir de nulle part. De son cœur ? Elle s’imprègne de l’ambiance, à la tombée de la nuit. Le vent se lève. Comme envoutée, ellesort du phare. La musique, forte, parvient toujours à ses oreilles, enveloppe les ténèbres. Portée par le vent, la jeune femme se laisse aller, respire la nuit.

Tout à coup apparaissent quatre cavaliers, passant à vive allure. Ils sont tout de noir vêtus. Ils galopent dans un murmure, devant la jeune femme, qui est surprise de leur arrivée. Elle demande :

-          Qui êtes-vous ? Où allez-vous ?

Les cavaliers ne répondent pas, ralentissent à peine. Elle insiste :

-          Vers quel pays allez-vous ?

Voyant qu’ils s’occupent si peu d’elle, la jeune femme se lance à leur poursuite, à pied. Elle voudrait savoir. Dans un murmure, elle croit reconnaître du portugais. En avant pour le Portugal, se dit-elle, et elle court derrière eux. Toute à ses questions, elle se demande si elle n’a pas été ensorcelée par ces mystérieux cavaliers sortis du néant. Elle appelle encore.

-          Mais qui êtes-vous ?

Celui qui chevauche le plus en arrière lance :

-          Nous sommes la brume ! La brume de la terre, de la mer, du monde !

Etonnée, la jeune femme marque un arrêt. Elle regarde, derrière elle, le phare. Il semble que sa lumière n’en est ni plus près, ni plus loin que quand elle en est sortie. La surprise de la jeune femme grandit, les cavaliers s’arrêtent. La grande robe blanche, les longs cheveux de la jeune femme flottent au vent. Est-elle la brume ? Est-ce cela l’envoutement ?  Elle saute sur le dos du cheval le plus proche d’elle. Mais elle glisse et tombe. Le cavalier l’attrape par le bras.

-          Eh bien venez, puisqu’apparemment vous voulez être des nôtres…

Elle s’installe en croupe, et a aussitôt la sensation qu’elle est elle-même devenue une brume. Et la course folle reprend. La jeune femme, collée au dos du cavalier, est assaillie par l’odeur de l’homme, du cheval. Elle n’en a pas l’habitude, et n’ose plus rien dire. Elle observe le paysage. La nuit est complètement tombée à  présent. Alors la jeune femme a un peu peur. Elle finit par demander :

-          Ô cavaliers, où m’emmenez-vous ?

Mais ils ne répondent pas. Quant à elle, sa peur grandit, car elle a la sensation d’être victime de son propre sortilège. Elle voudrait revenir en arrière, mais les chevaux vont si vite, ils semblent avoir des ailes. Et toujours, la lumière du phare paraît n’avoir pas bougé. Les chevaux sont pourtant au galop. Alors la jeune femme lance un cri, espérant une aide quelconque. La lune apparaît alors derrière les arbres. A cet instant précis, la jeune femme glisse du cheval, tombe dans la boue. Mais sa robe colle, la gêne dans ses mouvements. Et en plus, les cavaliers rebroussent chemin, pour aller voir ce qu’il se passe. A la lueur de la lune, la jeune femme aperçoit enfin leurs visages : ce sont des hommes jeunes, bruns, le regard assez doux. Ils lui parlent dans leur langue.

-          Bienvenue dans les sortilèges de la nuit !

La lune, sous la forme d’Hécate, glisse dans le ciel, se faufile entre les arbres, s’approchant du petit groupe.

-          Tu n’es pas comme les autres, dit-elle à la jeune femme, et un rai de lumière se fait autour de cette dernière.

Elle est alors couverte de boue, et complètement échevelée. Et elle se sent alors soulevée. Ce sont les bras d’Hécate, de la Lune. Les cavaliers les regardent, s’exclament. Mais la lune entraîne la jeune femme dans les arbres, dans le ciel. Elles baignent dans la lumière. La jeune femme entend les quatre cavaliers l’appeler. Mais Hécate lui fait un froid baiser, l’étend confortablement dans ses bras. Elle emmène sa protégée à un étang, où celle-ci peut plonger dans le reflet de la lune, lui permettant ainsi de se débarrasser de cette boue dont elle est recouverte. Ses yeux se mettent à briller. C’est alors comme si les arbres s’écartaient.

-          Mademoiselle !

Elle sort de l’étang, se redresse. Sa robe, dans le mouvement, dévoile une jolie poitrine ferme. Mais Hécate est toujours là, et la novice se réfugie dans ses bras.

-          Mademoiselle !

-          Hécate, emmène-moi ! Lune ! Lune !

L’un des cavaliers s’approche.

-          Mon aimée ! Je suis le feu !

-          Non !

Hécate intervient, le repousse. La jeune femme regarde le cavalier, croit le reconnaître. Elle veut s’en aller, retourner au phare. Le cavalier insiste, veut éloigner Hécate, mais celle-ci résiste. La jeune novice cherche à se réfugier derrière elle, mais le cavalier s’avance, bousculant son adversaire, et dépose un baiser brûlant sur son front. La jeune femme hurle. Le baiser brûle tant, qu’elle tombe à terre. Tout s’arrête.

La lune caresse la jeune novice.

-          Reviens, reviens sur terre petite sœur.

Cette voix douce berce la jeune femme, et le reflet de la lune dans l’étang la rassure. Elle ferme les yeux. Le baiser du cavalier brûle toujours, mais les quatre éléments sont partis. Il ne reste que la jeune novice, qui s’endort.

Elle se réveille au pied du phare. Comme le jour s’est levé, celui-ci est éteint. C’est le bruit des vagues, qui l’a réveillée. Au loin, elle reconnaît la silhouette du gardien du phare, qui la regarde. Et elle respire. Sourit. Elle court plonger dans la mer, pour se défaire tout à fait de l’enchantement qu’elle avait voulu provoquer.

-          Suis-je encore mortelle ? se demande-t-elle. Ou dois-je laisser tomber la magie ? Je me souviens de l’ambiance !

Mais elle avait eu peur. Dans les vagues, elle se sent mieux. Elle surgit face au phare.

-          Ou suis-je moi-même un sortilège ? Pourtant, le soleil brille et je suis toujours là…

© Claire M.

Posté par Claire Monelle à 17:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]