l'imagination au pouvoir

14 janvier 2019

les aventures de Sylvestre à la fac

Les avatars de Sylvestre

 

Il n’y avait pas que mes humeurs lycéennes ; au fil du temps, j’ai écrit de plus en plus, et surtout de plus en plus pour moi. Une fois arrivée à la fac, seule dans un grand amphi ou même dans une petite salle de cours, j’ai continué à écrire, mais pour moi cette fois-ci, et non plus pour correspondre avec Caliméro. Ne serait-ce que pour me défouler, ou pour parler des sorties d’albums d’un mouvement découvert au lycée (Georges, tu as ma reconnaissance éternelle !) : le hard rock, devenu ensuite heavy metal puis raccourci en metal. Mon enthousiasme pour cette musique ne faiblit d’ailleurs toujours pas. Le metal, depuis le lycée, est devenu mon monde. Et un beau jour, je me suis lancée, et ai commencé un délire sur une jungle de métalleux. Il y a eu une suite : en tout, 23 aventures de Sylvestre composées chacune d’une trentaine d’épisodes et donc de feuilles. J’ai écrit le premier épisode puis, comme je m’éclatais avec ces aventures, je m’y suis mise plus sérieusement, et ai écrit les 22 autres à la maison. Mais alors, qu’écrire en cours ?

Une fois à Lille 3, l’illumination m’est venue, et j’ai initié un nouveau délire, assumé comme tel : mon émission de radio, « Sylvestre puissance 10 », diffusant principalement du… metal. Mes héros musicaux me rendaient visite, et j’ai imaginé pléthore de gags. En réalité, j’ai fini par me rendre compte que je faisais cela pour ne pas pleurer, et compenser mon quotidien, ma solitude. « Ecriture consolation ». Là au moins, je ne manquais pas d’amis, y trouvait même l’amour – source de nouveaux gags. L’affaire a évolué avec le temps, et est finalement devenue un couple sur écoute, par la sympathique équipe de… Radio Londres, « la radio des grands événements », sur laquelle je diffusais. Tout cela, au début, je l’appelais DGV : Délire Grande Vitesse. Caliméro était-elle dupe ? En tout cas, cela la faisait rire. Pour elle, je recopiais les meilleures vannes, et cela constituait un « nourjal », Le petit nourjal. J’écrivais un court édito, puis c’était parti. J’inventais aussi de petits jeux, et une histoire rien qu’en dialogues, toujours sans aller à la ligne.

En effet, par discrétion, en cours j’utilisais des feuilles format A4, pliées en quatre. Dans ces conditions, aller à la ligne m’aurait fait perdre  de la place. Je reste persuadée que c’est pour cela que l’on apprécie autant mes dialogues : ça me semble effectivement une bonne école. Ne pas aller à la ligne implique de caractériser les personnages autrement : par la langue (je l’écrivais aussi en anglais, mais pas seulement), la façon de parler, l’utilisation des adjectifs, les interpellations…

Tout cela mis à part, rassurez-vous : même si je me suis plantée en Lettres classiques, j’ai obtenu haut la main ma maîtrise en Lettres modernes, puis une seconde maîtrise. Et mon plantage en Lettres classiques s’explique davantage par un  niveau complètement différent selon les universités, surtout en grec, dont j’ai fait les frais. Je reconnais tout de même m’être rendue compte que je ne faisais plus d’étincelles en latin, une fois à l’université. J’estime cependant qu’au lieu de leur accorder l’autonomie, on ferait mieux d’harmoniser le niveau entre toutes les facs de France et de Navarre…

Claire M.

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11 janvier 2019

vicissitudes...

drapeau_blanc

faillite

l_auteur_a_disparu

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07 janvier 2019

quelques frissons ?

Ad mortem aeternam

 

Je suis passé par la fenêtre et l’ai vue dormir. Elle était engoncée sous sa couette, on ne voyait que la tête, pas même son cou. Son lit devait être bien douillet… Je me suis matérialisé auprès d’elle, ai renforcé son sommeil. Puis j’ai opéré. J’ai baissé la couette de façon à dévoiler le cou et ainsi à l’atteindre. Elle dormait toute nue.  Ça m’a troublé, alors je n’ai pas descendu tout à fait la couette. Avec cette fenêtre à moitié ouverte, elle aurait pu prendre froid. Malgré mon trouble, j’ai fait comme à mon habitude. Je l’ai légèrement tournée sur le côté, et son  cou s’est offert à moi. Je n’ai plus hésité, et j’ai bu. Absolument délicieux. Une vivante bien nourrie, jeune… Je reviendrai. J’ai remonté la couette, et suis parti à tire d’aile, par la fenêtre.

Je suis effectivement revenu, dès la nuit suivante. Mais elle ne dormait pas, elle lisait. Il devait être un peu plus de minuit. Alors, de la fenêtre, discrètement, je l’ai observée. Elle avait de beaux cheveux noir corbeau, un port de reine. Cette fois, elle portait une chemise de nuit. La jeune femme était fine, avait de jolies épaules. Je me suis senti tout chose. Je ne ressentais pas vraiment la faim. Elle était bonne et je voulais y revenir. De plus, peu de gens dorment la fenêtre ouverte, par ici. Comment entrer dans les maisons, autrement ? Les cheminées étaient passées de mode. Donc, j’ai attendu mon heure. Je considérais cette fille comme une aubaine, mais…  Enfin, comme elle baillait, elle posa son livre pour dormir. Enleva sa chemise de nuit, et  éteignit la lumière. J’ai attendu encore un peu, puis me suis approché, un œil sur la fenêtre toujours entrouverte. J’ai pénétré dans la chambre, et, silencieusement, je lui ai envoyé le sommeil. J’ai alors baissé la couette. Les deux trous rouges de la veille apparurent. Je l’ai de nouveau bue, mais il y avait un goût… Plus ça allait, moins c’était bon. Finalement, j’ai sauté.

-          Pouah !

-          Nom d’un pétard ! Il me semblait bien !

Horreur ! Ça l’avait réveillée ! J’ai voulu me dissoudre, n’y suis pas parvenu.

-          Alors c’est ça que cela vous fait… fit la jeune femme avec un demi-sourire.

Je  voulus me gargariser, émis un borborygme, puis me mis à tousser.

-          Oh nom de Dieu ! fis-je. Qu’est-ce que c’est que cette saleté ?

-          C’est de l’excellente cuisine méditerranéenne, à l’aïl.

L’aïl ! Je compris d’un coup. C’était plus subtil que le pieu dans le cœur. Ma gorge me faisait mal. Je toussai encore. Comment me sortir de là ?

-          Vous… vous ne me verrez plus, voulus-je promettre.

-          Oh, ce n’est pas le problème… Moi, je vous trouve bel homme.

-          Je ne suis pas un homme.

-          Vous ne me ferez pas croire que vous n’avez rien entre les jambes.

Je me sentais de plus en plus gêné, la gorge en feu. Bon sang, que faire ? Je tâchai de me reprendre. Courus enfin à la fenêtre, et vomis tripes et boyaux. La jeune femme jubilait.

-          Ça va mieux ?

-          Je… Non !

Et je vomis encore. La tête m’en tourna.

-          Vous m’avez mordue. Vais-je devenir comme vous ?

J’étais toujours plus gêné. Très embêté. Je devais être encore trop jeune, pour le moment.

-          Je crois, répondis-je. En fait, à la troisième morsure, si je ne me trompe.

-          Vous avez l’air si jeune…

Je dus admettre la vérité.

-          Je suis dans le métier depuis peu de temps. Il faut bien que je me sustente.  Et que je fasse de nouveaux disciples.

-          Bon, eh bien j’en suis. Dans le fond ça m’arrange. Ma mort sera peut-être plus excitante que ma vie.

Quoi ? Je n’y comprenais rien. Cette fille était d’une beauté à damner un saint, et elle mangeait de l’aïl et s’offrait presque à moi.

-          Que voulez-vous dire par là ?

-          Je vis dans ma cuisine et dans les livres. Je vois peu de monde, j’ai juste un marmiton avec moi dans la cuisine. Je peux à peine bavarder avec les clients de mon restaurant. Ça n’arrête pas. Et je n’ai pas d’homme dans ma vie. Je n’en ai jamais vraiment eu d’ailleurs. Je n’ai qu’un chat chapardeur. Cela dit, il est adorable.

-          Vous tenez le restaurant avec votre marmiton ? fis-je alors sur le ton de la conversation.

-          Non, avec mon frère. Il est à la caisse et au service, et une serveuse l’aide. Je vous plais ?

Rien à faire. J’étais décidément sur des charbons ardents. J’espérais que quelqu’un vienne me tirer de ce mauvais pas. En moi, j’implorai toute la confrérie de mes semblables. Ma gorge allait un peu mieux, mais la situation me gênait horriblement. La jeune femme et moi nous regardions. Elle attendait une réponse. Et j’avais peur de lui répondre par l’affirmative. La fenêtre était toute proche. Je fis un geste pour sortir.

-          Répondez-moi, ou je ferme la fenêtre !

-          Je crois qu’il faut que je vous morde une troisième fois, pour que vous soyez comme moi.  Mais vous me rendez malade.

-          Je vous ai demandé si je vous plaisais.

-          Oui, soufflais-je.

A ce moment précis, le vent ouvrit grand la fenêtre.

-          Ladislas !

Je respirai mieux. Le grand manitou avait exaucé ma prière ! Il endormit la jeune femme, dont les yeux s’étaient écarquillés en le voyant.

-          Merci, ô grand Vladimir !

Je tombai à genoux.

-          Relève-toi, Ladislas. Explique-moi ce qu’il se passe.

Je le fis. Vladimir regardait la cuisinière.

-          Celle-là a plus d’un tour dans son sac… dit-il enfin. Est-ce qu’elle te plaît ?

-          Malheureusement, fis-je tout piteux.

-          D’accord. Je vais la mordre, mais elle sera à toi. Par contre, tu dois apprendre à  gérer tes frustrations.

-          Oui, ô grand Vladimir.

-          Va-t-en et laisse-moi faire.

Je ne sais pas bien comment notre grand Vladimir s’y prit, mais trois nuits plus tard, la jolie cuisinière était à moi. Depuis, nous avons appris beaucoup de choses tous les deux, y compris l’amour. Je la trouvais si belle ! Et elle le resta. Moi aussi je restai jeune et beau. En nous débrouillant bien, l’éternité sera pour nous. A vrai dire, les événements ont prouvé qu’elle était plus maligne que moi. D’ailleurs, elle n’a jamais besoin de notre grand manitou. C’est moi qui me ferai pincer, si cela arrive, et pas elle… Au fait, dois-je encore me méfier d’elle ? Je ne sais plus, je suis si heureux dans ses bras !

 Claire M., 2014

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02 janvier 2019

voeux 2019

Vœux de Nouvel ange.

 

Il était une fois une petite fille, qui priait tous les soirs pour la guérison de sa maman, et qui était le bonheur de ses parents. Mais elle se désolait de ne pas avoir d’influence sur le monde, elle était encore petite, même pas dix ans ! Pourtant, son père l’appelait sa « petite princesse », et elle aurait tellement voulu en être une, quelqu’un à qui l’on obéirait.

Un soir, très tard, qu’elle parlait à sa peluche, dans son lit, elle eut une visite inattendue : une plume blanche tomba près d’elle. Bien entendu, elle ne comprit pas d’où cela sortait. Sa peluche était bien en peine de lui répondre, malgré ses questions. Au bout d’un moment, elle entendit une voix, au fond d’elle, qui demandait : « Que désires-tu plus que tout au monde ? » La petite sursauta.

-          Euh… eh bien…

-          Vas-y, parle-moi.

La voix était douce, enveloppante. Coralie, la petite fille, se sentit en sécurité, et répondit aussitôt :

-          Ma maman est très malade. Je voudrais qu’elle guérisse.

-          Qu’a-t-elle ?

-          Je ne sais pas. Ça ne se voit pas. C’est une maladie de la tête.

-          Une maladie mentale ?

-          Oui, je crois que c’est ça.

-          Pourtant, Coralie, je sais que tu désires aussi que le monde autour de toi ne soit pas si cruel envers les petits, les faibles.

-          C’est vrai. Mais pour aider, il faut que je sois forte. Pour cela, il faut que ma maman vienne vers moi. J’ai tant besoin de câlins ! J’ai besoin de câlins pour grandir. Ma maman est trop souvent à l’hôpital. Elle fait des bêtises, et je ne sais même pas pourquoi ni ce que mon papa veut dire par là.

-          Je comprends. Que veux-tu faire, plus tard ?

-          Je voudrais… sauver des vies. Etre docteur.

-          C’est une belle idée. J’écoute tes vœux.

-          Oh, merci. Je voudrais voir plus souvent maman en forme, comme quand elle danse, comme quand elle rit avec moi. Et je voudrais aussi, euh…

Coralie cherchait comment formuler sa requête.

-          Je t’écoute.

-          Je voudrais que la vie soit plus belle sur la Terre. Qu’on n’ait plus de problèmes de santé, plus de violence dans le monde…

-          Tu as trouvé l’amour dans ton cœur, Coralie. C’est cela, qu’il faut souhaiter : l’amour. Il guérit tout. Je vais voir ce que je peux faire pour cette année, mais je n’ai que vingt-quatre heures pour cela.

-          Pas plus ?

-          Après, ce sera le 2 janvier…

-          Alors dépêches-toi ! Je veux être heureuse dans ma vie, avec mes parents, mon chat, Oscar aussi…

-          Qui est Oscar ?

-          Cet ours en peluche. Et il faut aussi que je sois bonne à l’école.

-          Je te promets de voir ce que je peux faire.

Le lendemain, quand Coralie se réveilla, elle courut au lit de ses parents. Sa mère eut un grand sourire, en la voyant arriver avec Oscar sous le bras.

-          Bonne année, ma petite fille ! J’ai fait un très beau rêve, cette nuit. Tu étais médecin, et tu me guérissais…

Coralie couvrit sa maman de baisers. Quand elle retourna dans sa chambre, elle chercha la plume de l’ange qui était tombée, la trouva, et chuchota : « Merci… »

 

© Claire M., 2018

 

et meilleurs voeux à tous, pour une belle année 2019 pleine de joies, d'écriitures et de découvertes !

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22 décembre 2018

fêtes de Noel

Noel_2018

De joyeuses fêtes à tous, et comme vous voyez, pas trop d'excès de table pour passer par la cheminée  pour vos enfants !oco

Claire M, qui a déjà mangé trop de chocolats...

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16 décembre 2018

c'est de saison...

hiver

pause_biblioth_caire

tour_de_jeune

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12 décembre 2018

6° épisode aventures de Sylvestre

6° épisode.

La machine infernale.

 

Comme indiqué dans un précédent épisode, Caliméro et moi nous écrivions avec des Reynolds, du papier à lettres A5 ou, en cours, des… post-it. Par discrétion. La dimension rectangulaire nous convenait bien, et nous pouvions ainsi « bavarder » en toute impunité. Ainsi, en effet, nous limitions les échanges oraux, et donc le danger de se faire choper en flagrant délit de bavardage réel. En revanche, cela empêchait plus difficilement les fous rires ! En effet, certaines « répliques » valaient leur pesant de cacahuètes ! Autant de la part de Caliméro, que de la mienne…

Et tout comme nos lettres, nous gardions tout cela. Ce qui nous obligeait à noter la date sur nos post-it. Cela collait suffisamment pour que nous puissions les manipuler encore et encore. De temps en temps, nous les relisions, même sur le chemin de l’arrêt de bus de Caliméro, non loin de chez moi. Un jour que nous les relisions, elle a levé le nez, s’est exclamée « mon bus ! » car il arrivait à l’arrêt, alors elle m’a balancé nos post-it et est partie en courant. En en reparlant le lendemain, le fou rire, des deux côtés ! J’avais cru voir passer un ‘ros minet… Alors les post-it avaient intérêt à être de qualité…

Au passage, nous avons ainsi inventé une machine : celle à remonter le temps. Post-it ou lettres, surtout pour les lettres à vrai dire. Amis lecteurs, voici donc la Xième invention du XX° siècle : la machine à remonter le temps de Sylvestre et Caliméro. Sans y penser… Il suffit d’être des lycéens assez cinglés, et inspirés, pour s’écrire tous les jours, et d’être, au hasard, fille de conservateurs de bibliothèque…

 Claire M.

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09 décembre 2018

Influenceuse

J'ai rencontré, outre Caliméro, des personnes très stimulantes dans ma vie, et qui m'ont beaucoup aidée, à leur manière.

En l'an 2000, j'ai commencé à travailler, et mon grand-père, qui ne voulait pas donner de cours particuliers, m'a envoyé en plus ma première élève d'italien. C'était une dame de son âge à lui, adorable. Nous nous sommes très vite entendues, et quand j'ai eu un grave accident, elle a continué à venir me voir, mais à l'hôpital. Or, Mme F. avait fréquenté, dans sa jeunesse, des Queneau, Mac Orlan... Aussi, sachant que j'aimais écrire, un jour elle m'a lancé "Il était une fois une reine au pied cassé..." C'était précisément ce qui m'était arrivé, et comme j'avais du temps, eh bien, j'ai écrit ce conte. Le temps que j'ai passé à l'hôpital m'a permis aussi d'écrire d'autres choses, malheureusement perdues. A quoi tient l'écriture... Les blessures, physiques ou mentales, peuvent clairement être des déclencheurs. Chacun peut en tirer parti. A présent, je le fais de moi-même. En tout cas, l'influence de Mme F. a été plus que bénéfique, pour moi. C'était une dame très ouverte, avec beaucoup d'humour. Le genre de personne qui fait du bien ! Je pense encore souvent à elle, me demandant ce qu'elle aurait pensé de tel ou tel de mes textes.

A présent, à qui les montrer? Mes proches aussi prennent de l'âge... Tenir un blog est une façon de partager, ou encore des sites comme Rêve de Lignes. Le Net est-il l'avenir des auteurs ? Pourtant, Dieu sait si j'aime le papier ! Laisser courir un stylo sur cette surface me grise. J'ai toujours quelque chose en tête, m'ennuie rarement avec mon chat, mes livres, mes écritures. Cela me boufferait même, je l'avoue dans ces lignes. A chacun sa façon de communiquer... Mais quel plaisir d'imaginer, pouvoir donner son avis sur tout... en français ou en italien. Quelquefois dans d'autres langues. L'écriture m'aide pour beaucoup de choses ; et vous ?

Claire M.

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05 décembre 2018

un petit conte...

La reine au pied cassé.

 

            « Il était une fois une reine au pied cassé. » Elle régentait un petit royaume en attendant la majorité de son neveu. Elle était aimée de tout son peuple, qui ne lui reprochait qu’une chose : ne pas être mariée. Pourtant la reine, assez jeune, avait un physique agréable, mais elle boîtait à cause de son pied disgracieux. Pendant longtemps elle s’était déplacée avec une canne, mais personne ne voulait d’une reine avec une canne. Elle avait donc fini par s’en passer en prenant de l’âge, ce qui accentuait son handicap. Son neveu ne cessait de s’en moquer, mais la reine avait pris l’habitude de ne plus l’entendre. Seule sa sœur aurait su le sermonner, mais celle-ci était toujours en voyage.

 

            Enfin le jeune roi eut dix-huit ans. Pour cela, la reine organisa une grande fête. Elle espérait aussi rencontrer quelque prince à épouser. Elle revêtit donc ses plus beaux atours et arrangea sa coiffure comme elle savait si bien le faire. Quand elle parut au balcon, ce ne fut qu’acclamations. Mais au même moment, sa sœur rentrait opportunément de voyage. Elle était plus jeune que la reine et parut, toute fraîche, en tenue de voyage.

-          Vive la reine-mère !

-          Vive le roi !

La sœur de la reine avait l’avantage d’être dans la foule, et on se pressait autour d’elle, on l’embrassait. La joie était à son comble,  et on ne regardait plus l’ancienne régente. Blessée dans son amour-propre, celle-ci se fit discrète alors que sa sœur parlait haut, complimentait son fils qui, heureux de la voir, lui parlait beaucoup. A l’issue de la cérémonie, la reine disparut dans ses appartements. Sa couronne était perdue et tout espoir de rencontre était terminé. Elle pensa d’abord se tuer, mais finalement, changeant d’idée., revêtit un costume de voyage, fit sa petite valise et alla à la diligence qui avait amené sa sœur.

-          Menez-moi n’importe où mais loin, dit-elle.

-          Votre sœur était en Espagne. Ça vous va ?

-          Très bien.

C’était parti, et quelques temps plus tard, la reine déchue était à Barcelone.

 

 Elle visita la ville, prit du bon temps, mais marcha trop. Elle dut s’acheter une canne. Ce soir-là, elle revint clopin-clopant à l’auberge.

-          Oh, madame, » lui dit son chauffeur, » je commence à connaître le pays, et peut-être pourrais-je vous être utile. »

-          En quoi, mon brave ?

-          En vous débarrassant de votre pied cassé.

-          Mon cher, j’aime mieux avoir un pied cassé, que pas de pied du tout.

-          Vous n’y êtes pas, madame. Je connais une sorcière qui peut vous rendre votre pied d’origine.

-          Ça ne résoudra pas mon problème. Je suis toujours seule.

-          Vous ne voulez pas ?

-          On peut toujours se promener de ce côté-là. Je ne refuse pas une balade.

 

 

Ils s’y rendirent donc le lendemain. La campagne était si belle, que la reine voulut arrêter la diligence pour aller à pied, toujours aidée de sa canne. Une rivière les arrêta bientôt dans leur progression. Il n’y avait de pont nulle part, alors le chauffeur prit la reine dans ses bras, et franchit la rivière, se mouillant jusqu’à la taille. Puis il dut s’arrêter, car il éternuait. La reine avait toujours un petit nécessaire avec elle, et elle lui donna un médicament contre le rhume. Mais avant de continuer, par prudence le chauffeur fit sécher son pantalon au soleil, et en attendant, piqua un petit somme dans l’herbe. Un petit somme plutôt long d’ailleurs. Pour finir la reine s’impatienta, et décida de continuer seule. Bientôt une forêt se dressa. Mais la reine ne se laissa pas impressionner. Elle sortit une dague de sa jarretière, et se fraya un chemin dans les herbes. Elle chemina longtemps, si bien qu’elle ne vit pas le soleil se coucher. Ses vêtements étaient arrachés, son pied lui faisait mal et elle était fatiguée. Elle se coucha sur un lit d’herbes, où son chauffeur la trouva le lendemain matin.

- Eh bien vous allez loin, malgré votre pied !

La reine déchue rougit. Ses vêtements arrachés découvraient sa taille fine et des mollets effilés, si l’on faisait abstraction du pied cassé. Elle laissa son chauffeur la relever.

-          Je me suis rarement autant amusée, » fit-elle. «  Je n’ai jamais fait que gouverner. »

Ça fit rire le chauffeur, et ils continuèrent à travers la forêt. C’était lui qui éclaircissait le chemin. La forêt conduisait à une montagne où il y avait plusieurs cavernes. Sans hésiter, le chauffeur entra dans la plus grande, suivi de la reine.

-          Entrez, entrez !

Une vieille sorcière d’aspect repoussant les accueillit.

-          Je vous en prie, votre Majesté. Que désirez-vous ? Comment va votre sœur ?

-          Ma sœur est en pleine forme et moi, je voudrais me marier et avoir des enfants  avant qu’il ne soit trop tard.

Le chauffeur fut surpris de cette réponse.

-          Mais, Majesté…

-          Il suffit, lui intima la reine, et il se tint coi.

-          Majesté, les hommes n’ont rien valu à mademoiselle votre sœur, et elle s’occupe peu de son fils.

-          Et alors ? Je l’ai élevé et, que je sache, je ne suis pas une mauvaise tante.

-          Non, vous êtes la bonté même », reconnut la sorcière. « Mais il vous faut un homme exceptionnel. »

-          Je n’en demande pas tant.

-          En sortant d’ici, entrez dans une autre des cavernes et appelez « mi hombre ! » le plus fort que vous pourrez. Mais auparavant, il faut que vous caressiez mes rides.

La reine se pencha doucement vers la sorcière et obéit.

-          Pauvre vieille dame » dit-elle. « Vous avez dû être belle. »

-          Votre pied aussi a été beau.

-          C’est du passé.

-          C’est bien, Majesté. Vous pouvez aller chercher votre hombre.

-          Merci madame.

Et la sorcière les regarda sortir en souriant. Le chauffeur regardait le bout de ses chaussures, un peu vexé.

-          Vous êtes quand même de bon conseil. Choisissez pour moi l’une de ces petites cavernes. » Le chauffeur hésita. « Je m’en remets à vous. »

Il choisit enfin une ouverture moyenne, la désigna à la reine, qui s’y engouffra. Elle entra jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus passer et appela du plus fort qu’elle put « mi hombre ! » Il y eut aussitôt un bruit de course, et enfin arriva devant elle un homme de son âge, mais avec une longue balafre sur la figure. Tous deux se regardèrent, puis l’homme lui dit « merci », la prit par le bras et ils sortirent de la caverne. Là, il la regarda.

-          Vous êtes très belle, mais tête-en–l’air. Vous auriez dû demander une nouvelle tenue à la sorcière.

-          Pour retraverser la forêt ? Vous êtes fou, mon ami. Je ne vais pas y déchirer toutes mes robes, et nous avons du chemin avant de rentrer chez moi.

-          Vous voulez déjà rentrer chez vous ? Je peux vous mener à mon royaume.

-          J’ai une revanche à prendre sur le peuple de mon neveu. Votre balafre vous va à merveille, et s’assortit tout à fait à mon pied.

-          Votre pied ? Je n’ai rien vu.

La reine s’assit et se déchaussa, découvrant son pied cassé orné d’une grande cicatrice. Il regarda, caressa le pied et tous deux se regardèrent.

-          Madame, je ne sais qui vous êtes, mais je crois que je vous aime.

La reine se présenta donc, et lui en fit autant : c’était un ancien prince de Galice, que la sorcière avait jadis sauvé. La conclusion s’imposa d’elle-même :

-          Nous rentrons chez vous et je vous épouse.

 

Et ce qui était dit fut fait. A peine la reine était-elle rentrée chez elle, qu’elle trouva sa sœur et son peuple en liesse. Le royaume était bien gouverné, et la sœur de l’ancienne reine accueillit avec joie son futur beau-frère. Ce fut une grande joie le jour du mariage, et puis… ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

 

Claire M. 2001

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28 novembre 2018

ménagerie

dragueurs_mares

lapin_blanc

vaines_querelles

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