l'imagination au pouvoir

15 novembre 2017

Plein gaz !

 

-          Et tu te souviens, quand nous nous arrêtions chez le boulanger ? Il te fallait toujours une chocolatine !

-          Ah, mamy, j’en ai encore le goût dans la bouche ! Toute chaude, avec le chocolat qui fond, qui dégouline…

-          Oui, combien de fois j’ai dû t’essuyer le museau ! Tu n’as pas changé, tu sais !

-          Pourquoi, j’ai renversé de la Chantilly sur mon tee-shirt ?

La petite grand-mère éclata de rire. Bien qu’elle fût en fauteuil roulant, elle avait toujours du goût pour la vie, surtout à chaque fois qu’elle voyait sa descendance. Son petit-fils, le cadet de sa fille, particulièrement. Ils avaient le même humour, et étaient très attachés l’un à l’autre. La maman de Julien avait commencé par avoir des jumelles, alors son petit garçon s’était senti mis à part dès le début. Et à vingt-cinq ans, il adorait toujours sa grand-mère. Quelques années plus tôt, il l’avait aidée à récupérer d’une mauvaise chute et, avec sa mère, ils avaient décidé de la « placer », comme le disait elle-même la grand-mère, Huberte. Son fils était trop souvent aux abonnés absents, il avait rapidement dit oui, peut-être même sans prendre le temps d’y réfléchir vraiment. Heureusement, Huberte avait une philosophie à toute épreuve. Même diminuée, elle faisait encore pas mal de choses, du tricot, jouer au tarot avec ses voisins de la maison de retraite ou sa famille, partager ses lectures… Elle était aussi encore coquette, son chignon toujours impeccable, parée de jolis bijoux. Tout le monde l’appréciait. Mais son moment préféré, c’était avec Julien, quand il venait passer du temps avec elle. Il était un des rares à la sortir de la maison de retraite, et ils faisaient de grandes balades, ou allaient boire un coup à Toulouse même, la ville natale d’Huberte.

Cependant, le temps passait, et après avoir liquidé leurs glaces, Julien poussa sa grand-mère dans les rues toulousaines, en direction de la voiture, garée non loin de la place du Capitole. Julien avait pris la précaution de prendre la place « handicapé » à laquelle sa grand-mère avait droit. Il était rompu à l’exercice, pour l’asseoir sur le fauteuil du copilote, mais plus tôt dans la journée, il s’était bien fatigué, à jouer au foot avec ses copains. Le sachant, Huberte ne se plaignit pas. Elle eut un petit « ouch ! », et Julien s’excusa de nouveau.

-          Ça va quand même, mamy ? Veux-tu un coussin, quelque chose ?

-          C’est gentil mon grand, mais rassure-toi, je suis bien installée.

-          Tu n’es pas de traviole, j’espère ?

-          Non non !

-          Bon, je case le fauteuil à l’arrière.

Mais Julien était vraiment fatigué : le foot, cette virée… Sa grand-mère n’était pas bien lourde, mais après cela, il eut du mal à s’en sortir avec le fauteuil roulant. Il s’assit au volant, un peu inquiet. Huberte s’en aperçut tout de suite.

-          Qu’est-ce qui te tracasse, Julien ?

-          Je suis crevé.

-          Ça arrive. Tu dormiras bien ce soir, voilà tout.

Julien eut un sourire.

-          Et toi aussi, mamy ! Je vois que tu as le coeur content. Et moi aussi.

-          Eh bien alors, où est le problème ?

-          C’est vrai, ce que maman m’a dit ?

-          Quoi donc, mon chéri ?

-          Elle m’a raconté qu’en dehors de ta maison de retraite, même sur le parking, le personnel refuse d’aider les pensionnaires handicapés s’ils ne sont pas accompagnés de quelqu’un des leurs qui les aide à descendre de voiture, et à les remettre dans leurs fauteuils… C’est vrai ?

Huberte se racla la gorge.

-          Malheureusement, oui, admit-elle. J’ai eu ce problème avec elle, et ta cousine Léa, aussi, encore une autre fois.

-          Ouh là ! Oui, Léa est chétive…

-          La pauvre, j’ai bien cru qu’elle allait se casser un bras ! Et moi, le coccyx !

-          Et comment ça s’est terminé ?

-          Un jeune motard est arrivé à temps pour nous aider. Ah, tu aurais vu ça ! En deux temps trois mouvements, et je fonçais sur mon fauteuil, et lui sur sa moto !

-          Et tu te sentais d’humeur à faire la course ?

Cela les fit rire.

-          Oh, moi je suis toujours d’humeur pour faire des bêtises !

-          Sacrée mamy ! Et alors, tu as mis ta ceinture ?

-          Bien sûr ! On fonce à la maison de retraite !

-          Tiens ? fit Julien, et il démarra.

Ils sortirent de la ville, Huberte sifflotait un air de sa jeunesse, Julien riait.

-          Tu ne mettrais pas la radio ? finit par demander Huberte.

-          Si tu veux. De la musique moderne ?

-          Oh, peu importe. Ce que tu veux.

Julien se mit à faire défiler la bande FM. Ils entendirent un peu de jazz, une émission satirique, un jeu... puis la météo. Julien laissa la météo, qui laissa place à un flash info. Ils l’écoutèrent distraitement. Julien avait dû baisser le cache devant lui, gêné par le soleil. Tout à coup, il sursauta.

-          « Braquage à la voiture-bélier à Paris, place Vendôme… Les voleurs ont subtilisé pour au moins vingt mille euros de bijoux… »

-          Mon Dieu ! s’exclama Huberte, avec son côté Castafiore.

-          Pas fous, ils vont place Vendôme ! commenta Julien. Attends, les dégâts…

-          « … sont importants. La devanture brisée, le bijoutier et sa collègue en état de choc… »

-          Oh la la ! Je veux bien le croire ! fit Huberte, elle-même impressionnée. Tu imagines, tu serais à leur place ?!

-          Oh, un direct du gauche inattendu en pleine tronche, et je le mets au tapis… Tu sais quoi mamy, ça me donne une idée !

Et Julien eut un petit rire. Huberte comprit qu’il préparait un coup à sa façon. Mais l’instant d’après, il baillait.

-          Ouh là ! Regarde la route !

-          Ne t’en fais pas. Je me concentre.

-          Mais qu’est-ce que tu mijotes ?

-          Tu comprendras quand nous arriverons. On va faire une entrée fracassante !

-          Oh ! Voilà qui me plaît !

-          Moi aussi, je suis toujours prêt à faire des bêtises !

-          J’en accepte l’augure ! Je mettrais déjà une auréole sur ta tête d’ange !

-          Euh, ça je ne sais pas !

Mais cela ne faisait rien, bientôt ils riaient tous les deux, en écoutant une radio diffusant du rock. Huberte, dans sa jeunesse et même plus tard, avait apprécié l’esprit punk, et parlait encore des premiers albums de Trust et de Metallica. La radio passait un des premiers Alice Cooper, et Huberte se mit à chanter. Julien s’en amusait, et puis cela le tenait éveillé. Il eut quand même encore quelques bâillements. Mais sa grand-mère y prêtait moins d’attention, elle était toute guillerette.

Enfin ils aperçurent la maison de retraite, et Julien tourna, dépassa le parking.

-          Mais que fais-tu ?

-          Tu vois ces portes vitrées ? Eh bien, plein gaz !

Et tous deux entrèrent dans le hall du bâtiment, dans un grand fracas de verre. La surprise passée, Huberte éclata de rire. Tout avait volé en éclats, mais à ce que Julien constata, ils étaient bel et bien dans la place. Il descendit de la voiture sourire aux lèvres, et se trouva nez à nez avec la dame de l’accueil, qui allait ouvrir la bouche pour protester, ou peut-être appeler le directeur. Mais Julien fut le plus rapide, en décochant  un sourire charmeur qui, avec  sa gueule d’ange, cloua la dame sur place.

-          Bonjour madame, mais maintenant que nous sommes dans les Eucalyptus, pouvez-vous appeler quelqu’un, s’il vous plaît, pour faire descendre ma grand-mère de voiture, et la remettre dans son fauteuil roulant ?

-          Vous ne manquez pas de toupet !

-          Ce n’est pas la question ! Nous sommes bien dans le bâtiment, vous pouvez appeler un kiné ou une infirmière pour m’aider !

-          Vous avez vu ça ?

-          Si fait, madame. Je regrette d’en être arrivé à cette extrémité, mais je…

Mais Julien fut pris d’un long bâillement, et s’excusa. Furieuse, la dame retourna à son accueil, alors que l’attroupement était de plus en plus massif. De la petite Clio, Huberte faisait coucou à toutes les personnes qui passaient.

-          Il est formidable, mon petit-fils !

Il n’empêche qu’il fallut s’expliquer avec le directeur, qui avait entendu le boucan provoqué par l’accident, et par ses pensionnaires. Huberte avait réintégré son fauteuil roulant, et très vite prévenu sa fille. Une heure à peine après  l’entrevue, cette dernière était sur place. Le hall d’entrée avait été sécurisé tant bien que mal, et Julien avait mis sa voiture au parking. Elle avait des impacts sur le pare-brise, une vitre brisée, mais il avait jugé que ce n’était pas bien grave. Le plus ennuyeux, c’était l’état du hall, dont les portes avaient été défoncées… La facture s’avéra salée.

-          Mais je m’en fiche, conclut la maman de Julien, tu as bien fait ! Il fallait le dire ! Mamy t’a raconté, pour Léa ?

-          Oui. Même, je le referais : plein gaz !

 

© Claire M. 2017

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12 novembre 2017

puisqu'on en parle : l'écriture inclusive

Je travaille dans les écoles et, cette année, je suis entre autres un élève en CP. C'est-à-dire à un moment crucial de l'apprentissage puisqu'il s'agit de lecture et d'écriture, qui sont à la base de toutes les acquisitions scolaires.

Quand je vois écrit "animateur.rice.s", par exemple, j'avoue être moi-même désarmée. Comment lire un "mot" pareil ? Alors que j'ai étudié avec intérêt la linguistique à l'université... avec passion, même. Autant dire que ce sujet m'interpelle à plus d'un titre.

Aussi, je doute fort qu'un élève, quel que soit son niveau, sache se tirer d'une telle lecture. Par rapport à "mon époque", je vois bien, déjà, que le niveau a baissé. Je ne suis même pas sûre que les enseignants soient d'accord sur cette pratique de l'écriture. A fortiori, enseigner l'écriture inclusive me semble poser problème.

Pour moi, je me souviens avoir appris que le masculin français incluait le genre neutre, c'est pourquoi il l'emporte sur le féminin. Le genre neutre n'existe pas en français, contrairement à d'autres langues comme l'anglais. Cela ne me choque donc pas de dire "ils" pour "ils et elles".

Quant à la féminisation des métiers, il existait, par le passé, la "mairesse", la 'doctoresse"... qu'on n'utilise plus guère en français moderne. Je note que l'italien est plus souple, avec ses "professoressa" pour "professeure", "dottoressa" pour "doctoresse" (qui est aussi un terme honorifique)... Je pense que le français oral évolue naturellement, et on peut vouloir en tenir compte. Mais on doit apprendre à nos enfants des bases solides, qui leur permettent de s'ouvrir sur le monde qui nous entoure. Du français tel qu'il doit être appris, avec ses règles, sa grammaire. Telle est d'ailleurs la position de l'actuel ministre de l'Education nationale, J-M. Blanquer.

De toute façon, je pense que l'écriture inclusive n'est pas le vrai débat. Il y a quantité de choses à revoir dans les programmes scolaires, de façon à tirer les élèves vers le haut, à leur apprendre une langue française qui leur ouvre des portes, avec toutes ses subtilités.  J'ose espérer qu'on reconsidérera le débat, et qu'on ne parlera plus, peut-être, d'ici quelques années, de l'écriture inclusive, qui est pour moi, de toute façon, une aberration, qui complique inutilement l'apprentissage.

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le_plongeur

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quelques dessins sans chats...

investiture_de_Donald_Duck

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08 novembre 2017

le_petit_curieux

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goûts musicaux

La surprise du Rital.

                                                                                              A Shaloma

 

Le garçon était pourtant irrésistible, avec son petit accent italien. D’habitude, il faisait chavirer les cœurs. Aussi était-il surpris de rencontrer une résistance. Et, à vrai dire, cela l’excitait. Il se gratta la tâte, regarda celle qu’il aimait.

-          Alors c’est non ? Pourtant, tu es célibataire…

-          Il est hors de question que j’accepte les avances  d’un Méridional !

-          Euh, excuse-moi, mais ici, vous êtes entourés de Méridionaux…

-          Non !

Giacomo était vraiment étonné. Elise ne s’attendait quand même pas, à Antibes, à rencontrer des hommes du nord ! Mais il eut alors une idée.

-          Alors restons-en là pour aujourd’hui, dit-il. Je viendrai te dire au-revoir un peu plus tard.

-          Pourquoi, tu quittes déjà la France ?

-          J’irai faire un tour ailleurs, là où les filles me feront peut-être t’oublier… même si je n’en suis pas sûr.

Elise eut l’air de se radoucir. Elle balbutia quelque chose. En fait, Giacomo était réellement beau garçon, même avec ses cheveux longs et son tatouage ésotérique sur l’épaule. Pour elle, ce jour-là, il avait fait une queue de cheval. Elise, de son côté, avait toujours eu du mal à accepter les différences. Un Italien, un metalleux aux cheveux longs, c’était trop pour elle. Elle n’avait pas la fraîcheur des Méridionaux, alors que, et Giacomo le savait bien, elle habitait en temps normal à Aix-en-Provence. Une belle fille, mais étrange aux yeux d’un « latin lover » ; ce qui ajoutait à son charme. Giacomo eut du mal, en la quittant, à ne pas trop la regarder, ces cheveux magnifiques, blond vénitien, ces yeux vert–doré, la finesse de ses traits…. Elise le sentit, et effleura sa joue d’un baiser.

-          Alors à plus tard, lui dit-elle.

Giacomo se sentit fondre. Décontenancé, et à la fois ravi de ce baiser, il ne sut que répondre en italien.

-          Arrivederci bella…

Elise sourit, et il détala. Il courut hors du bar où il lui avait donné rendez-vous, et disparut dans la foule. « Permesso, permesso[1] ! » maugréait-il, mais on le regardait en souriant.

Dans le bar, Elise souriait aussi.

-          Ces Ritals, tous les mêmes…

 

Giacomo revint le soir, sa guitare à la main, près de la terrasse de la résidence d’Elise et de sa famille. La nuit était belle, il était bon dîner là, ou fumer une cigarette. Le frère d’Elise aperçut Giacomo, et voulut lui redonner sa chance. Les deux hommes se connaissaient bien, c’était grâce à lui que Giacomo avait rencontré Elise. Louis, contrairement à sa sœur, s’amusait des différences, était très large d’esprit. Il fit un discret signe à Giacomo, et ce dernier comprit qu’il pouvait rester. Giacomo entendit Louis appeler sa sœur, et Elise vint respirer l’air de la nuit. Alors, s’accompagnant à la guitare, Giacomo entama O sole mio. Il savait qu’il avait une belle voix, même s’il était meilleur guitariste que chanteur. L’air napolitain emplit la nuit, et le chat de la maison vint retrouver sa maîtresse, qui regardait de tous côtés. Elise ne s’attendait pas à cela, mais était troublée. Un Rital lui chantait la sérénade ! Elle aurait dû être flattée, mais eut un mouvement d’humeur.

-          Il aura vraiment tout essayé, grommela-t-elle, mais la chanson était belle, et à peine Giacomo l’eut-il finie, que les applaudissements s’élevèrent dans tout le quartier.

Giacomo fut surpris à son tour. Il ne s’attendait pas à ça. De là où il était, il voyait Elise, et les réactions qu’elle avait. Mais il ne laissa pas tomber pour autant. Il sortit de son chapeau une autre chanson de son répertoire, Torna a Surriento.

-          Ah ! Il ne perd rien pour attendre ! s’exclama Elise en regardant partout, pour éconduire son encombrant amoureux.

-          Elise ! Que cherches-tu ? lança Louis.

-          Passe-moi ce seau, maman ! dit Elise en allant vers l’intérieur, où sa mère lavait le carreau.

-          Tu es folle !

-          Pas plus que cet enquiquineur !

-          Voyons, Elise, tu devrais être ravie !

-          Je vais lui dire au revoir à ma façon, moi aussi !

Dehors, Giacomo avait fermé les yeux pour mieux chanter, et les notes s’égrenaient toutes seules sur sa guitare. Aux autres terrasses, ils étaient tous transportés. Mais dès la salve d’applaudissements, Giacomo ouvrit les yeux, et évita de justesse le contenu du seau. Par contre, le chat de la maison s’était de plus en plus avancé vers lui.

-          Oh ! Pomponette !

Giacomo caressa la minette, à vrai dire aussi charmante que sa maîtresse. Le poil roux, doux, les yeux vert-doré.

-          Tu veux que je te joue de la guitare ?

Pomponette miaula, se frotta à ses jambes, regarda la guitare.

-          One, two !

Et Giacomo amorça un riff d’AC/DC, mais se reprit très vite. Le chat était fasciné par son instrument. Alors Giacomo choisit une des plus belles ballades de Scorpions… et aux notes de Still loving you, Pomponette se roula sur le dos, montrant son ventre, ronronnant. A la fin du morceau, il se fichait bien de la réaction d’Elise et de ses voisins. Sous les applaudissements, il câlina Pomponette.

-          La prochaine fois, je te jouerai du Iron maiden…

© Claire M. 2015



[1]  Pardon, pardon !

La surprise du Rital.

                                                                                              A Shaloma

 

Le garçon était pourtant irrésistible, avec son petit accent italien. D’habitude, il faisait chavirer les cœurs. Aussi était-il surpris de rencontrer une résistance. Et, à vrai dire, cela l’excitait. Il se gratta la tâte, regarda celle qu’il aimait.

-          Alors c’est non ? Pourtant, tu es célibataire…

-          Il est hors de question que j’accepte les avances  d’un Méridional !

-          Euh, excuse-moi, mais ici, vous êtes entourés de Méridionaux…

-          Non !

Giacomo était vraiment étonné. Elise ne s’attendait quand même pas, à Antibes, à rencontrer des hommes du nord ! Mais il eut alors une idée.

-          Alors restons-en là pour aujourd’hui, dit-il. Je viendrai te dire au-revoir un peu plus tard.

-          Pourquoi, tu quittes déjà la France ?

-          J’irai faire un tour ailleurs, là où les filles me feront peut-être t’oublier… même si je n’en suis pas sûr.

Elise eut l’air de se radoucir. Elle balbutia quelque chose. En fait, Giacomo était réellement beau garçon, même avec ses cheveux longs et son tatouage ésotérique sur l’épaule. Pour elle, ce jour-là, il avait fait une queue de cheval. Elise, de son côté, avait toujours eu du mal à accepter les différences. Un Italien, un metalleux aux cheveux longs, c’était trop pour elle. Elle n’avait pas la fraîcheur des Méridionaux, alors que, et Giacomo le savait bien, elle habitait en temps normal à Aix-en-Provence. Une belle fille, mais étrange aux yeux d’un « latin lover » ; ce qui ajoutait à son charme. Giacomo eut du mal, en la quittant, à ne pas trop la regarder, ces cheveux magnifiques, blond vénitien, ces yeux vert–doré, la finesse de ses traits…. Elise le sentit, et effleura sa joue d’un baiser.

-          Alors à plus tard, lui dit-elle.

Giacomo se sentit fondre. Décontenancé, et à la fois ravi de ce baiser, il ne sut que répondre en italien.

-          Arrivederci bella…

Elise sourit, et il détala. Il courut hors du bar où il lui avait donné rendez-vous, et disparut dans la foule. « Permesso, permesso[1] ! » maugréait-il, mais on le regardait en souriant.

Dans le bar, Elise souriait aussi.

-          Ces Ritals, tous les mêmes…

 

Giacomo revint le soir, sa guitare à la main, près de la terrasse de la résidence d’Elise et de sa famille. La nuit était belle, il était bon dîner là, ou fumer une cigarette. Le frère d’Elise aperçut Giacomo, et voulut lui redonner sa chance. Les deux hommes se connaissaient bien, c’était grâce à lui que Giacomo avait rencontré Elise. Louis, contrairement à sa sœur, s’amusait des différences, était très large d’esprit. Il fit un discret signe à Giacomo, et ce dernier comprit qu’il pouvait rester. Giacomo entendit Louis appeler sa sœur, et Elise vint respirer l’air de la nuit. Alors, s’accompagnant à la guitare, Giacomo entama O sole mio. Il savait qu’il avait une belle voix, même s’il était meilleur guitariste que chanteur. L’air napolitain emplit la nuit, et le chat de la maison vint retrouver sa maîtresse, qui regardait de tous côtés. Elise ne s’attendait pas à cela, mais était troublée. Un Rital lui chantait la sérénade ! Elle aurait dû être flattée, mais eut un mouvement d’humeur.

-          Il aura vraiment tout essayé, grommela-t-elle, mais la chanson était belle, et à peine Giacomo l’eut-il finie, que les applaudissements s’élevèrent dans tout le quartier.

Giacomo fut surpris à son tour. Il ne s’attendait pas à ça. De là où il était, il voyait Elise, et les réactions qu’elle avait. Mais il ne laissa pas tomber pour autant. Il sortit de son chapeau une autre chanson de son répertoire, Torna a Surriento.

-          Ah ! Il ne perd rien pour attendre ! s’exclama Elise en regardant partout, pour éconduire son encombrant amoureux.

-          Elise ! Que cherches-tu ? lança Louis.

-          Passe-moi ce seau, maman ! dit Elise en allant vers l’intérieur, où sa mère lavait le carreau.

-          Tu es folle !

-          Pas plus que cet enquiquineur !

-          Voyons, Elise, tu devrais être ravie !

-          Je vais lui dire au revoir à ma façon, moi aussi !

Dehors, Giacomo avait fermé les yeux pour mieux chanter, et les notes s’égrenaient toutes seules sur sa guitare. Aux autres terrasses, ils étaient tous transportés. Mais dès la salve d’applaudissements, Giacomo ouvrit les yeux, et évita de justesse le contenu du seau. Par contre, le chat de la maison s’était de plus en plus avancé vers lui.

-          Oh ! Pomponette !

Giacomo caressa la minette, à vrai dire aussi charmante que sa maîtresse. Le poil roux, doux, les yeux vert-doré.

-          Tu veux que je te joue de la guitare ?

Pomponette miaula, se frotta à ses jambes, regarda la guitare.

-          One, two !

Et Giacomo amorça un riff d’AC/DC, mais se reprit très vite. Le chat était fasciné par son instrument. Alors Giacomo choisit une des plus belles ballades de Scorpions… et aux notes de Still loving you, Pomponette se roula sur le dos, montrant son ventre, ronronnant. A la fin du morceau, il se fichait bien de la réaction d’Elise et de ses voisins. Sous les applaudissements, il câlina Pomponette.

-          La prochaine fois, je te jouerai du Iron maiden…

© Claire M. 2015



[1]  Pardon, pardon !

 

 

Oui, j'avoue... J'écoute même "pire" que du hard rock ! et ça m'inspire ! et de la musique italienne, aussi...

 

Posté par Claire Monelle à 17:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 novembre 2017

Shaloma

la_lectrice_de_La_Hulotteet voici ma petite muse depuis un peu plus de quatre ans. La paix soit sur vous !

 

train_de_s_nateur

le_plongeur

la_port_e_des_chatset quelques exemples de ce que je peux faire...

 

Posté par Claire Monelle à 16:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]

La plus belle sieste de Dieu.

 

Un jour Dieu, lassé de passer son temps à dormir, décida de trouver un nouveau jeu, un qui l’occuperait vraiment. Il se sentait un peu seul, et il voulait arranger un monde à sa façon. Il lissa ses moustaches pour mieux réfléchir, puis se mit au travail.

 

Il choisit une étoile, puis une planète ni trop loin, ni trop près de cette étoile, qu’il nomma Terre. Il se mit à modeler sa planète, fit émerger des terres. Puis il inventa la vie, à partir d’un élément qu’il savait indispensable, mais que personnellement il n’aimait pas trop : l’eau. Enfin, il fit apparaître des créatures de plus en plus sophistiquées. Dieu les laissa vivre, et puis s’en lassa et fit pleuvoir des météorites pour les faire disparaître. Il décida de tout reprendre à zéro, cherchant d’autres créatures à dominer. Il flâna dans ce nouveau monde, croisa beaucoup d’autres animaux, certains bien plus gros que lui. Mais ils ne le voyaient pas. Au bout d’un moment, Dieu retourna sur son nuage, s’installa confortablement et réfléchit. « Il me faut, « se dit-il, «  un animal dans l’esprit duquel je pourrai trouver une place. Qu’est-ce que cela peut bien être ? » Il réfléchit longtemps, et enfin éternua. De son éternuement, vinrent au monde deux petites créatures à son image.

-          Oh ! s’exclama-t-il. Vous tombez à pic. Il me faut quelque chose… comment dire ? Une conscience égale à moi-même.

-          Cela s’appelle l’intelligence, répondit une des petites créatures. Nous allons chercher un être que vous puissiez doter.

-          Allez sur la Terre, et faites vite. Ce nouveau jouet commence à m’énerver. Les animaux, ça va bien deux minutes…

-          A vos ordres.

Et les deux créatures filèrent.

 

Dieu, en attendant, fit une petite sieste. Il fut réveillé une première fois par ses deux envoyés, quelques heures plus tard (mais c’est façon de parler, car il n’avait pas encore inventé le temps).

-          Maître, maître ! Nous vous avons amené un être social.

Dieu bailla, se leva.

-          Où est cet être ?

-          Ici.

On lui désigna un être à plusieurs pattes, et minuscule. Dieu prit un air contrarié.

-          Vous plaisantez, j’espère ? dit-il à ses envoyés. Le monde est beaucoup trop grand pour ces petites bêtes, et leur cerveau est trop petit ! Non, trouvez-moi autre chose. Quelque chose de plus grand, un animal qui ait une vue d’ensemble. Allez !

Les deux créatures à son service s’inclinèrent, se tournèrent vers la fourmi pour s’excuser, puis repartirent.

 

Quelques heures plus tard, un grand bruit ébranla le ciel, et Dieu fut réveillé en sursaut.

-          Maître, maître ! Nous avons votre bonheur.

Epouvanté, Dieu vit apparaître un éléphant, qui secoua les oreilles et le flatta  avec sa trompe.

-          Bonjour, bonjour, dit Dieu, troublé.

-          Cet animal est plus grand, a un gros cerveau et peut vivre très longtemps.

-          Je le sais bien mon petit, c’est moi qui l’ai créé. Mais, euh… comment dire… il n’est vraiment pas discret.

-          Mais enfin maître, que voulez-vous ?

Dieu dut reconnaître qu’il ne le savait pas très bien en réalité. Là- dessus, la trompe de l’éléphant le saisit et l’éleva en l’air.

-          Pssschtt ! Et en plus il est dangereux ! Bon, j’y vais moi-même ! Posez-moi, vous !

L’éléphant obéit. Les deux envoyés de Dieu se regardèrent, et montèrent sur la bête pour revenir sur Terre, où ils décidèrent de s’installer.

 

Dieu partit de son côté et alla en Afrique, où se trouvait le berceau de la vie qu’il avait créé. Là, il repéra bien quelques animaux, et il les jaugea, mais cela ne donna rien. Au  bout d’un très long temps, Dieu eut de nouveau sommeil, et comme il ne trouvait de toute façon pas ce qu’il cherchait, il grimpa sur un arbre et s’endormit.

-          Oh !

Dieu ouvrit les yeux, et vit un animal très bizarre, marchant sur deux pattes seulement, tendant une troisième vers lui. Dieu eut un mouvement de recul.

-          Vous me voyez ? demanda-t-il.

L’animal approuva par cris, et saisit Dieu dans ses bras. Il avait des mamelles qui pendaient et une certaine douceur. Dieu décida de le tester.

-          Assis, dit-il. Et prenez-moi sur vos, euh…genoux.

L’animal prit un air interrogateur. Dieu expliqua ce qu’il voulait, et enfin l’animal comprit, et s’assit. Dieu se lova sur ses genoux, et la créature se mit à le caresser. Dieu eut alors son premier ron-ron. De plus, le giron de l’animal était juste à sa taille, chaud et doux. Dieu somnola un peu, de béatitude, et  décida :

-          C’est à cet animal que je donnerai l’intelligence.

Et il regarda celui qu’il appela homme, ou plutôt femme étant donné qu’il s’agissait d’un spécimen  féminin. Il plongea son regard dans celui de la première femme, et alors elle lui donna son nom :

-          Chat.

 

© Claire M. 2007

 

 

Posté par Claire Monelle à 15:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 novembre 2017

A propos

Bonjour à tous !

Je m'appelle Claire Monelle, et suis (déjà!) quadragénaire.

Fille de bibliothécaires, je continue d'être entourée par les livres, cernée même. Au milieu de ce bazar de papier, je vis chez un chat répondant au nom de Shaloma, le nom de la paix.

J'ai une formation purement littéraire, mais en réalité, ma curiosité va au-delà. Je suis fascinée par l'univers qui m'entoure, et me place dans une perspective internationale. En effet, je suis le produit (improbable ?) d'une blonde flamande (côté français), et de méridionaux dont les origines sont italienne(mon grand-père paternel était italien). J'ai beaucoup voyagé par le passé, ai vécu en Italie et au Portugal, où j'ai dû m'initier à la langue portugaise. Les défis linguistiques, la langue française, sont quelque chose de très important pour moi

diablesse

. Par-dessus tout, j'aime lire et écrire, avec cependant le danger de la tour d'ivoire....

J'ai aimé écrire dès que j'ai su tenir un stylo, et ai imaginé quantité d'hsitoires, dont beaucoup sont trop personnelles pour être diffusées sur ce blog. D'ailleurs, ces "vies parallèles" sont, pour beaucoup, perdues et irrécupérables. Les textes que vous lirez ici représentent donc la partie émergée de l'iceberg. En revanche, je n'ai aucune honte à vous faire découvrir mes petits dessins, bien que n'ayant jamais pris de cours, si ce n'est quelques petits trucs glanés au fil des rencontres, ou remontant au collège (c'est-à-dire il y a une trentaine d'années...)

Depuis sept ans, j'exerce le métier d'AVS, c'est-à-dire que j'apporte une aide aux enfants handicapés en milieu scolaire. C'est un métier qui me permet d'avoir du temps à dédier à mes passions, et de côtoyer des enfants. Sous ces habits de diablesse, se cache un petit coeur humain qui ne demande qu'à vibrer. Les enfants le sentent bien... et peut-être vous aussi ?

Posté par Claire Monelle à 17:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]