l'imagination au pouvoir

10 janvier 2018

pour commencer l'année sur les chapeaux des roues !

L’auréole

 

5 novembre 2014

Ce n’est pas possible. Cette femme va me rendre cinglé. C’est le troisième accident de voiture qu’elle me fait en deux mois. Et cette fois, je n’ai pu éviter les dégâts collatéraux. Sa voiture est à la casse, elle porte une minerve et s’est luxé une épaule. Naturellement, son mari est furieux. C’est vrai : elle conduit trop vite. Je devrais agir sur les causes, mais c’est une vraie blonde, avec peu de neurones et de synapses. Je ne sais plus comment m’y prendre. C’est une surveillance de tous les instants, je n’en peux plus. Encore heureux que les antidouleurs lui permettent de dormir : comme ça, je peux profiter de la nuit pour me reposer un peu, ou en parler à mes collègues. Mais le Ciel est souvent vide… Plus il y a d’humains sur la planète, et plus il y a besoin d’anges gardiens : c’est mathématique. Et celle dont je m’occupe n’a pas cinquante ans. Le but est de l’aider à vivre, mais être tout le temps sur le pont, c’est trop dur. En plus, on m’a collé une insomniaque. J’ai été bien inspiré de lui instiller l’amour des livres. Quand elle lit, rien ne peut arriver… si ce n’est de brûler le dîner. C’est une passion, chez elle. Les livres, pas la nourriture… Pour moi, que faire ? Tant qu’elle ne fiche pas le feu à son appartement… Mais non, il faut tout envisager. Cette femme, c’est madame Catastrophe. Il faut que j’en aie le cœur net.

 

8 novembre.

Pas de catastrophe, l’autre jour. Ouf ! De toute façon, Vanessa est en arrêt maladie, puisqu’elle a toujours sa minerve et ses douleurs dans l’épaule. Elle ne peut pas conduire et tout est compliqué. Mais n’allez pas croire que j’ai du répit pour autant. C’est qu’elle a mauvais caractère. Moi qui croyais qu’elle resterait tranquille, je me suis trompé. Il est vrai que c’est la première fois qu’elle est blessée. Et elle se plaint qu’elle a mal partout… et que, aujourd’hui  jour de shopping, elle ne peut pas sortir.

J’ai parlé avec le collègue qui s’occupe de son mari, hier. Il dit qu’il faudrait qu’on empêche Vanessa de conduire. Il épouse complètement les vues de son client. Il me parle d’assurances, de malus, d’argent. Il me semble que je suis plus détaché de ma cliente, moi. Est-ce un bien, un mal ? Ça n’empêche que je la connais, ma Vanessa. Elle ne supportera jamais qu’on l’empêche de conduire. C’est juste qu’elle va trop vite. Elle est toujours pressée. Ce sont des maux très modernes. Mais l’argent… De toute façon, elle est fonctionnaire. C’est son mari, qui est davantage sur la branche, en tant que commercial. Mais leurs deux enfants sont assez heureux, moi, c’est cela, que je regarde. Est-ce que je prends mon emploi trop à cœur ? Un ange gardien peut travailler sur deux personnes à la fois, mais avec Vanessa, j’ai eu vite fait de comprendre. Il lui en faut un pour elle toute seule… Il y a vraiment des moments où elle me flanque la trouille. Il faut que je sois fort.

10 novembre

Vanessa est toujours  en arrêt maladie. Sa fille, qui a seize ans, en profite. Vanessa lui fait ses devoirs de français. Je sais, à la décharge de ma cliente, qu’elle est bonne pédagogue. Pas méchante. Juste écervelée. Une blonde, en somme.

Aujourd’hui a été assez calme, Vanessa a beaucoup lu, et contacté son remplaçant au lycée où elle travaille habituellement. Elle reprendra lundi prochain. Et il faut, d’ici là, que je me débrouille pour qu’elle ne se prenne plus pour Fangio. Le week-end dernier, son mari a racheté une voiture. Comme tous les hommes, il aime les grosses cylindrées avec des chevaux sous le capot. Vanessa  a râlé, elle en aurait voulu une petite plus maniable. «  On verra ça quand tu te seras calmée », lui a rétorqué son mari, devant leurs enfants. Le plus jeune, qui a onze ans, a ricané. Ça a horriblement vexé ma cliente. Elle n’a pas répondu. J’ai un peu accentué la douleur dans le cou et l’épaule, pour suggérer de prendre de l’antidouleur. Ça a fonctionné, et j’ose espérer qu’elle va dormir…

 

12 novembre

Nom de Satan ! Vanessa a été odieuse, hier. C’était férié en France, alors ils sont restés entre eux, une visite à ses parents à elle. Les enfants étaient ravis, ça les a changé des jérémiades et des disputes chez eux. Ils sont restés dehors à jouer au ballon, pendant que le père de Vanessa l’enguirlandait pour sa conduite trop sportive. Elle s’est rebellée, bien sûr. Son mari faisait chorus, et la mère de Vanessa a tenté infructueusement de faire le tampon. En rentrant, Vanessa a été d’une humeur massacrante. J’ai bien cru que j’allais devenir fou. Je suis allé voir Gabriel.

-          Ecoute, ce n’est plus possible, lui ai-je dit, cette Vanessa Bogue me rend complètement dingue !

-          Comment tu dis ?

Gabriel n’avait pas l’air étonné. Il m’a regardé, et a bien vu que ça n’allait pas, que j’étais à cran.

-          Vanessa Bogue, ai-je répété.

-          Vanessa Bogue… Ce nom me dit quelque chose… Voyons, que je me souvienne…

Et il a réfléchi bien cinq minutes, sans rien dire.

-          Ah, oui, ça y est ! J’ai eu la visite d’un pilote de Formule 1 qui voulait se réincarner, et dans la liste, il y avait ce nom…

J’ai blêmi, si c’était possible d’être encore plus blanc que je n’étais.

-          Surtout pas ! Pas elle ! Ou alors, c’est que j’aurai définitivement rendu les armes ! Vanessa a encore eu un accident de voiture, et elle a été blessée.

-          Alors tu as bien fait de venir me voir. Je ferai savoir de ne pas toucher à elle.

-          Je te remercie, Gabriel. Mais moi, ai-je droit à un congé maladie ?

Gabriel a éclaté d’un rire clair.

-          A moins que tu veuilles rendre les armes, comme tu dis ?

-          Si tu me colles un pilote de Formule 1 là-dessus, c’est sûr, je te fais un burn-out…

Gabriel riait toujours.

-          Allons ! a-t-il fait. Tu as besoin de repos, Glinglin, ça se voit. Celle-là te fera accéder à la sainteté. Sois rassuré. Va piquer un roupillon sur un nuage, un rêve t’inspirera. De mon côté, je vais chercher à interdire, peut-être, les réincarnations de pilotes de Formule 1….

Alors j’ai dormi. Et j’ai su.

 

14 novembre

-          Dis donc Caïus, qu’est-ce que tu fous là ? ai-je lancé la nuit dernière, alors que ma protégée dormait d’un sommeil profond, pour une fois.

-          Qui me parle ? a fait une voix caverneuse.

-          Glinglin ! Sors de cette femme, et plus vite que ça !

Une fumée grise est sortie par les narines de Vanessa, et s’est matérialisée sous la forme d’un petit diable.

-          Qu’est-ce que tu me veux ?

-          Te poser quelques questions au sujet de Vanessa… Mais allons parler ailleurs, veux-tu ?

Caïus a accepté de me suivre. Nous ne sommes pas allés loin : dans la cuisine.

-          C’est la première fois que je vois une chose pareille, ai-je commencé. Es-tu un cacodaimon, ou un vrai diable ?

-          Oh… je suis un diable de seconde zone, a reconnu Caïus.

-          Et, comme tous les diables, tu veux la mort de Vanessa, je suppose.

-          Euh… la mort, pas forcément. Le négatif en tout cas. La vie n’aurait pas de sel, sans nous.

-          Tu philosophes ?

-          Les diables aiment bien philosopher.

-          Même les diables de seconde zone ?

-          Oh, c’est pour le principe. Là, tu m’as démasqué… a dit Caïus en faisant la grimace.

-          J’ai mes indics. C’est bien toi, n’est-ce pas, qui fais rouler trop vite ma Vanessa ?

-          Je croyais que c’était une vraie blonde !

-          Blonde, et encore bien pour son âge. Tu crois vraiment que je vais te laisser faire ?

-          Il faudra me…

Je ne l’ai pas laissé finir. Tout en parlant, j’avais étendu le bras vers l’évier, et saisi une poêle à crêpes qui séchait. Et je crois que pour un coup d’essai, je m’en suis pas mal sorti. Le coup sur la tête a été net, précis, en tout cas assez pour estourbir Caïus. Puis j’ai fait apparaître un écouvillon qui suintait l’eau bénite, et suis tombé sur le diablotin en hurlant « vade retro, Satanas ! » Caïus a disparu dans une explosion, laissant une odeur de soufre dans la pièce. Le choc a été rude. Je ne sais comment, je me suis retrouvé coiffé de cette poêle. Et j’ai entendu le rire clair de Gabriel.

-          Je le savais, que tu gagnerais ton auréole !

Honteux, je ne me suis rendu compte qu’à ce moment-là que la poêle était sur ma tête. Je l’ai ôtée de là, très gêné, me demandant si Gabriel ne se moquait pas de moi, par hasard. Il l’a compris, et m’a fait un bon sourire.

-          Rassure-toi, a-t-il repris. Tu n’es plus un ange de seconde zone. J’ai regardé le dossier de Vanessa, et c’est vrai qu’elle n’est pas facile. Mais je te garantis que sans Caïus, elle n’aura plus d’accidents.

-          Mais c’est madame Catastrophe…

-          Mais ça, mon cher Glinglin, ça arrive à tout le monde… Il y a juste des gens qui font moins attention que d’autres. Ce n’est peut-être pas une sinécure, de s’occuper de Vanessa, mais ce sera de toute façon moins pire qu’avant.

J’ai baissé le nez.

-          Alors mon auréole…

J’ai regardé la poêle, que j’avais reposée près de l’évier. Gabriel a souri.

-          Excuse-moi, je n’ai pas été gentil, a-t-il reconnu. Mais tu l’as méritée, ton auréole. Une vraie, sans manche. Suis-moi au Ciel.

J’ai obéi. Le sourire m’était revenu. Sur le grand nuage-amiral, on m’a remis une vraie auréole. J’ai simplement l’impression, depuis, qu’une odeur de crêpe me suit… Une des rares choses que Vanessa sache faire en matière de cuisine !

 

© Claire M. 2014

 

 

Posté par Claire Monelle à 17:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


08 janvier 2018

le_crayon_de_Michel_Ange

Charlie_h_2015

parce que les dessins en disent plus que 487 552 196 716 mots... en guise d'hommage

Posté par Claire Monelle à 17:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 janvier 2018

Pour 2018

Miaou !

Je suis Shaloma, et ma petite servante m'a dit qu' on entamait une nouvelle année. Perso, je ne sais pas ce que c'est, je crois que depuis que je ne suis plus chaton, le temps n'a plus de prise sur moi. Mais passons, Claire Monelle, ma petite servante, se figure peut-être que je suis plus à même qu'elle, pour pondre des voeux...

Sentimentalement, je suis très heureuse, sur une source de chaleur à me faire peloter. Je vous en souhaite autant, et aussi une bonne santé, moi je vais bien, merci. Et plein de choses positives, même si votre monde m'échappe. Si vous pouviez m'expliquer pourquoi ma petite servante part toute la journée pour "gagner de quoi payer tes croquettes", car je n'ai toujours pas compris. Et les "catisfactions du dimanche"... Oui, il fait bon être un chat, chez Claire Monelle !

Je vous souhaite de vivre aussi douillettement, et choyés que moi, tout au long de cette année.  Maintenant excusez-moi, je dois digérer mes petits bouts de saumon, ça mérite une toilette, et une bonne sieste digestive...

Shaloma

Posté par Claire Monelle à 19:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 décembre 2017

en route !

f_lin

le dernier félin de l'année ! qui vous accompagnera sur la route des fêtes...

Posté par Claire Monelle à 16:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

joyeuses fêtes !

juste un coucou pour ceux (pardon, celles et ceux) qui me découvrent, et à tous ceux qui fréquentent déjà ce blog, à qui je souhaite des fêtes pleines de folies, d'agapes et surtout de chaleur humaine, ou animale (féline, dirais-je).

Quant à moi, je pars dans ma région d'élection, auprès de ceux qui m'attendent avec impatience, moi la petite maman Noel... Je fêterai mon anniversaire le 25, si si, c'est vrai, j'étais le petit Jésus ! Je ne délaisse pas entièrement ce blog, et pourrai vous répondre si vous le souhaitez. D'autres textes et dessins à la rentrée ! Ou peut-être un pour la route... De toute façon, cela vous laisse le temps de faire connaissance avec mon univers...

Sur ce, JOYEUX NOEL ET BONNE ANNEE !

Claire Monelle

Posté par Claire Monelle à 16:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


17 décembre 2017

l'appel de l'océan

Maylis.

 

-          Vous êtes sûr, vous allez pouvoir retrouver le bateau ? Vous m’avez tout l’air d’un bleu, monsieur Besse…

-          Quoi, moi, un bleu ?! J’ai plongé en Sicile, au large de Marseille… aux Bahamas…

-          Vous ne savez pas ce qui vous attend ici.

-          C’est justement pour ça que je suis là !

-          Je ne suis pas d’accord. Ne plongez pas seul. Vincent, tu vas avec lui. Et tu ne le lâches pas !

-          Je m’y attendais, Robert. Je vais plonger aussi, je suis là pour ça. Donnez-moi juste le temps d’enfiler mes palmes…

-          Combien d’autonomie, dans vos bouteilles ?

-          Deux heures grand maximum, répondit Vincent.

A vrai dire, Martin Besse faisait la tête, malgré son enthousiasme. Il connaissait bien les Landes, et fantasmait depuis tout petit sur le gouf de Capbreton. Il n’allait pas laisser tomber alors que son rêve allait se réaliser ! Alors il n’aimait pas le prêchi-prêcha de Robert. Il était persuadé qu’il était sur le point de voir des merveilles. Et ce Vincent qui prenait tout son temps pour mettre ses palmes, vérifier son équipement ! Martin quant à lui était prêt depuis longtemps. Au bout d’une éternité, Vincent lui conseilla de se tenir prêt, mais de ne pas plonger d’un  seul coup, pour s’assurer qu’il pouvait respirer à l’aide des bouteilles. Au besoin, Martin nageait comme un poisson, mais…

-          Pas d’apnée dans le gouf ! le morigéna Robert. Je ne veux pas d’un accident sur les bras !

-          J’y veille, fit Vincent. On va pouvoir y aller. A combien sommes-nous des côtes de Capbreton ?

-          Hum… cent cinquante mètres, je dirais. Un peu plus.

-          De toute façon, nous sommes déjà au-dessus du gouf. Monsieur Besse, à vous l’honneur !

Enfin ! L’excitation aidant, Martin fut vite dans l’eau. Avec Vincent, il fit encore des essais, puis plongea. Après deux mètres, trois mètres, il fut déçu : il ne voyait pas grand-chose. Il évoluait rageusement. Du geste, Vincent lui fit savoir que tout allait bien, qu’il fallait continuer la descente. Il connaissait les profondeurs du gouf, lui. Les deux hommes nageaient de conserve, Martin ayant compris qu’il ne fallait pas perdre son compagnon de vue. Ils descendirent encore de quelques mètres, et là…

Martin écarquilla les yeux. Il faisait un peu moins obscur et, de ce fait, il apercevait tout un monde marin différent. Il avait bien choisi son jour : c’était la fin de l’été, et le ciel, comme l’océan, était clair, la température extérieure agréable. Il voulait faire un article là-dessus pour le quotidien local, Sud Ouest, où il travaillait. Il aurait voulu noter ses sensations là, tout de suite, mais son dictaphone ne lui aurait été d’aucune utilité : le lieu était particulièrement silencieux, et dans la pénombre. Vincent l’entrainait un peu plus au fond, par paliers successifs. Ce dernier consultait régulièrement sa montre. Vincent était plongeur professionnel, Martin savait qu’il était bien accompagné. Mais tandis que l’un regardait sa montre, l’autre ouvrait grand les yeux. Il y avait surtout quantité d’animalcules, et de céphalopodes de toutes les tailles, des seiches aux calmars. Ces derniers atteignaient une quarantaine de centimètres. Au loin, Martin distingua une femelle requin, avec son bébé. Il voulut s’approcher, mais Vincent l’en dissuada.

Ils descendirent encore de deux, trois mètres. Alors toute la faune marine les environna. Martin, subjugué, regardait de tous côtés. Oui, c’était bien les merveilles dont il rêvait ! Il n’était jamais descendu aussi bas. Le gouf était immense, il se sentait tout petit. S’il avait pu, Martin aurait bruyamment laissé exploser sa joie. Il avait à peine trente ans, son rêve de gosse était en train de se réaliser ! Il tournait et retournait sur lui-même, le mouvement de ses palmes l’enivrait. Vincent s’es aperçut, et s’alarma. Il voulut qu’ils remontent tous les deux, mais Martin refusa, et donna un grand coup de palmes pour aller plus avant. Vincent le suivit, un peu inquiet. Il en fut plus attentif à ce qu’il se passait autour d’eux.

C’est qu’il y avait du mouvement dans les eaux. Vincent se retourna, et aperçut un cétacé de grande taille qui s’approchait. « Si c’est un cachalot, on est mal », se dit-il. Il se rapprocha de Martin, pour lui signifier l’urgence de retourner à la surface. Mais Martin regardait devant lui, et non derrière. Vincent alla vers lui, doucement, car les animaux du gouf n’avaient pas l’habitude des hommes. Pour lui, de ce fait il fallait craindre leurs réactions. Vincent ne voulait pas remuer trop d’eau. En outre, à cette profondeur le courant se faisait toujours sentir. Il prit toutes ses précautions, puis se planta devant Martin, et montra la bête du doigt, toujours plus proche. Martin se retourna d’un coup. Le cachalot, à quelques mètres seulement, fonça sur eux.

 

-          Où suis-je ?

Martin ouvrit les yeux, et s’aperçut qu’il était sous la jetée du port de Capbreton. Une dame nue, de longs cheveux bruns jusqu’à la taille, lui tenait la main. Elle avait un très beau sourire, mais son regard était inquiet.

-          Fous que vous êtes, vous autres humains ! Pour un peu, ce cachalot vous arrachait une jambe, ou faisait pire ! Ne refaites plus jamais cela, monsieur !

-          De… de quoi ?

-          De plonger ! Ce gouf est à moi !

-          Mais qui êtes-vous ? De quel droit osez-vous prétendre que ce gouf vous appartient ?

-          Parce que je suis ici depuis extrêmement longtemps, des siècles ! J’étais là bien avant vous, figurez-vous !

-          Mais alors…

La sirène battit l’eau de sa queue. Martin n’avait jamais vu rien de tel. La façon dont elle s’exprimait indiquait bien son statut. Et cette queue de poisson était réelle. Longue, fine, légèrement translucide, à la fois verte et grise. Mais la sirène préféra rester le bas du corps dans l’eau, sans doute pour passer pour une nageuse quelconque. Elle s’affala sur son rocher.

-          Quand même, votre curiosité est sans limites… fit-elle pensivement.

Martin retrouvait peu à peu ses réflexes. Il prit encore une goulée d’air.

-          Où est mon compagnon ?

-          Je l’ai emmené un peu plus loin. Il est en train de reprendre ses esprits. Non, ne bougez pas monsieur ! Surtout, pas de mouvement brusque.

-          Alors…

Après le réflexe de plongeur, Martin retrouva celui de journaliste.

-          M’accorderiez-vous une interview ?

La sirène eut un rire cristallin.

-          Une interview, moi ? Je ne suis pas une de vos stars !

Martin lui décocha un beau sourire. Mais la créature des eaux, la maîtresse du gouf, ne laissa pas le rapport s’inverser : elle ne saurait succomber aux charmes d’un être à deux jambes. Sous sa combinaison de plongée, Martin était plutôt beau garçon. De plus, il était du genre à rouler des mécaniques devant les filles. Il était assez musclé, et avait quelques cheveux follets dans le cou. Il continuait de sourire à la sirène, mais il finit par comprendre que ce serait en pure perte. Alors il utilisa son bagout.

-          Une belle, et si  ancienne sirène, doit avoir quantité de choses à raconter… Vous savez, c’est si exotique, pour nous les hommes, que le monde sous-marin !

-           C’est vrai, reconnut la sirène. Ou du moins, des choses à raconter aux hommes…

-          Exactement. Alors, m’accordez-vous cette interview ?

-          Si vous voulez. Mais avez-vous votre matériel ?

-          Non, mais j’ai bonne mémoire. A moins que vous ne me laissiez le temps d’aller à  ma voiture, pour prendre mon dictaphone.

-          Non, je ne veux pas rester ici trop longtemps. Mais je peux demander à un vieil ami de transcrire nos propos…

-          Un vieil ami ? Un triton ?

-          Les tritons sont en voie de disparition. Non, je pensais à un encrier géant…

Martin ne comprenait pas. Il se gratta la tète, ôta la capuche de sa combinaison. La sirène éclata de rire, puis appela son ami à sa manière. Ce fut un chant mélodieux et profond à la fois, d’une tessiture de mezzo-soprano. Martin crut devenir fou, en entendant ce chant, mais il se reprit juste avant que cela ne s’arrête. Deux minutes plus tard, un long tentacule émergeait près d’eux. Martin sursauta.

-          Ne craignez rien, dit la sirène. Oscar va prendre en note notre entretien. Il ne tentera rien sur vous en ma présence. J’ai juste besoin de ses services de… d’encrier géant.

-          Mais qui est Oscar ?

-          Mon calmar. Oscar, mon chou, sors un peu ta tête de l’eau !

Les tentacules filèrent. Enfin, une tête énorme parut, pourvue d’yeux de plus d’un mètre de diamètre. De surprise, et de frayeur à la fois, Martin tombait dans l’eau, ou plutôt manqua tomber, car la sirène le rattrapa à temps avant qu’il ne se fracasse au bas des rochers. Ses mains étaient douces et fermes, et elle avait de la poigne. Martin crut comprendre comment il s’était retrouvé là.

-          Oh nom de Dieu, fit-il en reprenant appui sur les rochers.

-          Ne vous inquiétez pas. Oscar, tu vas bien écouter, et écrire tout ce qui va être dit entre monsieur et moi.

L’eau frémit, ce qui sembla être une réponse positive du calmar.

-          Merci Oscar. Dis-moi quand tu es prêt.

Martin avala sa salive, réfléchit à toute allure. Enfin, la sirène l’informa que tout le monde était prêt, et il démarra l’entretien.

-          Tout d’abord, pouvez-vous nous parler de vous ? Comment vous appelez-vous ?

-          Je m’appelle Maylis. Nous avons certes des noms, chez les sirènes, mais à la condition de nous entretenir entre nous. Habituellement, nous sommes des êtres solitaires. Quelque part dans le golfe de Gascogne, j’ai une cousine qui m’aide à veiller sur ce gouf. J’en suis la maîtresse, car c’est moi qui l’ai créé. Chaque sirène crée sa maison, même si en réalité, nous régnons dans toutes les eaux, salée de préférence.

-          Alors, pourquoi l’Atlantique ?

-          Oh, cet océan est si grand… Il y a de la place pour tous. Moi, j’ai été engendrée par les flots non loin d’ici. Jusqu’à il y a moins de deux siècles, les Landes étaient très dangereuses, personne ne venait par ici. Ni pour se baigner d’ailleurs. Ça doit faire un siècle, seulement, que les gens viennent y prendre des bains… Donc, pas de rencontres inter-espèces, ce qui valait mieux, sans doute.

-          Donc vous ne vous montrez jamais aux êtres humains ? Pourtant, ça doit arriver, puisqu’on a longtemps cru aux sirènes… et en fait, on avait raison !

-          Oui, c’est vrai, ça arrive. Mais généralement, c’est lors de catastrophes. Par ici à Capbreton, il y avait beaucoup de baleiniers. Or, nous autres sirènes, nous n’aimons pas qu’on touche à nos amis. Plus ça va, plus les humains nous énervent. Alors nous ripostons. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai créé ce gouf…

-          Oui, expliquez-nous pourquoi…

-          L’homme navigue depuis très longtemps, puis a appris à écrire… L’écriture lui a servi pour lancer des S.O.S ! Vous n’imaginez pas, depuis quelques siècles, tous les messages  que j’ai trouvés, ou qui me sont carrément tombés sur la tête ! A une époque, les sirènes étaient plus nombreuses. Il y avait donc un vrai risque de nous blesser. Par ailleurs, nous pouvons être assez susceptibles… Alors il y a quelques siècles, à force de recevoir des bouteilles sur la tête, je me suis énervée, et ai foncé bas, toujours plus bas, encore plus bas, créant ce gouf du même coup… Je me suis arrêtée, à deux cent cinquante kilomètres de la côte environ, à une profondeur de quatre mille mètres. Depuis, je suis plus tranquille par rapport aux hommes. En outre, ce gouf est si étendu et si profond… C’est pourquoi ma cousine Ategina m’aide régulièrement.

-          Dans tout le golfe de Gascogne ? Je veux dire : vous êtes deux pour… gérer tout cet espace ?

-          Pas exactement. En réalité, nous sommes un peu plus nombreuses. Ategina va davantage vers l’Espagne, voire le Portugal. Nous nous partageons l’espace à quatre ou cinq. D’autres êtres marins nous aident aussi. Les baleines, par ici, nous doivent une fière chandelle ! Elles nous transportent quand nous sommes fatiguées, par exemple, ou nous régalent de leurs chants…

-          C’est vrai, il paraît que les baleines chantent… Pourtant, pour nous votre monde est celui du silence…

-          Et pour nous, votre monde est celui de la vitesse et de… la consommation. Je suis constamment obligée de nettoyer mon gouf de toutes les immondices, les poches en plastique que vous nous envoyez, et qui sont si nocives à l’environnement… et les bouteilles à la mer, que je collectionne, maintenant elles sont en plastique aussi… et encore d’autres choses plus bizarres les unes que les autres…

-          Alors rassurez-vous, les poches en plastique viennent d’être interdites, d’ici quelques mois elles n’existeront plus du tout.

-          C’est toujours ça de pris ! Maintenant excusez-moi, je dois mettre de l’ordre dans mon gouf… Vous et votre ami nous avez fait peur !

-          Une dernière question ! Pourquoi nous avez-vous sauvés, mon compagnon et moi, de ce cachalot qui nous fonçait dessus ?

-          Mais… parce que nous écartons les gêneurs, tout simplement ! Vous êtes trop… bêtes pour comprendre pourquoi vous gênez, alors j’espère que vous réfléchirez à cette aventure. C’est mieux que de vous tuer, car j’aurais très bien pu le faire… Aussi, vous m’avez rappelé un triton que j’ai aimé il y a fort, fort longtemps…

Et, devenant toute pensive, la sirène se tut. Il y eut un court silence, puis un tentacule de calmar s’éleva, et tendit à Martin l’interview de Maylis.

-          Excusez-moi, dit Martin à la dame du gouf, mais alors, les sirènes ont un cœur ?

Les yeux plein de larmes à l’évocation de son amour de jeunesse, la sirène fit signe que oui. Martin passa une main sur son visage, et cueillit une larme.

-          Moi, je crois que ce gouf est rempli de vos sanglots. Mais je le garderai pour moi.

La sirène murmura « merci », et plongea. Martin courut rejoindre Vincent, qui s’approchait en titubant.

-          Avec qui étiez-vous ?

-          La star du gouf. Je vais faire un papier du tonnerre !

Mais Martin, qui était plus délicat qu’on aurait pu le penser, tint sa promesse. Il fit son article, reproduisit l’interview, mais tut les amours de la maîtresse du gouf.

 

Quelques jours plus tard, à la plage d’Hossegor, tout près de Capbreton, il rencontra une autre sirène, aux très longs cheveux de jais et aux jambes fuselées. Marylène l’enchanta, et de plus, elle avait la tête bien faite. Ils firent leur vie ensemble, mais Martin n’oublia jamais Maylis. Marylène ? Maylis ? De peur de se tromper, toujours il l’appela : « ma sirène »…

 

© Claire M. 2016

 

encore une source d'inspiration : les Landes, mes landes, où toujours je me retrouve... à la mer mais aussi, quand j'étais petite, à la campagne...

Posté par Claire Monelle à 16:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 décembre 2017

chat_et_corbeau

 

neige

 

flutiau

saurez-vous reconnaître deux histoires sur deux de ces dessins ?

 

Et joyeuses fêtes à tous,

 

Claire

Posté par Claire Monelle à 17:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 décembre 2017

Sources d'inspiration

Comme vous pouvez le constater, les chats m'inspirent, entre sieste et lascivité... Alors je ne résiste pas au plaisir de vous présenter Ivoire, qui a été notre chat, puis quasi-exclusivement le mien, pendant 17 ans. Je me suis en effet occupée de lui à la fin de sa vie, jsuqu'à sa disparition il y a sept ans.

 

le_fauteuil_du_chat

Il a été plus qu'inspirant, et j'avais eu l'idée de La plus belle sieste de Dieu, en constatant qu'il était de la taille de mes genoux, où il aimait à se reposer. Il m'a aussi inspiré d'autres textes, illustrant la même idée ou bien tout simplement à la gloire de mon chat et, à travers lui, de toute la gent féline. Shaloma ? Je l'ai récupérée chaton, "à l'insu de mon plein gré"... Elle est entrée dans ma vie sans que je m'y attende. Mais la tâche est lourde, de remplacer un petit pépère tel qu'Ivoire... Je pense encore à lui, et pourtant... Mes chats sont mes bébés, à moins qu'ils m'aient domestiquée l'un comme l'autre ? Dans le rapport homme-chat, qui apprivoise l'autre ? C'était la pensée philosophique du jour... et, pour conclure, une devise bien de félins :

 

"POUR VIVRE HEUREUX, VIVONS COUCHES" !

 

Claire

Posté par Claire Monelle à 18:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]

L’Eveil.

 

-          Tenzin ! appela le bonze instructeur. Lève-toi mon garçon, il est l’heure de commencer la journée.

-          Oui maître, fit le garçon, se levant de sa couchette. Que faisons-nous aujourd’hui ?

-          Le moment présent, rappela le bonze. Tu seras bientôt habitué au rythme du monastère.

Tenzin baissa la tête, contrit. Il était là depuis peu de temps en effet. Il tâchait d’observer ce qu’il voyait, au milieu des bonzes. Il était le plus jeune, à peine vingt ans, et éprouvait encore du mal à s’habituer à la vie au monastère. Mais il savait qu’il serait lui-même moine, plus tard, et tâtait régulièrement son crâne chauve pour s’en convaincre. Il enfila sa tenue, puis suivit son instructeur. Ils allèrent dans un endroit retiré du monastère, consacré à la méditation. Le cadre, dans la montagne tibétaine, était magnifique. Tenzin respira l’air, très vivifiant  à cette altitude.

-          C’est bien, reprit le bonze. La respiration. C’est très important.

-          J’aime ce cadre. Ça m’apaise.

-          Bien, bien. Installe-toi près de moi.

Tenzin obéit, et observa le cadre. Un des nombreux chats du monastère faisait ses griffes sur un arbre. Tenzin essaya de l’oublier. Il aimait tant les animaux, la nature. Cette paix, là, dans la montagne, lui faisait réellement du bien. Il n’aurait voulu être nulle part ailleurs. Le bonze instructeur lui dit de se tenir bien droit, et de fermer les yeux.

-          Je voudrais contempler la nature.

-          Quand tu te sentiras plus avancé, mon garçon. C’est important pour la concentration, au début. Voilà. Concentre-toi sur ta respiration, Tenzin !

-          Oui maître.

-          Ne me réponds pas. Applique-toi.

Docilement, Tenzin se concentra sur ses inspirations et expirations. Il avait envie de prendre une goulée de bon air, mais la combattit. Enfin, le rythme de sa respiration se fit plus régulier.

-          C’est bien. As-tu des pensées parasites ?

Tenzin fit oui de la tête.

-          Figure-toi un pont. L’eau coule sous ce pont. Tes pensées sont cette eau. Le courant les emporte.

Tenzin tâchait de bien exécuter l’exercice, sans plus rien dire. Il n’osait plus ouvrir la bouche. Au bout d’un moment, le bonze instructeur redemanda :

-          As-tu encore des pensées parasites ?

Et Tenzin, une nouvelle fois, fit oui de la tête.

-          Alors concentre-toi sur ton souffle. Au besoin, compte tes respirations.

C’est ce que Tenzin tâcha immédiatement de faire. L’exercice n’était pas facile, pour un débutant. Il en était à compter « dix », quand il sentit brusquement un poids sur ses genoux. Il faillit ouvrir les yeux.

-          Concentre-toi. Ne te laisse pas distraire. Ne bouge pas.

Mais le bonze instructeur, amusé, avait mis une main devant sa bouche pour ne pas rire.

-          Qu’est-ce que c’est, maître ?

-          Ne dis rien. C’est très bien pour ton exercice.

Cependant, Tenzin avait de plus en plus de mal à compter ses respirations. Ses mains étaient sur les extrémités de ses genoux, et il ne savait pas ce qu’il y  avait là. Ça le perturbait. Mais la clef du mystère apparut bientôt : un ronronnement très doux s’éleva dans le silence du matin. Tenzin, n’y tenant plus, ouvrit les yeux et caressa le chat qui s’était installé sur ses genoux.

-          Tenzin ! gronda le bonze instructeur.

-          Je suis désolé, maître, répondit-il tout confus, sans cesser de caresser le chat qui ronronnait, et qui était, il faut le dire, très doux.

-          Reprends. Ferme les yeux et repose les mains sur les genoux, pour ne pas le déranger.

-          Mais…

-          Apprends  à méditer dans n’importe quelle situation. Pose tes mains sur tes genoux.

A regret, Tenzin obéit. Le chat ronronnait toujours.

-          Ecoute-le, et ne pense à rien.

Tenzin fut tout surpris d’y parvenir. Au bout d’un moment, le bonze instructeur lui dit que l’exercice était terminé. Le chat n’avait pas bougé et s’était endormi.

-          C’est la première fois que je vois ça, dit-il. Tu dois avoir un fluide avec les chats.

-          C’est mon animal préféré. En plus, c’est un beau petit siamois. Regardez ses yeux en amande.

Le bonze instructeur était très amusé. Il le fut encore plus à la séance de l’après-midi, quand le petit siamois retourna sur les genoux de Tenzin.

-          Je crois que c’est ton chat, dit-il alors. Je serais curieux de voir comment tu vas progresser dans l’exercice de méditation, s’il revient.

Et effectivement, le petit chat élit les genoux de Tenzin pour ses siestes quotidiennes. De plus, comme il s’endormait, Tenzin n’osait plus bouger, de peur de le réveiller. A l’issue de ses méditations, il posait une main sur le chat, et  contemplait l’animal, la montagne tibétaine. Il progressa rapidement car, ne pouvant bouger, il en profitait pour méditer encore, sourire aux lèvres. Il obtint très vite la paix de l’esprit. Dans le monastère, on le surnomma « le moine au siamois ». Ou le moine du siamois ? Car, dans le fond, qui avait atteint l’Éveil ?

© Claire M. 2010

Posté par Claire Monelle à 18:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 décembre 2017

messages d'époque

p_re_Noel

poele

Posté par Claire Monelle à 17:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]