l'imagination au pouvoir

16 juillet 2019

Italo Calvino

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Italo Calvino figure parmi les écrivains italiens les plus connus du XX° siècle, si ce n'est le plus connu. Son oeuvre est riche, variée, bien qu'il soit mort jeune, à 61 ans.

Italo Calvino est né à Cuba en 1923, de parents italiens, son père étant de San Remo, où la famille Calvino retournera dès 1925. De fait, Italo se dira ligure, de San Remo. Son père était agronome, et Italo commencera des études d'agronomie, qu'il interrompra au moment de la Seconde guerre mondiale.

A cette époque, il écrit, et présente, dès 1942, un manuscrit à la maison d'éditions Einaudi, qui le refusera. Pendant toute cette période, il lit aussi beaucoup, rencontre Cesare Pavese... Tout de suite après la guerre, ce dernier l'encourage à écrire, et Italo Calvino commence réellement à graviter autour de la maison Einaudi. Il s'y occupera de publicité, d'imprimerie, son premier livre, Le sentier des nids d'araignées, paraît. Il travaillera aussi comme journaliste à L'Unità de Gênes, à partir de 1946.

De 1952 à 1959, il écrit la trilogie "Nos ancêtres", avec Le vicomte pourfendu, Le baron perché et Le chevalier inexistant.

En 1967, il s'installe à Paris, où il entre dans le milieu de l'Oulipo, traduit en italien Les fleurs bleues de R. Queneau, qu'il fréquente ainsi que Georges Perec, Jacques Roubaud... Il intègre une recherche formelle, qui se poursuit avec des livres comme Les villes invisibles, Si par une nuit d'hiver un voyageur...

A noter que vient de paraître une nouvelle traduction de Monsieur Palomar, publié initialement en 1983, soit deux ans avant la mort de son auteur. Ce livre est paru chez Gallimard, et on peut trouver facilement les précédents en livres de poche... Et... "pourquoi lire les classiques" ! Italo Calvino en est un, indubitablement.

Son originalité me touche, et, comme lui, j'apprécie la littérature populaire, avec l'univers de la fable, la série "Nos ancêtres", mais pas uniquement. On peut ajouter les Cosmicomics, ou les contes italiens. En outre, sa recherche formelle est très inspirante. Un auteur à (re)découvrir !

Et bonnes lectures !

 

Claire M.

 

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12 juillet 2019

crise

 

L’autre.

 

J’ai toujours eu l’impression d’être autre. Mais je n’en ai eu la confirmation qu’assez tard, à une trentaine d’années. Jusque là, tout allait bien, vie familiale harmonieuse, divers succès, professionnels notamment. Et puis ça n’a pas duré. Ma mère, celle qui comprenait tous mes chagrins, est morte d’un cancer foudroyant. C’est alors que j’ai plongé. Mon compagnon ne supportait pas mes larmes, me montrait pour exemple mon frère et ma sœur, qui faisaient face courageusement. Mais de ma fratrie, j’étais la petite dernière, la seule à être aussi proche de ma mère. En me soutenant si mal, mon compagnon a aggravé ma déprime, qui est devenue une véritable dépression. Mon médecin a dû me mettre en arrêt maladie de longue durée, alors que j’aimais beaucoup mon travail. Je me suis donc retrouvée seule face à moi-même. Ça a été très angoissant. Me voyant ainsi, mon compagnon ne comprenait plus ce qu’il se passait. Il ne me reconnaissait pas. Il ne reconnaissait plus la petite femme pleine de vie que j’avais été jusque là. Je suis devenue l’ombre de moi-même, à passer des journées en pyjama, à ne même plus savoir utiliser la douche pour me laver. Je ne me maquillais plus, et je dormais mal, des cernes énormes autour des yeux. Voyant cette déchéance, mon compagnon a jeté l’éponge.

-          J’étais amoureux d’une jolie femme, et tu es devenue un zombie, m’a-t-il dit avant de prendre le large.

-          Alors tu ne m’aimes plus, ai-je compris, et je me suis retenue de pleurer.

-          Mouche-toi, a-t-il fait d’une voix peu amène. On dirait une gamine.

J’ai obéi sans rien dire.

-          Je veux une Charlotte souriante. Fais un effort.

Je me suis encore retenue. J’ai dû avoir des yeux de chien battu, je l’ai senti à son regard.

-          On ne tirera rien de cette fille-là, a-t-il grommelé, et il a ajouté : Je retourne chez ma mère.

Sa mère. Que n’avait-il pas dit là ! Je me suis effondrée. Je n’avais plus ma mère, moi. Je suis partie en courant dans la chambre, criant au-revoir. Et il est sorti de ma vie.

Alors ça a été encore pire. Je suis retournée chez mon père, qui a fait ce qu’il a pu, le pauvre. Moi, je me sentais de plus en plus mal.

La maison de mon père se trouvait à l’écart de la ville, non loin de la forêt. Peu de temps après, mon père a dû sortir pour une raison quelconque, et je me suis retrouvée seule à la maison, avec tous ces souvenirs.  L’angoisse m’a alors étreinte. Et je n’avais plus de larmes. Tout à coup, quelque chose de sourd est monté en moi, de l’estomac à la gorge, et… mon Dieu, que s’est-il passé ? Un bruit autre est sorti de ma bouche. Comme un rugissement. J’ai crié une première fois, ai porté les mains à ma bouche. Mes membres tremblaient. Et le tremblement me gagnait de plus en plus. Un deuxième rugissement est sorti de moi, sans que je puisse le contrôler. Je me suis alors jetée sur mon lit, dans mon ancienne chambre, ai voulu étouffer mes cris dans l’oreiller. Mais ma tête a refusé de s’enfoncer, je me suis redressée. Je me suis retrouvée debout sur mon lit, à griffer le mur, comme un animal sauvage. J’en aurais vu des griffes au bout de mes doigts. J’ai arraché mon pull, dégrafé mon soutien-gorge, toujours à pousser des hurlements venus de Dieu sait où. Ma fenêtre était ouverte, j’ai sauté dehors, souplement, comme si j’avais fait ça toute ma vie. La forêt étant proche, c’est là que je me suis réfugiée, à demi nue. J’y ai couru, presque à quatre pattes. J’avais l’impression que, derrière moi, une queue battait l’air. Moi ? Mais qui étais-je ? Que faisais-je ? J’ai couru longtemps, à une vitesse inimaginable. Tous mes sens étaient en alerte, dans la forêt, je me sentais un grand prédateur. Un loup ? Je sentais le vent sur ma peau, la transpiration. Je ne maîtrisais plus rien. J’ai encore hurlé, et j’ai entendu un chien aboyer. La civilisation ! Je ne devais pas être loin de la maison. Sans doute avais-je tourné en rond. J’ai entendu une détonation. J’ai couru me mettre à l’abri, derrière un buisson de fougères.  La saison de la chasse. Alors la parole m’est revenue, et j’ai hurlé :

-          A l’aide !

Je me suis sentie redevenir humaine, à pouvoir prononcer ces mots. D’ailleurs, la sensation des ronces, sur ma peau à vif, s’est tout à coup rappelée à mon souvenir.

-          A l’aide !

Un chasseur et son chien m’ont trouvée là. C’était un homme d’une quarantaine d’années, vêtu d’un treillis, avec des yeux d’un bleu magnifique, presque céleste. Et il était beau. Il s’est penché sur moi.

-          Ça ne va pas ?

J’ai croisé les bras pour cacher ma poitrine. Je tremblais.

-          Je… je ne sais pas ce que j’ai…

Il a attrapé doucement une de mes mains, et a sifflé son chien. Un épagneul.

-          Où habitez-vous ?

-          Là… Pas loin… ai-je fait avec un regard perdu.

Il m’a serré la main dans sa grande paluche.

-          Il y a quelqu’un chez vous ?

-          Non. Mon père est sorti.

-          Je vous emmène chez un médecin. Mais attendez. Vous allez prendre froid.

Et l’homme a enlevé son tee-shirt à l’effigie de Bruce Springsteen, pour me le prêter.  Je l’ai vite enfilé, rouge de confusion. Torse nu, lui était impressionnant. Il me faisait rêver. Je n’ai rien osé dire, et il m’a emmenée, est resté avec moi pour pouvoir payer le médecin. J’ai essayé d’expliquer à ce dernier ce qui m’arrivait, il a été très compréhensif. Enfin, je me sentais entre de bonnes mains. En sortant de là, l’homme qui m’avait emmenée m’a dit :

-          Je m’appelle Yann. Vous pouvez me parler, si vous voulez. Je vais vous ramener chez vous. Voulez-vous qu’on se revoie ?

-          Ne serait-ce que pour vous remercier.

-          J’ai cru que vous étiez tombée sur un loup.  Qu’en est-il, exactement ?

-          J’ai fait une crise d’angoisse.  Le loup, c’était moi.

Yann a éclaté de rire, et a appelé son chien :

-          Cookie ! Gros malin, va !

-          C’est lui, qui a aboyé, dans la forêt ?

-          Oui. Et j’ai eu peur, moi aussi.

-          Vous, avoir peur ? ai-je fait candidement.

-          Oui, ça m’arrive.

Il m’a repris la main, m’a fait remonter dans sa voiture. Je lui ai indiqué le chemin. Mon père était rentré, entre-temps, et il était inquiet de ne pas me voir. Yann lui a expliqué ce qui s’était passé, et c’est ainsi qu’il est entré dans ma vie. Et je sais que, lui, m’aime avec mes faiblesses. Car, quelquefois, je peux redevenir loup. Yann le comprend, et s’est employé à soigner mes blessures.

 

© Claire M. 2014

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08 juillet 2019

quelques idées pour ces vacances...

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30 juin 2019

Lectures estivales

Cela fait un moment que je ne l'ai pas fait, et ce beau soleil invite au farniente, à lire, par exemple. Aussi ai-je relevé quelques lectures, au gré de mes goûts, de mes découvertes... Si vous ne savez pas quoi lire à la plage, voici donc quelques idées...

Sur le conseil d'un ami, je découvre Tanguy Viel, avec le dernier roman qu'il a sorti, il y a deux ans, sous le titre Article 353 du code pénal. Cela change, effectivement, de ce que je lis habituellement... Pour l'instant, cette lecture me plaît, et on se demande vraiment comment ça peut finir...

Récemment, j'ai dévoré le dernier roman de Gilbert Sinoué, un très beau roman qui s'intitule Le Royaume des Deux-Mers, à propos d'un très ancien royaume oublié, situé au Bahrein. Autres horizons, mais thèmes universels.

Dans le domaine français, je note aussi le dernier Patrick Rambaud, sur le début du quinquennat de notre cher président, il ne se dépêtre pas de la politique mais c'est certainement aussi plaisant à lire que les précédents.

Côté étranger, c'est-à-dire, une fois de plus, en Scandinavie, vous pouvez attraper sans risque quelques fous rires, entre Jonas Jonasson qui a fait paraître une suite au Vieux qui ne voulait pas fêter son  anniversaire, et Catharina Ingelman-Sundberg et ses petits vieux (encore) qui veulent braquer des banques. J'ai lu le premier volume, et me réserve pour les deux suites parues...

 

Naturellement, cette liste n'est pas exhaustive, mais je pense que même ainsi, il y a de quoi faire ! Les jours de pluie, vous pouvez aller en librairie ou en bibliothèque..

Belles lectures estivales !

Claire M.

T. Viel, Article 353 du code pénal, Minuit

P. Rambaud, Emmanuel le Magnifique, Grasset

C. Ingelman-Sundberg, Comment braquer une banque sans perdre son dentier, Pocket (+ deux suites)

J. Jonasson, Le vieux qui voulait sauver le monde, Presses de la cité

G. Sinoué, Le Royaume des Deux-Mers, Denoel

 

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26 juin 2019

aventures mythologiques

Les mésaventures de Thésée.

 

-          Ne vous en faites pas, chers compagnons : je vais faire en sorte que nous en réchappions tous, déclara Thésée une fois à bord du bateau vers la Crète. Mon épée en témoignera !

Et il la tira de sa ceinture. Mais les sept femmes n’étaient tout de même pas rassurées, tremblaient. Chaque homme en prit une dans ses bras, y compris Thésée, qui avait confiance en l’avenir. Sept hommes, sept femmes, voilà ce qui était destiné au terrible fils de Pasiphaé, la reine de Crète. Et Thésée avait choisi de prendre dans ses bras la plus belle des sept.

-          Là, ça va aller… lui susurra-t-il.

-          Sais-tu bien ce que tu fais, noble compagnon ?

-          Bien sûr, répondit Thésée sans hésiter même une seconde. J’ai déjà vaincu pas mal de monstres, et tu pourras être ma reine, en sortant du labyrinthe.

Et Thésée crâna tout au long du voyage, rassurant tout le monde. A vrai dire, il était le plus âgé de la troupe, mais il portait beau et plaisait toujours aux femmes.

 

Ils arrivèrent sans encombres en Crète, à la cour du roi Minos, qui les accueillit avec empressement. Quand le tribut demandé arrivait, une fois par an, la reine Pasiphaé préférait se faire oublier : c’était elle qui avait engendré le Monstre… Aussi personne ne la vit. En revanche, leurs filles, Phèdre et Ariane, se montrèrent sans aucune honte. Elles étaient jeunes, belles, fraîches. Thésée en oublia aussitôt son flirt du voyage, et les dragua toutes deux – mais séparément tout de même. Ce soir-là, Phèdre fit de beaux rêves ; mais Ariane se mit à se tourner les sangs, prise d’amour pour le beau prince athénien, et réfléchit toute la nuit.

Le lendemain, Minos vint saluer les jeunes gens, avant qu’ils ne partent au labyrinthe pour servir de repas à son occupant.

 

-          Dédale, dépêche-toi ! crisa Ariane. Il faut que Thésée puisse sortir du labyrinthe ! Ils vont partir incessamment !

-          On n’est pas censé en sortir, princesse…

-          Donne-moi une idée, au moins !

-          Retourne à ton métier à tisser, femme !

Ariane, au désespoir, quitta la pièce. Et il fallait faire vite, car une fois le tribut annuel parti, il n’y aurait plus de moyen de communiquer entre eux. Mais il y eut alors un froufroutement d’ailes, quand Ariane arriva près de sa tapisserie.

-          Je peux t’aider, fit une petite voix.

-          Qui me parle ?

Ariane n’en pouvait plus, regarda de tous côtés. Un dieu minuscule, ailes aux pieds et caducée à la main, lui apparut. Le messager des dieux lui montra le métier à tisser.

-          Le fil, Ariane. Pour sortir du labyrinthe.

-          Nom de nom ! Je ne sais trop qui vous êtes… mais merci !

-          Appelle-moi en cas de besoin. Code Hermès !

-          Merci !

Et Hermès disparut. Ariane fit très vite, saisit sa plus longue pelote de fil, et courut l’apporter à Thésée, arrivant telle une dea ex machina, complètement échevelée.

-          Ariane ! s’exclama Thésée en la voyant.

-          Nous nous reverrons ! Prenez ceci.

Et Ariane mit discrètement la pelote de fil dans la main de Thésée.

-          Mais que voulez-vous que j’en fasse ?!

-          C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour sortir du labyrinthe. Et revenez-moi vite !

-          Oh, princesse de mon cœur !

-          Shhh… pas devant mon père.

Les lèvres de Thésée effleurèrent les longs cheveux noirs d’Ariane, et le groupe des quatorze jeunes gens partit en direction du labyrinthe, menés par Minos, qui les laissa à l’entrée. On entendait des cavalcades à l’intérieur, et Thésée s’avança le premier.

-          Courage, mes amis !

Et il entra, l’épée au clair. Les six autres hommes le suivirent. Mais…

-          Par tous les dieux ! Le fil !

Thésée s’arrêta, pour le fixer à un pilier avant qu’ils ne soient perdus. Six femmes le virent faire, rassérénées en voyant cela. La septième, quant à elle, se jura qu’elle en appellerait aux dieux pour se venger, quand elle sortirait de là. Elle n’était plus si emballée par ce bellâtre qui contait fleurette à toutes les femmes qu’il croisait… Puis tous progressèrent dans le labyrinthe, à la queue-leu-leu, les femmes derrière. De temps en temps, on entendait courir, mais rien ne venait vers la petite troupe. Les femmes, inquiètes, se demandaient à quelle sauce elles allaient être mangées, ne reconnaissant pas, de ce fait, les bruits d’enfants qu’elles entendaient ; et les hommes étaient trop bêtes pour les reconnaître eux aussi, pas même Thésée. Ce dernier, en tête de file, finit par brailler :

-          Montre-toi, Minotaure ! Viens donc tâter de mon épée !

Il n’entendit pas les petits rires joyeux. A part cela, et le léger bruit de leurs sandales sur le sol, le labyrinthe était silencieux. La voix de Thésée s’éleva de nouveau :

-          Aurais-tu peur de moi, Minotaure ?!

Pas de réponse. Tous s’étaient tus.

-          Avançons, murmura enfin un homme.

Thésée approuva du geste, et ils continuèrent à marcher, toujours plus profond dans le labyrinthe, qui restait illuminé sporadiquement par des torches.

-          Ah, j’en ai marre ! s’énerva enfin Thésée. Où es-tu, Minotaure ? Tu te débines ?!

C’est alors qu’ils entendirent une femme rire. Dire qu’ils furent surpris serait un euphémisme : les hommes en restèrent comme des imbéciles, et les femmes en eurent des rires nerveux.

-          Je vous en prie, avancez, entendirent-ils alors.

Thésée se reprit le premier, fit un pas en avant, se heurta à un mini-minotaure.

-          Papa vous attend.

Les quatorze jeunes gens furent rejoints par une véritable petite troupe d’êtres mi-taureaux, mi-humains. Les plus âgés, déjà assez baraqués pour les mâles, prirent les sept femmes par la main.

-          Au nom de Zeus tout puissant ! s’exclama Thésée, de plus en plus étonné.

Mais les « taurillons » les entraînaient, et ils se retrouvèrent dans une des pièces du labyrinthe. Devant un bon feu, des jeunes filles mi-femmes, mi-taureaux filaient sur leurs métiers à tisser, ou escaladaient les bibliothèques pour choisir leurs lectures. Une femme parfaitement humaine se leva pour accueillir le tribut d’Athènes. Elle était encore belle, bien qu’elle parût son âge, entre quarante et cinquante ans, ses cheveux virant du noir au gris.

-          Bonjour jeunes gens, je m’appelle Aglaé, je suis la femme du Minotaure. Vous êtes ici dans notre pièce à vivre.

-          Vous vous fichez de moi ?! Je veux tuer le Minotaure, et sortir d’ici avec gloire et honneur !

La femme et les enfants éclatèrent de rire.

-          Vous ne tuerez personne, monsieur. Mon mari n’est pas celui que vous croyez.

-          Monsieur ?! Je suis Thésée, prince d’Athènes, et pourfendeur de monstres ! Quant au Minotaure, il a… Non mais ?!

-          Tiens maman, voici l’épée du monsieur.

Les six autres hommes, à la fois mortifiés, et un peu soulagés, en tombèrent assis. Le flirt de Thésée éclata de rire.

-          Et que va-t-il nous arriver ? demanda une autre femme.

-          Nous allons vous expliquer. Minotaure chéri ! Notre tribut annuel est là !

Atterré, Thésée se mit à regarder ses pieds, et eut un gros soupir.

-          Et mon épée ? demanda-t-il alors qu’un fort bruit de sabots retentissait.

-          Nous vous la rendrons, mais plus tard, répondit Aglaé. Aucune goutte de sang ne sera versée.

Les treize compagnons de Thésée dressèrent l’oreille, surpris.

-          Mais qu’allez-vous faire de nous ? demanda un homme.

-          Me voici, dit une voix grave, et le Minotaure apparut, soufflant par les naseaux.

Sauf Thésée, les jeunes Athéniens eurent un mouvement de recul. Le Minotaure, avec sa tête de taureau énorme, ses sabots aux membres inférieurs, d’une carrure humaine impressionnante et pourvu d’une queue bovine, faisait son effet.

-          Il ne vous sera fait aucun mal, dit-il en s’asseyant sur le fauteuil large que sa femme lui avança. Je ne mange pas de chair humaine, ni moi, ni les miens. Mais personne ne doit le savoir, ou ce labyrinthe ne sera jamais entretenu, et je devrai montrer mon visage. Je sais, mesdemoiselles, que je fais peur.

Le flirt de Thésée eut un rire nerveux, mais les six autres femmes respirèrent.

-          Et donc ? demanda Thésée, croisant les bras sur sa poitrine et prenant un air de défi.

-          Vous n’êtes qu’un prétentieux, déclara tranquillement le Minotaure, et Thésée s’étrangla de rage, voulut lui sauter dessus mais deux adolescents minotaures lui retinrent les jambes.

Un homme se leva alors, fit une courbette.

-          Je ne comprends pas, dit-il. Dans ce cas, que faisons-nous ici ?

-          Vous veillerez à ce que le labyrinthe soit entretenu, chasserez pour vous et pour moi, et il y a suffisamment de femmes et d’hommes, dans ces couloirs et en-dessous, pour faire des enfants. Vous pouvez être heureux ici.

-          En-dessous ? releva Thésée.

-          Il faut bien caser tout ce monde-là, et les enfants… fit Aglaé. En outre, des plantes y poussent, les lapins et les chèvres y pullulent…

-          Oh ! s’exclamèrent les jeunes gens, à l’exception de Thésée.

-          C’est une vie sans gloire !

-          Nous la choisissons ! Vous, faites ce que vous voulez. Ces jeunes femmes sont bien faites… reprit l’homme qui avait parlé le premier.

Thésée bouillait de plus en plus, d’autant qu’il n’avait pas son épée.

-          Nous n’avons que faire d’un aventurier, dit la femme qu’il avait draguée. Sors si tu veux, mais les dieux t’en châtieront !

-          Excellente idée, approuva le Minotaure. Mais sortez tout seul, puisque vous êtes si malin et si brave. Mais si vous parlez de moi, mon père, Poséidon, saura vous faire taire.

Thésée lança un cri de rage, et le Minotaure, Aglaé et leurs enfants éclatèrent  de rire. Les treize jeunes gens de son groupe, soulagés, se levèrent tous, pour aller vers la petite famille du Minotaure.

-          Voyez-vous, Thésée, reprit Aglaé, mon mari n’est un monstre que physiquement. Il a une très belle âme et n’a jamais tué un homme sans défense.

L’interpellé était au supplice, se retrouvant seul dans son camp, et désarmé de surcroît. Il eut néanmoins un sursaut.

-          Si vous me rendez mon épée, je ne serai pas un homme sans défense !

-          Cela ne sert à rien de me tuer, je suis le fils d’un dieu, et donc immortel. En outre, j’ai une famille immense. Et puis… voulez-vous regarder toute ma bibliothèque ? La réclusion me laisse aussi du temps pour lire…

-          Compagnons, allez-vous rester là ?

-          Si fait, lui répondit une femme, puis elle se tourna vers le Minotaure et sa femme. Aglaé, Minotaure, savez-vous lire tous les deux ?

-          Oui, et je vous apprendrai, répondit Aglaé, comme je l’ai appris à tous les enfants du labyrinthe. Mon mari et moi sommes pour l’égalité hommes-femmes.

-          Peuh ! Rendez-moi mon épée, je m’en vais.

-          Il ne sait pas lire ! s’esclaffèrent les petits minotaures.

-          J’ai plus intéressant à faire ! Je sais lire, mais je me moque des livres !

-          Vous avez tort, déclara le Minotaure de sa voix de basse. Vous apprendriez énormément sur l’esprit humain. Et c’est précisément à cause de gens comme vous que je dois me cacher. Chasseur de monstres !! Mais le monstre, Thésée, c’est vous ! Miros, Dalis, rendez-lui son épée, mais d’abord, suivez-le sur les premiers mètres.

Les fils du Minotaure obéirent, et Thésée commença à suivre son fil, le rembobinant au passage, à l’instigation de Miros et de Dalis, le tout en maugréant. Enfin, les deux jeunes minotaures le laissèrent.

-          Ariane vous attend, lui souffla alors la petite voix d’Hermès à l’oreille, et Thésée sursauta.

-          Ne me faites pas perdre le fil ! Qui est là ?

-          Ne vous en faites pas, je le tiens, moi.

Et le petit dieu le précéda. Enfin :

-          Voici votre roi, princesse.

-          Thésée ! Mon héros !

-          Le… hem ! Non, rien. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, fit Thésée, heureux de la formule.

-          Mon frère, pas dangereux ?! Allons !

Pour ne pas répondre, Thésée se jeta sur Ariane et échangea avec elle un furieux baiser.

-          Je vous embarque, princesse. Allons sous d’autres cieux.

-          Je vous suivrai jusqu’au bout du monde, mon héros… Hermès m’en est témoin.

-          Partons ! Mon bateau nous attend.

 

Ils embarquèrent donc, mais peu après, le ciel s’assombrit, et la mer devint grosse. Ariane avait déjà le mal de mer, et son état s’aggrava. Thésée, la voyant ainsi, ne la trouvait plus si jolie… Un des marins vint le voir.

-          Maître, il faut que nous accostions quelque part, pour attendre la fin de la tempête. Naxos n’est pas loin. Qu’en pensez-vous ?

Thésée regarda Ariane, occupée à décharger le contenu de son estomac dans la mer, et répondit :

-          Oui, vous avez raison. Allons à Naxos.

Le bateau vira sur le côté, et Ariane fut projetée au sol. Thésée, assez dégouté, l’aida à se relever, lui désigna un endroit où elle pourrait s’asseoir.

-          Aidez-moi ! gémit-elle.

Mais Thésée était gauche, se fit traiter d’empoté, et évita de peu l’accès de nausée d’Ariane. Morose, il se posta à la proue du bateau. On apercevait à peine Naxos, à cause des nuages, mais la perspective d’y arriver le rassurait. Le pilote faisait ce qu’il pouvait et, une heure plus tard, ils accostaient. Thésée porta Ariane à terre et, sur l’herbe, elle se remit. Enfin, elle s’endormit. Les couleurs lui revenaient peu à peu, et la nuit tomba enfin. Le pilote du bateau devait affronter la mauvaise humeur de Thésée. Les autres hommes de l’équipage s’éparpillèrent sur l’île.

Ils firent du feu près de la jeune femme endormie et, ayant attrapé chacun un lapin, ils les firent rôtir. La bonne odeur de viande grillée réveilla Ariane, qui fut heureuse de s’en voir proposer. Après le repas, elle était déjà plus enjouée. Thésée, quant à lui, se reprenait peu à peu, regardait moins Ariane. Elle s’écarta pour aller se rincer dans la mer, puis se rhabilla, se réinstalla près du feu, et se rendormit.

 

Le lendemain matin, Ariane se réveilla alors que le feu mourait. Les hommes n’étaient plus là.

-          Thésée ? Thésée !

Pas de réponse. Elle se leva, le chercha sur l’île. Lentement, les nuages s’écartaient, laissant place au soleil. Alors qu’Ariane se rendait tristement à l’évidence, ne voyant plus le bateau, le dernier nuage s’en alla, et un être flamboyant, des sarments de vigne à la main, apparut.

-          Bonjour, jolie Ariane. Que faites-vous ici, seule ?

-          Oh, vous le savez sans doute mieux que moi… Etes-vous Zeus ?

-          Non, je suis Dionysos. Tenez, voici de quoi manger. Voulez-vous venir avec moi ?

Ariane le regarda de travers, tout en prenant les raisins.

-          Et être doublement abandonnée ?

-          Là où je vous emmène, plus personne ne vous abandonnera. Vous pouvez remercier Hermès, et mon cœur. Voulez-vous être ma déesse ?

Ariane croqua quelques raisins avant de répondre.

-          Au point où j’en suis…

-          Le voyage sera moins pénible, avec moi.

-          Vraiment ?

Dans le cœur d’Ariane, un espoir apparut.

-           Bien sûr. Les dieux ne se déplacent pas sur des bateaux… Votre amant finira sa vie sans gloire, je vous en réponds. Il sera lâchement assassiné.

Ariane eut un grand sourire.

-          Alors je vous suis. Merci, ô Dionysos !

Et le dieu la prit dans ses bras, pour aller couler l’éternité tout en haut de l’Olympe, ensemble.

Et le Minotaure ? Eh bien, il lut cette histoire, et rit beaucoup en la racontant à ses arrière-petits-enfants…

 

© Claire M., 2019

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20 juin 2019

révolutions...

Cupidon_s_en_fout

guide_russe

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15 juin 2019

Encore des chats...

Le trésor des lutins.

 

Il était une fois un royaume où les chats étaient censés être heureux. Seulement voilà : ce royaume était celui du Diable en personne, alors que les chats étaient des êtres doux et, en principe, inoffensifs.  Rififi, malgré son nom, était de ces chats-là, et dormait toute la journée. Dans ses demi-sommeils, il cogitait de plus en plus, ne comprenant pas comment ils pouvaient avoir un tel maître. Un jour, excédé, il annonça à sa famille que, comme ce milieu ne lui plaisait pas, il allait vivre sa vie de chat ailleurs. La famille éjecta le contestataire, et sans se préoccuper de Satan, Rififi partit sur les routes. Il voulait aller trouver d’autres chats ailleurs, pour  faire nombre contre le Diable.

 

Sa première étape fut le royaume voisin du sien. Il marcha longtemps, et enfin trouva le palais, où il entra sans être le moins du monde inquiété. Il chercha les chats du château, et les trouva dans les caves. Il y avait quelques rats, mais ils s’enfuirent à l’arrivée de Rififi. Manifestement, ils avaient peur des chats, et ces derniers se révélèrent être de vrais maîtres-chats, confits et bien dodus. Rififi, les trouvant, parla avec eux, leur expliqua son combat.

-          Peuh ! dit l’un d’eux. Je me fiche pas mal de savoir qui est notre maître. Il faut croquer des rats pour avoir éventuellement une caresse, et cela me suffit.

-          Mais Satan, c’est le maître de l’Enfer !

-          Et alors ?

Rififi comprit vite qu’il n’arriverait à rien et, dépité, alla faire une sieste auprès du feu. Des chevaliers arrivaient, personne ne faisait attention à lui. Deux d’entre eux firent face au foyer, non loin de Rififi.

-          Tu es en mission ?

-          Moi non, je viens de tuer un dragon, et j’espère épouser l’une des filles du roi. Et toi ?

-          Mon roi m’envoie chercher le trésor des lutins. Je  viens aux renseignements, car des lutins, il y en a un peu partout…

-          Il faut savoir qui sont ces lutins. Agravain !

-          Oui messire ? fit l’interpellé.

-          Mon ami Mégan cherche le trésor des lutins… Y en a-t-il dans le coin ?

-          Il me semble, oui. Il y a les Hutins, vers la montagne. Il y a aussi les… Ah, non, eux ils n’ont pas de trésor…

Rififi tendit l’oreille, intéressé. S’il y avait des lutins vers la montagne, il pouvait y aller prendre une part pour réaliser, peut-être, le paradis des chats. Ou, pourquoi pas, s’installer là-bas. Il se mit à écouter très attentivement.

-          Le trésor des lutins ? Agravain a raison, il faut chercher vers la montagne. Les lutins de la forêt se fichent pas mal de ce genre de chose.

Rififi écouta encore un peu, mais n’en sut guère plus. Il voyait les chevaliers dodeliner de la tête, ou bavarder devant le feu, ce qui voulait dire qu’ils comptaient passer au moins la nuit au palais. Il prit donc de l’avance en partant aussitôt. Il sortit du palais et se dirigea vers la montagne.

 

En chemin, il croqua quelques mulots rapidement, dormit quand même, pas trop longtemps. Le jour était levé depuis longtemps quand il arriva en vue de la montagne. Il était fatigué, et il sommeilla un peu, mais ne s’attarda guère. Il allait quitter les feuillages où il avait dormi, quand il vit une excavation à côté de lui. Rififi regarda la configuration des lieux, et se dit que ce serait peut-être une bonne idée d’arriver par un souterrain. Il se faufila donc dans le trou, et se mit à avancer, sans regarder derrière lui. Grave erreur ! Au bout d’un long moment, il y était toujours, et ne savait où porter ses pas. Il allait toujours tout droit, et n’arrivait nulle part. Il finit par tourner à droite, puis alla tout droit. Au bout d’un certain temps, il regarda de nouveau autour de lui : tous les couloirs se ressemblaient, et bientôt il dut reconnaître qu’il était perdu, que le prétendu souterrain était en réalité un labyrinthe. De plus, il était absolument seul, et aucun rat, aucune souris ne s’y trouvait  pour qu’il puisse casser la croûte. Quelque peu démoralisé, Rififi décida néanmoins de continuer. Mais plus ça allait, et plus il était fatigué. Ses pattes lui faisaient mal, il avait faim et son énergie le quittait peu à peu. Il s’allongea sur le sol, ferma les yeux, puis les rouvrit. Il eut un regard circulaire, ne vit rien, fit encore quelques mètres. Il miaula de détresse, et voulut s’endormir et ne plus se réveiller. Mais au moment précis où il miaula, il perçut comme un léger ronflement. Il avança, vit une petite pièce sur sa droite et y entra. Une licorne s’y trouvait, endormie. Elle avait un pelage blanc, magnifique. Rififi la regarda, fasciné, puis vint s’installer tout contre elle. Il était apaisé, et si content de voir un être vivant, qu’il se mit à ronronner. Alors la licorne s’éveilla.

-          Bonjour petit chat ! Que fais-tu là ?

Rififi était pattes en l’air, heureux contre le doux poil de la licorne.

-          Miaou ? Oh ! Excusez-moi madame la licorne, je m’étais endormi.

-          Tu es un chat, c’est normal. Mais toi, dis-moi « mademoiselle ».

-          Moi, c’est Rififi.

-          Tu es très mignon, tu as un beau poil gris et on dirait un petit monsieur, avec tes pattes blanches.

Rififi se rengorgea et la licorne le regarda, amusée.

-          Et à part ça, que fais-tu ici ?

-          Je cherche le trésor des Hutins.

-          Je sais où il est. Mais explique-moi, qu’est-ce qu’un chat peut bien faire d’un trésor ?

-          Un paradis pour chats, sans un maître pour nous dominer. D’autant qu’il s’agit du mal, je vais vous expliquer.

Le chat et la licorne s’expliquèrent donc, puis la licorne dit à Rififi de monter sur son dos et de s’accrocher. Rififi s’exécuta et ils sortirent du labyrinthe au galop. La licorne courut jusqu’à la montagne, puis obliqua vers un jardin merveilleux. Il était tout fleuri, et les arbres fruitiers bourgeonnaient déjà. La licorne s’arrêta au pied d’un vieux chêne.

-          Descends et creuse. Le trésor est là.

Rififi se mit aussitôt au travail, et enfin découvrit un coffre. La licorne l’aida à déblayer autour, mais le coffre était très lourd. Rififi s’installa dessus pour réfléchir, et à peine y était-il, qu’un lutin apparut. Rififi, en train d’installer ses pattes sous lui pour réfléchir plus confortablement, fut interrompu par l’apparition, et en plus le lutin se transforma en ce qu’il était réellement : Satan, tout en bouc et en griffes, très grand. Rififi changea aussitôt de comportement, gonfla son poil et sauta toutes griffes dehors sur son ennemi. La licorne, apeurée, s’éloigna. Il y eut un beau combat, et Rififi planta une griffe dans l’œil gauche de Satan, qui, sur  le coup, hurla. Rififi sauta à terre.

-          Mademoiselle, revenez ! Vous êtes pure, votre corne nous sauvera !

Mais la licorne se tenait à distance, et Rififi vit qu’elle tremblait de peur. Il se frotta à ses pattes pour la rassurer, mais il fallait faire vite, car Satan était en train de reconstituer son œil. Rififi sauta sur le dos de la licorne.

-          Droit devant, mademoiselle ! Plantez-lui votre corne dans le ventre ! Courage !

Et Rififi se hérissa, tout en se retenant à la crinière de la licorne. Il insista.

-          Courage ! Droit devant ! Courez !

La licorne avait tellement peur, qu’elle ne pouvait que courir. Elle planta sa corne dans le ventre du Diable, et il explosa aussitôt en mille morceaux. La licorne se remit peu à peu, pendant que Rififi considérait le coffre. La licorne vint enfin vers lui.

-          Dans les arbres, j’ai vu des lianes. Prenons-les et harnache-moi, je tirerai le coffre.

Rififi trouva l’idée bonne, et ils se mirent tous les deux au travail. Enfin, Rififi sauta de nouveau sur le dos de la licorne.

-          Où veux-tu que je t’emmène ? demanda-t-elle.

-          Au palais du roi de ce royaume, là où j’ai su que ce trésor existait. Connaissez-vous le chemin ?

-          Bien sûr.

Cela mit du temps, à cause de la lourdeur du coffre, mais la licorne mena Rififi à bon port. Toute la cour fut bien étonnée de voir arriver un tel équipage, mais à cause de la licorne, ils se tenaient à distance. On envoya chercher le roi, et Rififi lui raconta son histoire et lui proposa la moitié du trésor. On ouvrit alors le coffre, qui contenait de fort belles pierreries, et moult pièces d’or. Le roi accepta le marché de Rififi, prit la moitié des richesses et rendit le coffre à son légitime propriétaire.

-          Donc vous ne restez pas avec nous ? regretta une des filles du roi. Je me serais bien occupée d’un aussi beau petit chat, et si courageux.

Rififi regarda le chevalier à ses côtés, qu’il avait reconnu, et eut un mouvement de tête négatif.

-          J’ai à faire ailleurs, dit-il.

-          Ailleurs où ? demanda le roi. Nous pouvons vous y faire mener, plutôt que de faire travailler cette magnifique licorne.

Rififi tomba d’accord avec lui, et accepta de se faire ramener au royaume d’où il venait. Et ainsi fut fait.

Une fois de retour parmi les siens, avec l’autre moitié du trésor, il réunit tous les habitants et leur annonça que Satan ne les embêterait plus jamais, puisqu’il l’avait éliminé. Les chats réagirent à peine.

-          Par contre, moi je me propose pour construire un paradis des chats. Imaginez des coussins douillets près d’un bon feu, des jardins plein d’oiseaux… Avec le trésor que j’ai  déterré, tout cela est possible !

Les chats se regardèrent, et firent une ovation à Rififi.

-          Vous allez voir. On sera très bien, assura Rififi.

Rififi dirigea le royaume, s’alliant avec le roi voisin, et bientôt, hommes et chats vécurent en excellente entente. Rififi, trop modeste pour se proclamer lui-même roi, désigna un de ses congénères pour cette fonction. Mais ce dernier lui en fut redevable, et l’établit au Conseil des sages, où Rififi continue, aujourd’hui encore de donner des conseils avisés !

 

© Claire M.

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09 juin 2019

Le charme du français

 

bib_bibi

 

Bonne nouvelle : les Français aiment l'orthographe ! J'ai vu cela dans un journal gratuit que l'on trouve dans les stations de métro et de tramway, lorsque je me rends au travail. Vendredi il y avait un "Tous prêts pour la dictée" sur France 3, à l'heure où je travaille... A une époque, je ratais rarement la dictée de Pivot, m'amusais beaucoup ainsi. Apparemment, il n'y a pas besoin d'être calé en orthographe pour aimer y participer, alors que j'aurais cru que les moins bons avaient de trop mauvais souvenirs... Cela me rassure, à l'heure des SMS, qui me sont parfois difficiles à déchiffrer. Suis-je vraiment de la vieille garde ? Cela aussi m'étonne un peu.

Il est vrai que l'orthographe française peut sembler complexe, car elle est pour bonne part étymologique, d'où des associations de lettres compliquées, d'autres muettes... Mais personnellement, j'aime la langue française pour cela. Apprendre le latin, puis le grec est aussi une bonne école, même si, malheureusement, ces langues s'oublient... Malgré mon échec en 2° année de DEUG de Lettres classiques, il m'en reste pas mal de choses. Le goût de cette littérature, des mythes... Certains perdurent encore maintenant, font en quelque sorte partie de notre ADN. Et l'orthographe française, qui fait tout le charme de notre langue même si, je l'avoue, la musicalité de l'italien me plaît davantage. L'italien pour la musique, donc pour l'oreille ; et le français pour l'oeil, avec toutes ses coquetteries. Au-delà de l'exercice purement scolaire, l'orthographe peut encore fédérer plus tard dans la vie. Pour le plaisir des mots...

Car quand on écrit, de quoi s'agit-il, en somme ? Des mots... français, grecs, italiens... pour le plaisir de l'écriture, et aussi, bien sûr, de la lecture...

Claire M.

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02 juin 2019

l'appel du large

Hymne à l’océan.

 

Un homme  se tenait, toujours, tout au bout de la jetée, et observait l’océan. Il regardait loin, de plus en plus loin. C’était fascinant.  Cet homme possédait beaucoup de matériel d’observation, dans son phare, y compris une lunette. Ce qu’il voyait formait un spectacle sans cesse renouvelé. Il regardait l’océan sans se lasser, jour après jour, épiant les vagues, les oiseaux de mer qui s’y posaient, les gros poissons, les baleines aussi, quelquefois. Et le gardien de phare rêvait devant toute cette étendue d’eau mouvante, pleine de vie, mais aussi devant le ciel. L’océan et le ciel pouvaient se confondre ; où commençaient les nuages ; où finissait l’horizon. Les couleurs que prenaient ces deux éléments. Et les coucher de soleil !  La rêverie du gardien de phare restait sans fin. Il pouvait rester ainsi des heures, à contempler la mer et le ciel.

Il y avait une statue, non loin de la jetée où se trouvait le phare, représentant une déesse, personne n’aurait su dire exactement laquelle. C’était une jolie statue, d’une femme aux longs cheveux, couverte d’algues qui masquaient son pubis. Cette déesse était très fine, possédant un regard à la fois doux et profond. Elle se tenait debout sur un rocher où s’accrochaient des moules et d’autres coquillages. Le gardien de phare aimait beaucoup cette statue. Et puis pour lui, c’était une présence qu’il appréciait, qui le rassurait. Quand il la regardait, il se sentait moins seul. C’est que le gardien de phare avait perdu sa femme depuis très longtemps, et n’avait pas d’enfant.

Ce soir-là, regardant l’océan depuis son phare, ses yeux de lynx crurent voir, dans la pénombre, une petite reproduction de la statue dans l’eau. Connaissant cette statue par cœur, il eut un mouvement de surprise, se frotta les yeux, les rouvrit. Il lui semblait  que la statue remuait. L’océan ? La grève ? Le gardien de phare dévala l’escalier, courut à la statue sur la plage. Celle-ci, toujours en place, restait froide, se dressant immobile dans la nuit. Perplexe, l’homme retourna sur la jetée, et regarda au loin. Non, il ne rêvait pas. Il y avait quelque chose, là-bas dans l’eau, qui bougeait, en silence. Et le gardien de phare se demandait vraiment ce que c’était. Il observa l’océan, calme cette nuit-là, et n’hésita plus. Il ôta ses vêtements et plongea sans plus réfléchir. Il alla droit vers l’apparition, tout en priant pour ne pas être victime d’une hydrocution. On était fin septembre, l’eau n’avait plus la relative chaleur de l’été. Enfin, il arriva à la hauteur de la petite statue. Il l’attrapa dans ses mains, prêt à la récupérer dans son phare, l’examina rapidement, en claquant des dents. C’était effectivement une reproduction de la statue de la plage, mais alors que le gardien de phare faisait un geste pour s’éloigner et revenir sur le sable, il se sentit tiré par en-dessous.

-          Ah ça ! s’exclama-t-il.

Il voulut se dégager d’un brusque mouvement de jambes, mais ce fut sans effet.Il prit une inspiration, et se laissa entraîner sous l’eau, gardant les yeux ouverts. Il vit alors celui qui avait récupéré la statue, et qui voulait le noyer au fond de l’eau : c’était un gros poisson. Mais qu’avait-il ? Le gardien de phare ne le voyait pas en entier. Brusquement, il saisit la queue et serra de toutes ses forces. La créature marine en lâcha la statuette, qui tomba sur la tête de l’homme commençant à émerger.

-          Imbécile ! fit une voix féminine.

Ses mains à lui glissèrent tout le long du corps du poisson, touchant une poitrine très douce, une bouche sensuelle, de longs cheveux. Enfin,  émergeant pour de bon, il voulut sortir de l’eau. Puis plus rien.

Quand il se réveilla, quelques heures plus tard, il était en slip, étendu sur la plage, près de la statue d’Amphitrite. Il éternua. Il en était quitte pour un bon rhume. Il se rhabilla et retourna à son phare, tout déconfit. Avait-il rêvé ? Il chercha en vain la réplique de la statue.

Il se tenait, toujours, tout au bout de la jetée, et observait l’océan. Il observait, encore et toujours, du haut de son phare, dans l’espoir de revoir la sirène…

 

© Claire M.

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29 mai 2019

les stars de la galerie

d_couverte

g_nie_lampe

oeuf_surprise

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